Mise en scène Simon McBurney, texte Mikaïl Boulgarov

Avec David Annen, Thomas Arnold, Josie Daxter, Johannes Flaschberger, Tamzin Griffin, Amanda Hadingue, Richard Katz, Robert Luckay, Susan Lynch, Tim McMullan, Clive Mendus, Yasuyo Mochizuki, Ajay Naidu, Paul Rhys, César Sarachu et Toby Sedgwick

Le Maître et Marguerite contient trois récits qui s’entrelacent : deux ont lieu dans l’athéisme fervent de l’Union soviétique et le troisième se déroule dans la Jérusalem du procurateur Ponce Pilate. Satan se rend dans le Moscou des années 30, grimé en un mystérieux professeur étranger du nom de Woland. Accompagné par sa suite diabolique, il met la ville sens dessus dessous révélant la corruption et la désillusion de ses citoyens.il donne ensuite un bal pour les damnés et choisit une femme appelée Marguerite pour être la maîtresse decérémonie. il lui promet, en retour de ses services, de lui faire retrouver son amant perdu dont elle se languit. Son amant est le Maître, un écrivain ayant tellement souffert de l’accueil hostile qu’essuya son roman de la part des critiques russes, qu’il a été hospitalisé dans un asile psychiatrique.Le roman du Maître fait le récit des derniers jours de la vie de Jésus-Christ, ainsi que de sa relation avecl’ambivalent et épuisé Ponce Pilate.Woland sait que cette histoire est véridique – après tout, il erre de par le monde depuis le début des temps. Le Maître croit que son livre a été détruit, mais comme il est dit dans la pièce : « Les manuscrits ne brûlent pas ».

The Master and Margarita
The Master and Margarita © FINN ROSS

Un roman épique et fantastique

Que retenir de cet énorme roman épique et fantastique, qui parle d’amour, d’art et de politique ? Simon McBurney a choisi d’être fidèle à la construction volontairement très déconstruite du Maître et Marguerite, comme à la folie de son récit qui court de Moscou à Jérusalem, du ciel aux enfers. C’est de ce prodigieux foisonnement qu’il fait surgir une forme théâtrale et dégage un chemin pour traverser trois histoires entremêlées, qui ne se rejoignent et ne livrent leurs secrets qu’au terme d’une aventure à tiroirs.Pour cela, le metteur en scène ne refuse aucun des éléments constitutifs de l’écriture de Boulgakov : ni la passion et la compassion qui animent le Maître et Marguerite dans leur amour comme dans leur liberté, ni le comique plein d’ironie et terriblement jubilatoire de la critique sociale et politique, ni le tragique angoissé et désillusionné du regard qu’un auteur porte sur son oeuvre, ni les images poétiques et oniriques qui emportent les personnages dans un au-delà fantastique.Le Maître, c’est cet écrivain solitaire et oppressé à l’image d’un Boulgakov écrasé par la folie tyrannique du pouvoir stalinien ; Marguerite, cette femme amoureuse, entière et courageuse.La force de Simon McBurney réside dans sa capacité à réunir les moyens artisanaux et traditionnels du théâtre , qui lui permettent par exemple de figurer un cheval en utilisant seulement quelques chaises, et les nouvelles technologies les plus sophistiquées, qui font notamment voler ses comédiens dans le ciel de Moscou sans que ceux-ci ne quittent d’un seul pied le plateau. Avec brio, il juxtapose les univers imaginés par Boulgakov : le Moscou d’un Staline qui rôde et surveille, le ciel et les enfers d’un Satan qui ose dire les vérités dérangeantes, une Jérusalem qui voit Ponce Pilate et Jésus philosopher ensemble, mais aussi un hôpital psychiatrique, refuge des écrivains las et désespérés.S’appuyant sur la grande maîtrise de ses acteurs et de toute son équipe artistique, il réussit le tour de force de nous faire passer en deux secondes d’une histoire à une autre, navigant à notre aise dans ce labyrinthe d’émotions et de pensées.Roman inscrit dans le passé récent d’un XXe siècle de terreur, roman dénonciateur de la corruption des esprits à laquelle il oppose les élans du coeur, roman intemporel secouant les tendances apathiques qui s’emparent parfois du genre humain, Le Maître et Marguerite permet à Simon McBurney et à Complicite de fabriquer ce théâtre généreux, poignant et imaginatif qui fait, aujourd’hui encore, de l’écriture littéraire et scénique l’un des meilleurs moyens de communication que les hommes aient inventés.Jean-François Perrier

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