Jérôme Savary
Jérôme Savary © Radio France

Chapeau sur la tête et cigare vissé aux lèvres, Jérôme Savary parlait d'une superbe voix grave de son amour du jazz et de Trénet. Il a consacré à l'un et à l'autre des spectacles joyeux. Récemment, il avait mis en scène sa fille Nina, interprète des chansons de marin, dans "la Fille à marins". Ce n'était pas formidable, mais Savary, assisté de son fidèle costumier Michel Dussarat, savait se montrer touchant par son goût profond de la musique et du patrimoine, ne pouvant s'empêcher de monter sur scène à la fin, pour dire lourdement du bien de sa fille, certes, mais surtout, pour parler au public. Comme si ce rapport de proximité avec les spectateurs était le plus essentiel, pour lui, le plus indispensable. Le désir d'un théâtre populaire l'a toujours animé.

En créant le Grand Magic Circus, il invente des spectacles d'un genre nouveau ("Superdupont", "Zartan"), sans frontières entre le théâtre, le cirque, le music-hall. Son "Cabaret" fait date. Beaucoup de couleurs, de musique, de fantaisie, avec un sens de la fête inoubliable, hérité peut-être de sa naissance à Buenos Aires et de ses années passées en Argentine, dans les années 60, au contact de l'auteur Copi ou du fantasque Fernando Arrabal.

Après des années passées en région, à la tête de Centres dramatiques nationaux, à Lyon, notamment, il dirige le théâtre national de Chaillot, à Paris, de 1988 à 2000 et obtient de grands succès populaires et des échecs cuisants.

A court d'argent le plus souvent, mais sans faire du théâtre de fauché, il frappe par la variété de sa programmation et de ses goûts, passe de Brecht ("Arturo Ui", avec Guy Bedos) à Pierre Dac ("Mon maître soixante-trois"), de Shakespeare ("Le songe d'une nuit d'été") à des comédies musicales ("Zazou", " "La légende de Jimmy", "Marylin Montreuil", un bide) sans oublier de monter son maître, Offenbach. Il émerveille ou il consterne, conscient d'être inégal, mais toujours passionné et prêt à rebondir.

Jérôme Savary est nommé, de 2000 à 2006, directeur de l'Opéra comique et crée ensuite des spectacles, plus rarement, avec sa compagnie. Sa carrière est aussi liée à l'opéra dont il raffole, sa mise en scène en 1988 des "Contes d'Hoffman", avec une Natalie Dessay brillante et drôle est inoubliable.

Comme Trénet, il invente des mots et se définit par exemple comme un "mélancomique". Il n'oublie jamais d'évoquer la mémoire de celles et ceux qu'il a aimés, Roland Topor en tête, le fondateur du Mouvement "Panique".

Amoureux de l'amour, il se marie plusieurs fois et élève quatre enfants. Il meurt d'un cancer à 70 ans, laissant le souvenir d'un grand travailleur et d'un fervent passionné du spectacle comme fête.

Savary était une figure aimable, excessive, un être débordant de vie, de rires et de larmes, cabot, souvent, mais très attachant.

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