D’un côté, un groupe de folk rock aérien, Moriarty. De l’autre, un scénographe devenu metteur en scène, Marc Lainé. Du troisième, un auteur de bande dessinée passé « dessinateur de scène », Philippe Dupuy. L’alliance des trois donneun spectacle imprégné d’Amérique, qui regarde du côté de Edward Hopper et des films noirs pour inviter à une exploration onirique de treize scènes de genre, comme autant de chansons de l’album du groupe, The Missing Room. Deux hommes et une femme s’y affrontent en anglais, jouent et déjouent les stéréotypes attachés au genre.Avec cette pièce,Marc Lainé clôt ainsi en musique son quadryptique autour de la culture populaire américaine , à la fois hommage et réflexion, autour de sa puissance et de son mythe. Un spectacle léger et profond, entêtant comme un refrain pop. Laure Dautzenberg

En 2010, j’ai entamé un cycle de spectacles consacrés à la culture populaire américaine. Norman Bates est-il ? (présenté en mars 2010 à la Ménagerie de Verre dans le cadre du Festival Étrange Cargo) était une variation pirandellienne sur le personnage schizophrène de Psychose, le film culte d’Alfred Hitchcock.Break your Leg ! (présenté en janvier 2012 au Théâtre National de Chaillot) était basé sur l’histoire vraie de Nancy Kerrigan et Tonya Harding, deux patineuses américaines qui ont défrayé la chronique dans les années 90.Just for one day (présenté en mai 2011 au CDDB-Théâtre de Lorient) proposait à un groupe d’amateurs du Morbihan d’incarner sur scène des supers héros de leur invention.Ces sujets et ces figures, qui appartiennent à la mythologie contemporaine, sont habituellement traités par les grands médias et j’ai cherché à savoir comment le théâtre, avec ses moyens artisanaux, pouvait en livrer une vision critique et poétique.

Présentation par Frédéric Pommier dans le journal de 7h du 13 septembre

Memories From The Missing Room
Memories From The Missing Room © Huma Rosentalski

Après avoir interrogé le cinéma, le sport et les « comics », je voulais clore ce cycle en abordant la musique folk rock et en créant un spectacle qui serait tiré d’un album. Certains albums contiennent en effet pour moi de grandes histoires, des récits fragmentaires, kaléidoscopiques.

C’est ainsi qu’est né Memories From The Missing Room, un spectacle inspiré de l’album The Missing Room du groupe Moriarty et créé à la Ferme du Buisson, dans le cadre du Festival temps d’images 2011. Ma collaboration avec eux remonte à 2008. J’avais proposé aux membres du groupe de composer la musique d’un spectacle tout public que je répétais alors. Deux des titres qui figurent sur The Missing Room avaient d’ailleurs été composés à cette occasion. De cette première rencontre artistique est né le désir de prolonger notre travail en commun et de lui donner des formes singulières et inédites.Lorsqu’ils étaient en train d’enregistrer The Missing Room, ils m’ont expliqué qu’ils se demandaient quelle histoire « se cachait » dans la succession des titres qu’ils composaient.Je leur ai proposé alors d’apporter ma propre réponse et le projet Memories From The Missing Room s’est imposé avec évidence.

Memories From The Missing Room
Memories From The Missing Room © Stephan Zimmerli.

Il ne s’agissait évidemment pas d’être illustratif et de représenter chacune des histoires que nous racontent les chansons, mais plutôt de dégager un univers scénique qui entrerait en résonance avec l’album de Moriarty, de faire entendre comme en écho les grands thèmes suggérés par leurs paroles et, grâce aux dessins réalisés et projetés en live de Philippe Dupuy, de faire apparaître les paysages mentaux que peut évoquer leur musique. Le spectacle alterne ou entremêle des séquences musicales et des séquences jouées. C’est dans cet aller-retour permanent entre le théâtre et la musique que se résout, peut-être, le mystère inspiré par le titre de l’album, The Missing Room, qui est aussi la piste vierge, ce silence énigmatique laissé par le groupe au beau milieu de leur disque...

La pièce respecte la structure, la « dramaturgie » de l’album : treize scènes dialoguées ou muettes répondent en écho aux treize pistes de The Missing Room. Mais ces treize scènes ne constituent pas un récit linéaire. J’ai souhaité travailler sur une forme de narration fragmentaire. Ces scènes, en plus des chansons des Moriarty, sont comme les pièces d’un puzzle que les spectateurs ont à reconstituer.Les treize scènes de Memories From The Missing Room ont pour décor unique une chambre d’hôtel.Trois personnages se succèdent, se rencontrent ou se retrouvent dans cette chambre : une femme, un homme et un homme plus âgé.

Memories From The Missing Room
Memories From The Missing Room © Stephan Zimmerli.

La pièce propose treize scénarios différents mettant en jeu ce trio amoureux.À la fin de chaque scène, l’un des personnages meurt brutalement ou disparaît, pour revenir la scène suivante, changé, transformé et apparemment sans aucune trace ni mémoire de ce qui a précédé. Les situations ne sont jamais réalistes. J’ai voulu développer avec Memories From The Missing Room un univers onirique, drôle et violent. Chacune des treize scènes peut être envisagée indépendamment comme la métaphore d’une relation amoureuse singulière. Pourtant, l’ensemble de ces scènes raconte peut-être les métamorphoses successives d’une seule et même histoire d’amour. Mais rien n’est expliqué et ces fragments de théâtre et de musique sont comme les parties émergeantes d’un récit complexe et souterrain.Marc Lainé

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