Premier programme du 15 au 18 décembre avec :Suite for five, Qartet, XOVER

Deuxième programme du 20 au 22 écembre avec :RainForest, Duets, BIPED

L'ultime tour

Juste avant que ne prenne fin, en décembre 2011 à New York, le Legacy Tour imaginé par Merce Cunningham avant sa mort, le Théâtre de la Ville et le Festival d’Automne à Paris accueillent, en deux programmes, six pièces particulièrement emblématiques d’un extraordinaire chemin de plus de cinquante ans qui a défriché et ouvert pour l’art chorégraphique des voies majeures et ô combien fécondes. En ouverture du premier programme, Suite for Five (1956-1958) retrouve la fraîcheur des débuts, peu de temps après que Merce Cunningham et John Cage aient fomenté, à Black Mountain College, le premier happening de l’histoire de la danse. Sur la musique électronique de David Tudor, Quartet (1982, jamais remonté depuis) porte à son plus haut niveau le sens des formes, dans une chorégraphie en miroir qui joue sur la vive interdépendance des présences. La musique de Cage, mais aussi les décors et costumes de Robert Rauschenberg (qui signait là sa dernière collaboration) sont enfin au rendez-vous de XOVER (2007, présenté pour la première fois à Paris), dont rien, dans l’étourdissante vivacité, ne laisse deviner que cette pièce a été l’oeuvre d’un jeune chorégraphede 88 ans !Jean-Marc Adolphe.

Présentation de Thierry Fioril dans le journal de 8 h du 15 décembre

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Suite for Five
Suite for Five © Stéphanie berger /

Vers l'infini

Si le premier programme du Legacy Tour est exceptionnel, on est pareillement à la fête avec le second programme de la Merce Cunningham Dance Company. On est en pleine et joyeuse gambade champêtre avec RainForest (1968), immortalisé par les fameux oreillers d’argent et d’hélium d’Andy Warhol, qui évoquaient pour le chorégraphe un paysage de forêt vierge, présenté vingt ans plus tard au Festival d’Avignon et au Théâtre de la Ville. Duets (1980), secoué par des pièces pour percussions de John Cage, manifeste au plus haut point le sens aigu qu’avait Cunningham pour le génie du duo, pierre d’angle de l’écriture chorégraphique.Et BIPED (1999) vient magnifier le dernier chapitre ouvert par le chorégraphe, lorsqu’il se mit à utiliser les ressources informatiques pour l’aider à concevoir dans l’espace réel du cadre de scène des figures inouïes, dans leurs articulations et leurs combinaisons autant que dans leur mise en espace. À l’image de toute une oeuvre qui n’aura cessé de tendre vers l’infini.Jean-Marc Adolphe.

XOVER
XOVER © Kawakahi Amina /

L'accomplissement de l'étincelle

Merce Cunningham a appris à la danse à se limiter sans limites. «Il faut se limiter. » On a du mal à imaginer ce commandement dans la bouche de Merce Cunningham, qui, en quatre vingt-dix ans d’une vie entièrement vouée à la danse, en a précisément enfreint toutes les limites, physiques autant qu’artistiques. Et pourtant… Entre 1968 et 1973, DouglasDunn , qui fut à ces dates l’un des plus émérites danseurs de la compagnie de Merce Cunningham, atteste avoir fréquemment entendu le maître prononcer cette petite phrase.Cunningham citait alors en exemple David Tudor (qui devait devenir plus tard, à la mort de John Cage, directeur musical de sa compagnie) et sa décision d’abandonner les concerts de piano pour se consacrer entièrement à la musique électronique. La limitation de soi que prônait Merce Cunninghams’entend alors comme une certaine forme d’ascèse, celle d’une veine artistique qui explore indéfiniment le même sillon, « chemin hors des chemins, mais sûr de son chemin » comme disait Henri Michaux. Toute l’oeuvre de Merce Cunningham aura été ce fil insistant, jamais dispersé en vaines divagations, même si apte à toujours se surprendre lui-même dans de nouvelles aventures. Un fil incroyablement gourmand, et même insatiable dévorateur des possibilités offertes par le mouvement. Là, c’est certain, no limits. [.....]

Biped Merce Cunningham Dance Company 2
Biped Merce Cunningham Dance Company 2 © Tony Dougherty /

D’autres limites furent sciemment refusées : celles imposées par les carcans mentaux. Aimer ceci, ne pas aimer cela. Merce Cunningham s’est mis dans la position de ne pas savoir. Ou en tout cas, de passer outre les frontières de la décision. L’utilisation des processus de hasard mis au service de la composition chorégraphique (une idée que Cunningham a reprise de John Cage), comme plus tard le recours aux potentialités d’un logiciel informatique, Life Forms – devenu ensuite Dance Forms –, n’avaient d’autre objectif que d’aller chercher des mouvements non prémédités. Quitte à court-circuiter les réseaux habituels du « pouvoir » et du « vouloir ».Expérience fondatrice pour Merce Cunningham : Black Mountain College , dans les années 50.. Cette université expérimentale, en Caroline du Nord, a été le creuset de fécondes synergies de création. Alors qu’il s’y trouve en même temps que David Tudor, invité à jouer la musique de Cage, Cunningham, qui a quitté quelques années plus tôt la compagnie de Martha Graham, y prépare un solo : « le torse faisait certains mouvements, la tête et les jambes d’autres encore, […] et c’était d’une grande complexité, à tel point qu’il était difficile de mémoriser ne serait-ce que dix secondes …»Braver l’impossible. Cette anecdote dit tout du rapport au mouvement qui a fondé toute la démarche de Merce Cunningham. Essayer, jusqu’à ce que l’impossible devienne possible. [....]. Le torse a été clé de voûte de tout l’édifice corporel cunninghamien. Balanchine prétendait qu’un danseur ne pouvait simultanément danser vite et faire des épaulements. « Je n’ai jamais cru ça, je me disais qu’ildevait y avoir un moyen, confiait Cunningham. C’est pour cela que dans ma technique j’ai radicalement abaissé le point d’équilibre. » Éclosion des vitesses, divisions des parties du corps qui ont su tant impressionner Robert Rauschenberg et son regard de peintre. Coordination virtuose du jeu de jambes, de mouvements inédits du dos et des bras. Variations de direction et de rythme.

Quartet
Quartet © Stephanie Berger /

En géométrie multidimensionnelle, la danse de Cunningham, cellulaire et même neuronale, défait l’emprise de l’unisson. Et dans ce « brouhaha silencieux de cadences intimes, l'oeil du spectateurcherche, à la surface de la totalité qui ferait sens, les corrélations, les accidents d’harmonie ou de chaos ». Dans le mouvement, il y a tant d’informations, disait Cunningham. Une ligne continue, en métamorphose perpétuelle. Un kaléidoscope où chaque image semble naître en étincelle. Le double programme présenté en décembre 2011 par le Festival d’Automne à Paris et le Théâtre de la Villeatteste de cette pétillante vivacité, jamais prise en défaut. De la fin des années 50, où se lit encore la fraîcheur des débuts (Suite for five), à l’une des ultimes pièces, qui scelle à jamais l’alliance avec Cage et Rauschneberg (XOVER), en passant par les jeux de miroirs de Duets, le sombre Quartet,le quasi naturaliste RainForest (avec les fameux oreillers argentés d’Andy Warhol) et le prodigieux BIPED (qui marquevla combinaison de la danse et des images virtuelles), s’offrentvquelques-unes des pépites d’un parcours étourdissant, quevla compagnie de Merce Cunningham viendra faire scintillervpour la toute dernière fois. Conformément aux voeux duvchorégraphe, celle-ci sera dissoute au terme d’un LegacyvTour qui aura duré deux ans. Respect, comme il se dit aujourd’hui,vpour celui qui, selon la belle formule de RobertvSwinston, son dernier assistant, « a transformé le cours dela danse dans le monde de l’art ».Jean-Marc Adolphe

Une journée avec Merce Cunningham

Rendez-vous au théâtre le 18 décembre pour participer à un atelier, regardez des vidéos et des documents d'archives .......

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