De William Shakespearemise en scène Thomas Ostermeier en allemand surtitré avec Bernardo Arias Porras, Lars Eidinger, Franz Hartwig, Jenny König, Erhard Marggraf, Stefan Stern, Gert Voss chant Carolina Riaño Gómez trompette Nils Ostendorf guitare Kim Efert, traduction Marius von Mayenburg dramaturgie Peter Kleinert scénographie Jan Pappelbaum costumes Ulrike Gutbrod lumière Urs Schönebaum

Avec Shakespeare, l’homme moderne se découvre lui-même comme sujet d’observation . Le schéma le plus simple de l’expérience shakespearienne : prendre un personnage, défini par un trait particulièrement saillant ; inverser la polarité de ce trait ; noter les conséquences que cette inversion entraîne, et laisser résonner les questions que ces conséquences suggèrent. Exemples : Lear, entre toutes ses filles, préfère Cordélia ; Léontès se partage entre l’amour pour son épouse et l’amitié de son camarade Polyxène. Telle est la donnée de départ. Une fois qu’elle est solidement établie, portez-vous le plus vivement et le plus intensément possible jusqu’à la position contraire : Lear renie sa fille, la maudit et la chasse ; Léontès, fou de jalousie, veut faire exécuter Hermione et empoisonner le compagnon de son enfance. Qu’en résulte-t-il ? Quels déséquilibres, quels malaises, quelles catastrophes irréparables ou non ? Et quelles énigmes, chemin faisant, sont-elles évoquées ? Dans Lear, qui est une grande tragédie, l’horreur s’avère sans remède ; dans Le Conte d’hiver, qui est une romance play où Shakespeare s’amuse à éprouver les codes de la tragi-comédie, certaines pertes sont définitives, d’autres trouvent compensation.

Présentation de la pièce par Vincent Josse dans le carrefour de la culture du 6 avril

Mesure pour mesure
Mesure pour mesure © Arno_Declair

Et dans Mesure pour mesure,qui est une comédie ? L’un, qui se croit juste et rigoureux, se découvre pénétré de désir et sans scrupules ; l’autre, sur le point d’épouser sa belle, est brusquement jeté en prison, sommé de se préparer à mourir dès le lendemain ; et sa sœur, qui allait entrer au couvent, s’entend proposer sa grâce, mais au prix de sa propre chasteté… Nous ne faisons que frôler le désastre – mais de si près, et l’abîme qui s’ouvre sous les pieds des protagonistes est si noir, que la comédie a souvent été classée par la critique anglo-saxonne parmi les problem plays , les «pièces problématiques» de Shakespeare : personne n’y meurt (quoique…), et les spectateurs rient, mais d’un rire un peu trouble qui ne va pas sans quelque inquiétude, sans un soupçon de terreur et comme une ombre de pitié…

Ce qu’en dit la presse allemande …

Dans le rôle de Vincentio, Gert Voss est tout simplement grandiose, il n’a nulle part son pareil. Le plus grand art de la métamorphose lui est une seconde nature – voilà un comédien d’une maîtrise hors pair, l’un des plus subtils qu’il nous ait jamais été donné d’admirer.Ulrich Weinzierl, Die Welt, 19 août 2011 La manière dont Lars Eidinger dans le rôle d’Angelo s’analyse sans fioritures et lutte avec lui-même, interrogeant son statut et sa position avec la plus clairvoyante droiture d’esprit, l’élan du cœur et de la chair, est en un mot d’une profonde intensité.Christine Dössel, Süddeutsche Zeitung, 19 août 2011 Le jeu de Voss n’a rien d’un théâtre virtuose et technique, il s’apparente plutôt à une fine variation de la plus grande présence d’esprit. Un exercice de danse périlleux où le Bien se retourne en Mal et vice versa.Peter von Becker, Der Tagesspiegel, 19 septembre 2011

Mesure pour mesure
Mesure pour mesure © Arno Declair

Thomas Ostermeier et sa brillante équipe parviennent [...] à atteindre un sommet de plus. Du puissant théâtre d’acteurs et des images impressionnantes.dpa, 18 août 2011

Gert Voss dans le rôle de Vincentio, Lars Eidinger dans celui d’Angelo, tous deux engagés dans un combat de mots et de gestes – il n’y a rien de plus beau à voir.Dirk Pilz, Frankfurter Rundschau, 19 août 2011

Loin de s’en tenir à la simple recherche d’effets, Ostermeier, à chaque intermède comique, fait porter tout l’accent de sa mise en scène et tout son sérieux sur la dimension tragique de la pièce. Il nous livre là [...] une version intelligente et purifiée de Shakespeare.Wolfgang Huber-Lang, APA, 18 août 2011 Une représentation rhétoriquement claire, à la fois balancée et sereine, musicalement formidablement équilibrée et d’un fracassant panache, de cette terrible comédie. […] Grâce à l’adaptation à la fois poétique et contemporaine du texte de Shakespeare due à Marius von Mayenburg, on discute avec brio, au bord des abîmes, de Dieu, du diable et du salut de l’âme. Ostermeier met en place des débats à couper le souffle avec la plus grande aisance, sans sacrifier le moindre des ornements élisabéthains qui décorent cette tragi-comédie philosophique sur le haut degré de contamination de la Justice – il y parvient à grands renforts de mascarades, de déguisements et de clowneries diverses (avec Stefan Stern pour incarner la mauvaise langue du peuple).Reinhard Wengierek, Morgenpost, 19 septembre 2011

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