8 heures passées à Chateaublanc avec Ariane Mnouchkine, ses acteurs, avec ce théâtre qui dit vrai. Périple inoubliable qu'il faudrait décrire au delà du spectacle. Certes, il y a d'abord ces éphémères moments de vie tragiques ou joyeux. Des scènes courtes nées d'improvisations sur le thème : qu'est-ce qui compte au fond, dans une vie, qu'est-ce que l'on retient après coup? Mais il y a aussi l'expédition que demande la metteur en scène : le transport en navettes jusqu'au lieu, la chaleur dans la salle, Ariane Mnouchkine et son jet d'eau qui raffraîchit les spectateurs durant les pauses, les assiettes dégustées ensemble sur des bancs, et dans cette salle transformée en chapiteau (le plateau est placé entre les gradins, selon un système bi-frontal), des histoires d'hommes et de femmes qui souffrent et se réjouissent, une suite de destins joués dans un décor hyperréaliste. Des acteurs poussent des petites scènes circulaires à roulettes, et d'autres comédiens jouent dessus. Les roulettes permettent aux spectateurs de ne rien rater de ces petits moments de vie : les coups reçus du mari par sa femme, le deuil d'une mère et la maison d'enfance qu'il faut mettre en vente, les traces de son passé qui surgissent et avec lesquelles il faut vivre... 8 heures inoubliables, rien d'éphémère dans notre mémoire, on prend le pari. Ce théâtre né d'improvisations, cette langue de la scène inventée par des acteurs et maîtrisée par la metteur en scène de 68 ans est plus qu'une communion entre le public et les comédiens. C'est un moment de réconciliation avec le théâtre, quand il arrive à celui-ci d'oublier qu'il s'adresse à un public. Voilà, sans tomber dans le côté ravi de la crèche, merci, merci vraiment.

L'arroseur éphémère
L'arroseur éphémère © Radio France /

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