d’après Thomas Mann / Gustav Mahler mise en scène Thomas ostermeier adaptatIon Maja Zade & Thomas ostermeier chorégraphIe Mikel aristegui ComposItIon Timo kreuser

L'homme troublé

Une histoire d’impossible désir, de remords, de mort. pour la première fois Thomas ostermeier rencontre,raconte les affres de l’incertitude. À Venise, un homme sur la fin de sa vie, fasciné par un adolescent en vacances… Sans se préoccuper du film culte qu’en a tiré Visconti, Thomas Ostermeier, à sa manière, raconte la nouvelle de Thomas Mann, dont des extraits sont dits en français. La scène est lumineuse, des rideaux flottent au vent, l’homme est assis, se force à lire, à manger. Mais son trouble évident s’empare du garçon, de tous les personnages, de l’espace. Et puis tout s’efface, c’est la mort qui s’est emparée de l’espace. Alors viennent y danser des Parques déchaînées. Puis dans le vide, l’homme accompagné à la guitare chante… C’est un côté totalement inattendu de son art que nous révèle Ostermeier. Grand maître d’un théâtre parfois déconstruit, toujours redoutablement précis, il fait naître ici la poésie des incertitudes, de l’inquiétude. Il plonge et nous plonge dans le monde des sentiments, de leurs ambiguïtés, de leur complexité. Pour la première fois, il nous emmène vers une tendresse mélancolique, quelque chose de terriblement troublant. Colette Godard

Mort à Venise
Mort à Venise © Arno Declair

L'idéologie du désir

Pour la première fois, Thomas Ostermeier installe son univers déjanté dans le Théâtre de la ville et offre à ses publics deux oeuvres totalement différentes : Un ennemi du peuple, Mort à Venise.La première fois en France, c’est en 1996 à Dijon, au Festival Théâtre en mai, dont Dominique Pitoiset vient alors de prendre la direction. Germanophone, admirateur des arts allemands, ce dernier fréquente Berlin, s’intéresse à la prestigieuse École d’art dramatique Ernst Busch, assiste aux spectacles de fin de parcours, se fixe sur Recherche Faust/Artaud, par Thomas Ostermeier (avec Christoph von Treskow). Qu’il invite donc, et qui laisse le souvenir d’une calme beauté, rude et poétique, le tout extrêmement contrôlé en dépit d’une construction déphasée.En fait Ostermeier a déjà un début de trajet professionnel : en 1994 avec Manfred Karge, en tant qu’assistant et acteur.

Mort à Venise
Mort à Venise © Arno Declair

En 1995, une mise en scène personnelle: L’Inconnue d’Alexander Block, au Deutsches Theater, dont le directeur Thomas Langhoff lui propose dès l’année suivante de diriger la Baracke. Une vraie baraque tout juste construite au pied du théâtre, auquel elle sert de seconde salle ; en quelque sorte d’art et d’essai. Un atelier, pas très grand, bas de plafond, mais avec sa propre cantine, ce coeur vivant de toute institution allemande. La Baracke fonctionne en toute indépendance, Ostermeier ne doit rendre de comptes à personne, il est totalement responsable et libre de sa programmation. On le voit mal, d’ailleurs, demander la permission de quoi que ce soit à qui que ce soit...C’est une évidence, Ostermeier est devenu incontournable. La Baracke, élue en 1998 « théâtre de l’année » par la revue Theater Heute ne survivra pas à son départ. Car il est nommé à la Schaubühne, dont il prend la codirection en 1999 avec la chorégraphe Sasha Waltz.Plus aucun mur visible ne divise Berlin, l’îlot de l’Ouest enfermé dans la RDA apprend à vivre sans frontières, ni privilèges. Les temps changent, il faut s’adapter, miser sur les nouvelles générations. Non sans risques...En toute lucidité Ostermeier s’engage.Si quelque chose frappe d’abord chez lui, c’est l’acuité, l’intensité de son regard qu’il travaille : qu’il réponde à une interview, ou simplement qu’il discute, on voit bien que rien ne lui échappe. Il écoute, anticipe, se projette dans ce que les comédiens proposent, dans ce que lui dit son interlocuteur. Sans pathos, avec sympathie.Né en 1968, il incarne une génération avide d’ouvertures...L’adaptation de La Mort à Venise, nouvelle de Thomas Mann avant de devenir le film culte de Visconti, dont il ne veut rien savoir. Créé au TNB la saison dernière, un rêve en musique (de Mahler) fondé sur le doute, fuyant les recherches formelles. L’idée lui en est venue au cours d’un séjour à Venise. Il pense alors se trouver au bon endroit pour explorer les coulisses de la nouvelle.« Ce qui m’a intéressé, c’est le sujet : comment vivre entre nos abîmes et les règles extérieures ? Comment vivre des désirs aussi sombres ? » (entretien radiophonique avec Laure Adler).Thomas Ostermeier demeure fidèle à ce qu’il considère comme le coeur du théâtre : « l’idéologie du désir ».colette Godard

Mort à Venise
Mort à Venise © Arno Declair
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