P Torréton
P Torréton © Radio France

Pas d’épées, de perruques ni de costumes d’époque,

Dominique Pontoiset a opté pour un Cyrano résolument contemporain.

Torréton porte un marcel blanc et un pantalon de jogging. Comme ses compères, il ressemble aux patients d’un hopital psychiatrique : ils boivent de la bière, mangent des chips : on pense évidemment à "Vol au dessus d’un nid de coucou".

Toute l’action se déroule dans ce décor clinique, une sorte de réfectoire aux murs blancs, où Cyrano semble jouer à ce que les autres attendent : à Cyrano, un Cyrano peu à peu délivré de sa condition par la grâce de ses vers.

Avec son crâne rasé et sa blessure au front, annonçant l’estocade mortelle à venir, Philippe Torréton en impose. Modestement, sans chercher la lumière à tout prix, le comédien envahit l’espace d’une présence poétique. Son Cyrano semble maniaco dépressif, un être excessif dépendant de ses humeurs mais toujours profondément sincère.

Très vite, on oublie l’hopital en se disant que ce qui se joue est vrai, car tout est juste, malgré le parti pris gonflé. Cyrano aime Roxane et accepte de prêter ses mots au beau Christian. Quand un importun le provoque, il remplace les coups de pied aux culs par un grand coup de fer à repasser brûlant et dans sa bouche.

Torréton n’en fait jamais trop. Et quelle présence !

Il émeut, avec ce physique ingrat, cette protubérance au milieu de la figure cachant un cœur qui bat la chamade pour la belle Roxane, Maud Wyler, parfaite, elle aussi.

Pitoiset ne cesse d’inventer : la célèbre scène de balcon où Cyrano prête ses mots et sa voix à Christian pour séduire la jeune femme se fait avec les moyens d’aujourd’hui : Cyrano allume son ordinateur, appelle Roxane par skype et tout se joue entre la scène et un écran vidéo qui présente en gros plan le visage de la belle. Parfois, et cela ajoute à l’émotion de la pièce, Cyrano choisit une chanson sur un juke box, de la variété, du rock ou du classique, puisque la pièce d’Edmond Rostand prévoit beaucoup de musique, et cette audace là, aussi, fonctionne.

Le spectacle, plein de trouvailles audacieuses, ne cherche pas la surenchère gratuite. Il est même dépouillé, sans chercher d'effets à tout prix, Cyrano semble mis à nu, l’humour succédant avec bonheur aux scènes romantiques. A la fin, le héros apparaît dans son costume traditionnel, perruqué, en habits, alors qu’il va tomber le masque auprès de sa belle. C’est beau et bouleversant. On se lève tous ensemble pour applaudir cette grande soirée, cette totale réussite.

"Cyrano de Bergerac", Rostand, Pitoiset, au TNB de Rennes, jusqu'au 16 février, puis en tournée.

Toutes les informations sur le site du TNB:

http://www.t-n-b.fr/fr/saison/fiche.php?id=807

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