Le miracle a lieu. "Rêve d'automne" de Jon Fosse mis en scène par Patrice Chéreau au Louvre résiste à une salle plus traditionnelle, le théâtre de la Ville, à Paris, avant de partir en tournée.

Rêve d'automne
Rêve d'automne © Radio France / Pascal Victor

Rêve d'automne
Rêve d'automne © Radio France / Pascal Victor

Aidé de son fidèle scénographe, Richard Peduzzi, le metteur en scène reconstitue le décor naturel du Louvre : la salle Denon, avec de hauts murs couleur rouge sombre, des tableaux, des ouvertures vers d'autres salles. Ainsi suit-on les retrouvailles d'un homme et d'une femme, dans ce musée, même si Jon Fosse a situé la pièce dans un cimetière. Peu importe, le silence est le même et dans les deux cas, passent des visiteurs. On regarde au musée les cartels comme on se penche sur les tombes pour lire les inscriptions funéraires. Ils ont été amants, autrefois. Il a été marié, a eu un fils, mais depuis son divorce, il ne voit plus ni sa famille ni ses parents. Le jour de l'enterrement de sa grand-mère, il revoit son père et sa mère, leur présente sa nouvelle compagne, apprend que son fils est très malade. La grand-mère, elle, erre dans le cimetière. C'est un fantôme, comme le fils deviendra lui aussi un fantôme, muet, rodant autour du père comme l'expression de la culpabilité de cet homme. Il y a unité d'espace, mais pas de temps. Fosse chahute la chronologie. Il sème le désordre entre les morts et les vivants. Chéreau est à l'aise dans l'univers de l'auteur norvégien. Il est question de désir, de remords, de sexualité et de mort. C'est une partie de sa carrière qui défile par images. Les parents, si loin de leur fils, n'évoquent-ils pas les parents impuissants face à l'envol de leur unique enfant, dans "l'Homme blessé"? Les mouvements d'ensemble ne rappellent-ils pas les déplacements des chanteurs dans "La Maison des morts"? Ce couple qui se désire et s'étreint sur le sol n'est il pas le jumeau des amants d'intimité"? La qualité de l'interprétation est saisissante. Pascal Grégorry n'a jamais été aussi juste, Valérie Bruni-Tedeschi bouleverse et dans le rôle de la mère abusive, Bulle Ogier atteint une intensité rare. Chéreau sait promener en chorégraphe des corps muets sur le plateau sans faire d'eux des potiches, la musique ajoute à la tension qui règne entre le couple, entre le fils et sa mère. A la sortie, les avis divergent, pourtant. Le texte de Jon Fosse ne convainc pas tous les spectateurs, les phrases courtes, les répétitions de mots, le sens général de la pièce ne font pas l'unanimité. De quoi s'agit-il? Pourquoi Valéria Bruni-Tedeschi n'est-elle pas plus audible quand on se trouve placé en haut de la salle? A revoir le spectacle, pourtant, on est emporté, transporté, même, par l'harmonie entre un auteur et son metteur en scène, par la noirceur de ces présences, par la maîtrise et l'intelligence d'un très grand homme de théâtre. "Rêve d'automne", jusqu'au 25 janvier, au théâtre de la Ville, à Paris, dans le cadre du Festival d'Automne (01 42 74 22 77). Puis en tournée du 2 au 11 février à Nantes, les 17 et 18 février à Anvers, du 8 au 18 mars au Théâtre du Nord à Lille, à Amsterdam du 24 au 26 mars, à Milan du 1er au 11 avril, à Poitiers du 3 au 6 mai, à Rennes du 11 au 20 mai, à Vienne au Wiener Festwochen du 26 au 29 main à Marseille, à la Criée du 6 au 11 juin. Texte publié à L'Arche (14€).

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