propos dansé par Jacques Bonnaffé avec Jonas Chéreau sur Le visible est le caché deJean-Christophe Bailly.

Le visible est l’ensemble de tous les récitatifs qui fabriquent l’apparence. Ce sont des réseaux, des enchevêtrements, des systèmes de marelles infinis, des puissances d’écho, de ricochets.

à l’intérieur de ces systèmes qui tous ensemble forment une gigantesque et indéfaisable pelote, il y a quantité de trous, de cachettes, de fils non tirés. Chaque animal habite le réseau des apparences à sa façon, c’est-à-dire qu’il s’y cache. Le visible recèle le caché. Vivre en effet, c’est pour chaque animal traverser le visible en s’y cachant.

extrait Le visible est le caché

Dans cette rencontre avec la danse, duo créé au théâtre de la Bastille et initié pas les « Sujets à vif » du festival d’Avignon 2011, Jacques Bonnaffé se saisit d’un manifeste-poème de Jean-Christophe Bailly, édité chez le Promeneur, édition de la Maison de la Chasse & de la Nature : Le visible est le caché . Forme simple, préparatoire d’un travail plus ample sur Jean-Jacques Rousseau.

« Le visible est le caché est un petit livre utile et précieux, son sujet n’est pas l’auto-fiction ni un de ses contournements compliqués, ni des souvenirs. On ne parle pas de moi. Je n’est pas le sujet, le sujet est l’autre, radicalement. L’animal détaillé par Jean-Christophe Bailly est d’un autre monde, il est celui qui apparaît où il se cache, dans le visible. Une connaissance lointaine, un savoir. Qui nous parvient ici étoffé de considérations magiques propices à l’expérience du théâtre, tels ces fragments d’Héraclite d’où sort l’aphorisme « Nature aime à se cacher », chose curieuse à prononcer sur la scène où l’on doit se faire voir, (tout montrer selon certains). Cage de scène où l’on aime évaluer le naturel ou agiter la question de la représentation.

Comment mettre les pieds dans un texte, ne pas réfléchir, se dire qu’il y a urgence. J’aime à délier certaines splendeurs empaquetées dans l’écriture. À ce moment-là, parler est déjà une danse. Dans ce texte-ci nous sommes d’abord confrontés à des pensées, aussi captivantes qu’images et disposées sous jeu des mots et magie de forme. Ces pensées pourraient être celles qui nous traversent en contemplant l’œil d’une bête, son insondable.

Nature aime à se cacher : il y a de la philosophie dans ce propos et nous dansons dessus. Autant dire que nous dédions à Friedrich et au penseur nietzschéen qui sommeille en chaque spectateur ces gaités savantes ! Acteur-danseur à deux liés pour dévider ce poème didactique, méditation sur le naturel et ses dédoublements sémantiques. Nature aime à se cacher peut sembler burlesque à exposer sur scène. Drôle d’endroit pour ne pas se faire voir ! Sauf si vous y faites l’animal. Qui se cache où l’on voit ? Disparu du centre où il se trouve. C’est le sujet des toiles de Gilles Aillaud, animal ou vivant, acteur, demeuré ou bête de scène, encagé, diffracté.

Nature aime à se cacher
Nature aime à se cacher © Théâtre de la Bastille

Pour étayer cette rencontre duo avec la danse, j’ai esquissé en courrier d’annonce que c’est un jeu d’enfants qui aiment à se singer. Jouant avec le petit bouquin, quand l’un lit, l’autre singe. Juste cela tour à tour, un savant échange. À la fin on voit deux singes lire. »

La danse

Il est évident qu’il pouvait y avoir un dialogue. Je ne suis pas un instructeur, et un danseur peut avoir une pensée autonome, faire son enquête de son côté. Jonas l’a emporté avec ses grands bras qui iraient vers les grands arbres ! Et puis il n’a pas peur, il me dit : « Tu peux passer à travers moi ». Il ne s’agit pas de faire des exercices gymniques. Ce que le texte prend en charge, nous n’avons pas à le répéter. On ne fait pas Le Roi lion ! Le pléonasme n’est pas notre affaire et c’est exactement comme cela que j’entends la danse : ce qui n’est pas un pléonasme et qui vit pourtant. Un mouvement imperceptible. »

Laure Dautzenberg

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