Actes Sud
Actes Sud © Radio France / Actes Sud

David Lynch a dit un jour: "Notre subconscient est rempli d'horreurs. Tout ce que nous ne voulons pas voir avec notre conscient est là et nous attend, tout simplement. »

On croirait que Guillaume Vincent s’est inspiré de cette phrase. Car ce qu’il met en scène, c’est un peu ce subconscient qu’on ne veut pas voir, les frayeurs qui, parfois, nous envahissent, quand la nuit tombe… La démarche n’est pas cérébrale, il s’agit bien de théâtre avec comme point de départ, la nuit et cette fragilité qui l’entoure. Tout se déroule dans une chambre d’hôtel. Un peu effrayante, froide, aux tons verts. Divers clients passent des nuits dans cette chambre, femmes ou hommes de différentes époques, de différentes nationalités. On entend toutes les langues…

Une femme au téléphone semble oublier le bain qui coule à côté avec sa fille, dans la baignoire… Des couples s’aiment ou se déchirent, dans ce lieu à la fois anonyme et intime, des gens se disputent, rêvent ou cauchemardent. On ne sait jamais ce qui se passe exactement et cette incertitude qui monte en nous captive. Qui sont ces deux sœurs qui dorment là parce que leur père se remarie, pour la troisième fois ? Ce petit garçon qui s’endort, Nicolas Maury, si crédible en petit garçon effrayé, a-t-il des raisons d’avoir peur ? Quand la nuit tombe, tout peut arriver, semble suggérer Guillaume Vincent. Et peut-être parce que nous aussi nous aimons avoir peur, on apprécie ce qui se dégage, une atmosphère entre réalisme et fantastique, des névroses qui prennent forme, une ambiance que l’on voit plus souvent au cinéma qu'au théâtre. « La nuit tombe » est un conte entre Andersen et Perrault (n’est on pas dans un château hanté ?), et l’on devine chez cet auteur metteur en scène beaucoup de belles influences, Lynch pour le fantastique et le goût du mystère, l’obscurité et le travail du son d’un auteur metteur en scène comme Joël Pommerat… Ce qui n’empêche pas Guillaume Vincent d’avoir de la personnalité et une fantasmagorie très riches. Il s’avère, qui plus est, un sacré directeur d’acteurs.

"La nuit tombe", Bouffes du Nord, Paris, jusqu'au 2 février

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.