Un héros qui devient une héroïne, aimant les femmes et les hommes, critiquant le système, et dont les expériences reflètent la condition féminine à différentes époques du patriarcat…

Orlando  - Jenny König
Orlando - Jenny König © Stephen Cummiskey

L’anatomie, c’est le destin”. La formule, qu’on trouve chez Freud, remonterait à Napoléon. Elle aurait sans doute fait sourire Orlando, car le cours de sa vie en offre une illustration plutôt singulière. 

De fait, Orlando est l’un des personnages les plus énigmatiques et surprenants (les plus séduisants, aussi) de la littérature romanesque. 

Virginia Woolf s’amuse à rapporter la vie de l’impossible Orlando, né sous le règne d’Elizabeth I dans une famille de la plus haute noblesse, et dont l’existence se prolonge jusqu’aux temps où son histoire est publiée, le 11 octobre 1928. À cette date, Orlando n’a vieilli que d’une vingtaine d’années en trois siècles et demi, atteignant l’âge de 36 ans. Mais surtout, par une belle journée de mai, le héros se réveille héroïne... 

Orlando, enfant de la plus libre fantaisie (fortement inspiré(e) par la romancière Vita Sackville-West, amante de Virginia Woolf), se joue ainsi de toutes les frontières. Son être échappe aux catégories sociales, aux lois ordinaires de la mortalité, aux contraintes “naturelles” des genres. Pareil(le) au devin Tirésias, Orlando, qui a fait l’expérience de l’existence sur ses deux versants masculin et féminin, reste sereinement soi-même de bout en bout. 

En 1993, sous la direction de Robert Wilson,Isabelle Huppert en avait incarné seule en scène toutes les facettes. Aujourd’hui, Katie Mitchell s’appuie sur la prestigieuse troupe de la Schaubühne pour escorter Orlando sur sa longue route, et prolonger de 1928 jusqu’à nos jours son inépuisable jeunesse.

Orlando
Orlando / Stephen Cummiskey

Le son des trompettes s’éteignit et Orlando se tenait là entièrement nu. Nul être humain, depuis que le monde existe, n’a jamais paru plus ravissant. En sa forme unique se combinaient la force d’un homme et la grâce d’une femme. Le temps qu’il resta là, les trompettes d’argent tinrent leur note, comme si elles répugnaient à quitter le charmant spectacle que leur sonnerie avait fait surgir ; et sa Chasteté, Pureté, et Modestie, inspirées, sans doute, par Curiosité, regardèrent furtivement à la porte et jetèrent, à l’intention de cette forme nue, un vêtement en guise de serviette de toilette qui, malheureusement, manqua son but de quelques pouces. Orlando se contempla de haut en bas et de bas en haut dans une psyché, sans montrer le moindre signe de trouble, et s’en alla, vraisemblablement prendre son bain.

Virginia Woolf : Orlando (trad. française Jacques Aubert), Gallimard, coll. Folio, 2012, pp.149 - 151

Dans Orlando, Woolf explore certaines des questions qu’elle abordera à nouveau plus tard et sous forme encore plus explicite dans des œuvres telles qu’Une Chambre à soi : pourquoi les hommes ont-ils accès à toute la richesse alors que les femmes n’ont rien ? Quel effet la pauvreté a-t-elle sur les écrivains ? Quelles sont les conditions nécessaires qui président à la création d’une œuvre d’art ? Grâce à son écriture incroyablement spirituelle, élégante et drôle, Woolf est parvenue à poser de telles questions en un temps où ce geste était révolutionnaire : déjouant les censeurs, elle a créé un chef-d’œuvre intemporel.

Source Théâtre de l’Europe Odéon

►►► Distribution

  • Texte de Virginia Woolf 
  • Mise en scène Katie Mitchell
  • Adaptation Alice Birch 
  • Traduction Gerhild Steinbuch 
  • Collaboration artistique Lily McLeish 
  • Scénographie Alex Eales 
  • Costumes Sussie Juhlin-Wahlen 
  • Conception visuelle Grant Gee 
  • Vidéo Ingi Bekk 
  • Collaboration à la vidéo Ellie Thompson 
  • Son Melanie Wilson 
  • Lumière Anthony Doran 
  • Dramaturgie Nils Haarmann
  • Caméras Nadja Krüger et Sebastian Pircher 
  • Perchiste Kessisoglou
  • avec Ilknur Bahadir, Philip Dechamps, Cathlen Gawlich, Carolin Haupt, Jenny König, Alessa Llinares, Isabelle Redfern, Konrad Singer Aubert 
Orlando
Orlando / Stephen Cummiskey
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