Béatrice Dalle
Béatrice Dalle © Radio France

C’est encore une ado. Elle s’emballe ou envoie balader. A Rouen, où elle répète, les gens la regardent et l'abordent. Elle sourit. Sauf si on l'importune. Comme ce Rouennais, il y a quelque jours:

Elle ajoute : « Je suis une paquerette déguisée en piège à loups. On imagine que je suis dangereuse, mais non. Quoique. »

49 ans, la même grande gueule qu’à ses débuts, une guerrière qui choisit plus des metteurs en scène que des rôles. Un metteur en scène doit « l’éclairer », dit elle, joliment. Elle veut apprendre à ses côtés.

L’actrice se souvient avoir fui le Mans, à 14 ans, fui sa famille et l’école, pour vivre libre, à Paris. Soirées en boite, copains musiciens et vie de larcins. Une ado, encore aujourd’hui connue dans son métier pour tout donner. 28 ans de carrière au cinéma, 50 films, pas de comédies ou de films populaires, mais des films d’auteur, Haneke, Jim Jarmusch, Claire Denis ou de jeunes cinéastes, pas encore de théâtre. A Rouen, elle débute sur les planches, emballée par le metteur en scène David Bobée, 36 ans, jeune directeur du Centre dramatique national de Haute Normandie. Il l’a voulue dans « Lucrèce Borgia », de Victor Hugo, ce monstre, cette empoisonneuse. Le jeune homme l’a conquise, avec son désir d’un théâtre populaire ouvert à tous les domaines artistiques. On la devine heureuse d’être entourée de partenaires issus de la danse, du cirque, acrobates, musiciens.

En fumant, dehors, sous la pluie, elle parle du projet avec ardeur.

Demandez lui si elle a peur :

Le plateau de Lucrèce Borgia est recouvert d’eau. L’actrice n’hésite pas à le traverser. De jeunes hommes la malmènent, la poussent, l’arrosent, elle accepte toutes les demandes de la part de celui qui la dirige, David Bobée, (elle répond toujours : ok patron ! ». 14 jours seulement de travail, il reste du travail technique, pousser la voix, apprendre le plateau mais la présence sur scène de la comédienne est indéniable. Concentrée, engagée, généreuse, Béatrice Dalle prend du plaisir à dire les mots de Victor Hugo.

Une pâquerette déguisée en piège à loups.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.