Que dire de cette "Cage aux folles" ressuscitée ? Qu'elle aurait dû rester un souvenir. En 2009, elle semble une pochade raciste et vulgaire . On se moque du domestique noir réduit au bon vieux "ya bon banania" et l'on présente de l'homosexualité un travestissement vieillot, incarné par deux acteurs comiques populaires emperruqués qui n'ont pas l'air de s'amuser dans ces deux rôles de composition . Ce choix de Bourdon et Clavier ne va pas de soi . Le regard que l'on porte sur l'ancien comique des "Inconnus" est terriblement gênant . Il est actuellement obèse et l'entendre traiter par le personnage de Clavier de monstre marin provoque un malaise . Bien sûr, les rires fusent, mais ce rire est obscène . Bourdon traverse la pièce dans une débauche de costumes et ne parvient jamais à faire oublier Serrault. Il singe une interprétation sans imposer la sienne . Clavier a l'air gêné dans le rôle de l'homosexuel "folle" et tente, avec son comique brailleur, de donner du rythme à une pièce qui pèse une tonne . Le reste de la distribution s'avère très inégal, mais seules comptent les deux vedettes .Oui, la salle rit, comme un public de télé se sent obligé d'applaudir la moindre intervention d'un invité sur un plateau . On est là, on a payé cher (de 30 à 70 euros la place) alors on rit sans crainte et sans complexe des pédés et du noir à la fesse frétillante, dans un déluge de coussins, de plumes et de paillettes . Et l'on applaudit bien fort aux saluts car la régie balance une musique Club Méd qui, sur les groupes, est toujours efficace. En regardant Clavier danser, on croit pourtant deviner l'ennui dans son regard. Il n'y croit pas . Mais la salle est bondée et elle le sera encore . "La Cage aux folles" ou l'usine à monnaie, parrainée par RTL et TF1 . Et vous ? Vous regardez vos voisins en vous demandant si c'est vous qui êtes bégueule ou si, hélas, la salle est une photo de la France en 2009 . Rire pour rien, rire de tout même du vide intérsidéral, rire du noir "oui, bouana" et de la grosse tata à la voix de fausset, comme si la société était plongée dans le formol depuis plus de trente ans, sans évolution des esprits, sans pensée, sans progrès . C'est une comédie tragique .

A l'entracte, le spectateur qui sort se voit tatouer l'avant-bras .
A l'entracte, le spectateur qui sort se voit tatouer l'avant-bras . © Radio France
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