de et par Pierre Richard, coécriture et mise en scène Christophe DuthuronÉternel maladroit, faux distrait, tendre pitre, Pierre Richard est un type à la mer qui livre sur scène sa vie d’artiste et ses regrets d’homme à partir de ses récits et d’extraits de films. Avec son metteur en scène et complice Christophe Duthuron, le réalisateur, poète et comédien se livre depuis près de dix ans dans des solos autobiographiques : Détournement de mémoires (au Théâtre du Rond-Point en 2003) ou Franchise postale, deux solos d’aveux, souvenirs, courriers savoureux et réflexionsphilosophiques.

Entretien

C’est la troisième fois que vous abordez les anecdotes de la vie de Pierre Richard, le matériau est-ilinépuisable ? Christophe Duthuron : Je finis par le croire. Le temps que j’en rédige une, il en a vécu trois autres. Ça tient sans doute en partie à cette urgence que Pierre cultive, de rendre chaque moment intéressant. Qu’il se passe quelque chose. Sa capacité à être là. Cela tient aussi sans doute - et paradoxalement - à sa propension à ne pas être là. Ses « absences » comme il aime le dire, surgissent à tout moment. Le voilà qui va se réfugier dans un buisson intérieur, au beau milieu d’une phrase. Ne lui tenez pas rigueur s’il vous dit « d’aller voir ailleurs s’il y est », puisqu’effectivement, il y est. Ce hiatus avec le monde qui l’entoure génère forcément des situations singulières... Puisque quand il sort de son buisson pour aller en chercher un autre, il a l’aisance d’un lapin dans les phares d’une voiture.

Pierre Richard
Pierre Richard © Giovanni Cittadini Cesi

Cette fois-ci, vous mêlez aux récits de Pierre Richard des extraits de films, comment les avez vous choisis ? Christophe Duthuron : Il y avait plusieurs critères, pas toujours compatibles. Leur intérêt en soi, la drôlerie ou la qualité de l’histoire qu’ils évoquent, mais aussi la potentielle théâtralité de cette histoire, et enfin, le thème général qu’ils soulèvent. Ces contraintes viennent du fait que ces extraits prennent place dans un propos plus large.Ils illustrent d’abord avant d’être eux-mêmes sujets à commentaires. Ils sont des outils, pas une fin en soi. Nous avions évoqué leur présence dès le début parce qu’ils constituaient un axe de travail, une sorte de charte graphique. Au final, ils sont présents, bien sûr, huit d’entre eux sont l’objet d’un développement sur leurs coulisses, mais ils ne sont pas l’essentiel du spectacle ni la colonne vertébrale du texte.Quelles seront sur scène les règles du jeu ? Christophe Duthuron . : L’objectif, ici plus que jamais, est de créer le lien, l’intimité. La personnalité de Pierre, déjà singulière, rendrait redondant tout ce qui crée de la distance. Tout le monde n’est pas acteur de cinéma, et tout le monde n’est pas à ce point là un passager clandestin du reste du monde. Il est donc question ici d’abolir cette distance, trouver d’abord le dénominateur commun, et l’illustrer ensuite. C’est dans cet ordre que ces histoires si spécifiques pourront devenir universelles et nous concerner au delà la curiosité. Sans cette exigence, le risque serait grand de partir dans une démonstration de camelot, qui a toujours un nouveau gadget à sortir de sa poche. C’est pourquoi, plutôt qu’un propos structuré, chronologique, j’ai choisi la « voix intérieure », qui se promène. Et puis ce savant désordre est raccord avec le personnage, non ?

Pierre Richard
Pierre Richard © Giovanni Cittadini Cesi

Après Détournement de mémoires et Franchise postale, s’agit-il d’une nouvelle recherche du temps perdu ? Christophe Duthuron : La « recherche » courait après les souvenirs volatiles pour essayer d’en garder le plus de détails possibles, la plus grande justesse possible, avant qu’ils nous échappent. Un peu comme on joint les mains et serre les doigts pour y retenir du liquide qui finira fatalement par s’en échapper. Nous sommes ici radicalement à l’inverse. D’abord parce qu’il est acquis que le passé est passé, et la distorsion de la mémoire fait partie du jeu.C’est d’ailleurs l’origine du titre « détournement », on ne restitue pas les souvenirs, on les interprète. Il n’est donc pas question ici de « bourgeonnement Proustien » en quête de justesse et d’exhaustivité... Ensuite parce que le regard n’est surtout pas nostalgique. L’idée est de trouver de l’intérêt présent à ces expériences... qui ne sont jamais que des réminiscences. Il n’est pas question d’aller les chercher, mais de constater là, maintenant, ce qui vient. On pourrait donc résumer la démarche par « Ce qu’il en reste » et « en faire quoi ? ». Enfin, ce qui nous affranchit décidément d’un cousinage avec « la recherche » c’est que – sauf le respect que je lui dois – le vieux Marcel était plutôt rétif à la poilade... là où l’amusement est une de nos valeurs cardinales. On ne se refait pas...propos recueillis par Pierre Notte

Affiche__ © Stéphane Trapier - Atalante

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