Depuis qu'elle a découvert le voyage, Pina Bausch l'intègre systématiquement à ses ballets. En séjour dans les capitales du monde entier, ses danseurs observent puis parlent avec elle. De ces discussions, naissent des improvisations sur le plateau. Et le ballet se crée ainsi, rassemblant des points de vue multiples et la danse de chaque membre de la compagnie. A chaque création, au rythme d'une fois par an, on répète que la chorégraphe se répète. C'est vrai. De leur expérience d'un pays méconnu, les danseurs jouent souvent avec l'eau, la sensualité des rapports hommes femmes, la nature : on a vu déja sur la plateau la présence d'oeillets rouges, de montagnes de verdure et même de cascades, une harmonie permanente entre nature et culture.Cette fois, c'est une légère brise qui soulève les rideaux blancs. Nous sommes en Inde. Pina Bausch a emmené plusieurs fois sa compagnie du Tanztheater Wuppertal dans ce pays, découvert en 1979 par la chorégraphe allemande, lors d'une tournée de son "Sacre du Printemps". Ils sont allés à Calcutta et au Kerala. "Bamboo Blues", la fresque que les danseurs rapportent, est assez difficile à décrypter. Le programme précise que chacun retranscrit dans son corps l'Inde traditionnelle, celle des temples et des marchés traditionnels mais aussi le bouillonnement du miracle économique d'un pays qualifié d'émergent. Difficile de retrouver dans la danse ce programme. Peu importe, d'ailleurs. On aime les allusions à la tradition, comme cet homme qui marche lentement et sur lequel un autre danseur pose sur les épaules, les bras, la tête, un morceau de bois. Allusion à ces morts couchés sur un lit mortuaire que les enfants tranforment en brasier pour que le corps parte en fumée. On aime ces moments doux où une danseuse se lave les cheveux, alors qu'un danseur, armé d'un appareil, souffle sur son corps du brouillard. Presque rien, et nous sommes sur le Gange, à l'heure des ablutions. Amusante, cette projection d'une image extraite d'un film de Bollywood, alors que sur le plateau s'anime la danse sur des rythmes divers : musique traditionnelle ou la pop de "Talk Talk".Moments magiques mais parfois trop "jolis". On se sent bercé par la musique et la beauté du moment alors qu'on souhaiterait notamment sur cette vision de l'Inde plus de friction des corps, plus de danse? N'y a t-il pas dans ce pays davantage de violence faite à l'homme? Aucune image brusque ou dérangeante, pas assez de tension, mais toujours cette ritournelle connue, certes splendide mais parfois redondante et qui malheureusement nous laisse dans un état curieux. Habitués à cette beauté et à cette grâce, mais frustrés d'un véritable ailleurs, d'une rencontre nouvelle, et même ici, d'une prise de conscience ou d'un choc.

L. Philippe
L. Philippe © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.