C’est la nouvelle marée de xénophobie et d’antisémitisme qui traverse l’Europe, le nouveau paysage de haine de la différence et de peurs qui se dessinent dans nos sociétés.

Place des héros
Place des héros © D. Matvejevas

15 mars 1938, place des Héros : les Viennois acclament Hitler qui a envahi l’Autriche. Le professeur Schuster, un mélomane à la fois tyrannique, raffiné et révolté, s’exile alors à Oxford. Dix ans ont passé quand il revient « par amour de la musique ». Mais sa femme Hedwige, hantée par la ferveur avec laquelle son pays a accueilli l’occupation, les pousse à retourner vivre en Angleterre. La veille de leur départ, alors que les malles sont prêtes, que le précieux piano Bösendorfer est déjà expédié, Schuster se suicide sur la place des Héros…

Écrite en pleine affaire Kurt Waldheim (Premier ministre élu malgré son passé nazi) et traitant de l’Anschluß dans une langue véhémente et presque brutale, Place des Héros de Thomas Bernhard provoque un véritable scandale politique avant même que le texte ne soit joué et publié en 1989.

Les prises de positions qui génèrent le fascisme naissent de la montée de l’hypocrisie ; s’exprime la terreur d’une « vérité » inventée et toxique, qui consacre uniquement la haine. Tout ce qui est autour, et donc justement la mémoire, l’histoire, l’héritage national et spirituel, s’obscurcit. L’obscurcissement du chemin vers la vérité n’est pas un phénomène propre uniquement à un groupe limité : la vague d’obscurcissement gagne aussi ceux qui cherchent à s’en défendre… C’est le thème le plus profond et le plus mystérieux de la dernière pièce de Bernhard. Les personnages portent en eux des pensées qu’ils sont incapables d’exprimer. Un tabou ? Une paralysie du processus intellectuel ? Les âmes et les cerveaux humains sont intoxiqués.

Krystian Lupa (Propos recueillis par Francis Cossu - Traduits du polonais par Agnieszka Zgieb) pour Place des héros à la Scène Nationale – Sceaux – Les Gémeaux

Place des héros
Place des héros / D. Matvejev

Il est difficile de comprendre exactement les raisons de ce nouveau renfermement de la société face au progrès humaniste. 

Qu’est-ce qui entraîne chez un individu et une communauté d’individus un tel besoin de haine, et le besoin de chercher et de se donner un objet de haine ?

Place des Héros de Bernhard, ce sont deux espaces – les pièces abandonnées d’un vieil immeuble (lors d’un déménagement) qui donne sur la Place des Héros, et le parc devant le Burghteater – qui se fondent en un même espace archétypal – l’entrelacement de la vie d’un être humain et d’un fétiche historique.

Krystian Lupa (Propos recueillis par Francis Cossu - Traduits du polonais par Agnieszka Zgieb)

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.