Un opéra vidéo-pop d'après l'incoronazione di Poppea de Claudio Monteverdi.

Adaptation musicale Michael Torke, orchestration Peter Howard et Max La Villa, livret & lyrics Ian Burton, Direction musicale Peter Howard, mise en scène Giorgio Barberio Corsetti et Pierrick Sorinavec Valérie Gabail, Carl Barât, Benjamin Biolay, Marc Almond, Fredrika Stahl, Anna Madison, Joel O’Cangha

Les plasticiens aiment jouer avec le passé pour inventer l'avenir. Rien pour eux n'est assez sérieux dans l'art que l'on ne puisse jouer avec. Mais pour la musique classique c'est une autre histoire. Tel est le défi, l'audace de Pop'pea : s'emparer de la musique de Monteverdi et en donner une hybridation pop-rock. Prendre le livret de Busenello et adapter le vocabulaire à notre monde d'aujourd'hui. J'ai toujours pensé le duo final du Couronnement de Poppée comme une belle chanson d'amour qui peut être traitée de façons multiples. Des personnalités très diverses ont été rassemblées pour ce nouveau défi du Théâtre du Châtelet : Le plasticien Pierrick Sorin, le poète Ian Burton, le metteur en scène de théâtre Giorgio Barberio Corsetti, des chanteurs aux horizons musicaux divers : Carl Barât (ex-Libertines), Marc Almond, Benjamin Biolay, Fredrika Stahl, Peter Howard des Clash... La musique de Monteverdi a été transformée par le compositeur américain Michael Torke. L'idée de ce pari est d'ouvrir des frontières, décloisonner, faire tomber des murs et de donner à des jeunes artistes musiciens d'aujourd'hui la possibilité de se confronter à Monteverdi pour mettre le feu à l'opéra. Jean-Luc Choplin

L'histoire

Ian Burton
Ian Burton © Timothée Chaine - Théâtre du Châtelet

Acte I

Ottone, l’amant de Poppea, médite sur la passion dévorante qu’il a pour elle ( I still keep coming back ) mais comprend son infortune en découvrant la présence des soldats de Nero sur le seuil de sabelle : Nero et Poppea sont amants… Les gardes se réveillent ( Soldiers’ Latin Rap ).Nero s’arrache avec diffi culté des bras de sa maîtresse ( My Love please don’t go ), ils s’avouent leur amour ( Goodby et You never see me ) puis, restée seule, Poppea affi che sa confi ance en l’avenir( Love’s fi ghting for me ).Interlude : Nero et sa suite entament un périple en Grèce ( I hold you ). Au palais impérial, Ottavia, la jeune impératrice, est rongée par l’humiliation et la jalousie ( Thrown aside as an Empress ) et repousse l’idée de son amie Drusilla de prendre un amant pour se venger. Seneca tente de consoler Ottavia ( There she is still crying ) puis, resté seul, songe à sa propre mort prédite par une déesse ( She’s plaited her own crown of thorns ). Nero s’entretient avec Seneca de son projet de répudier Ottavia et d’épouser Poppea, mais le philosophe, qui invoque les exigences de la loi, de la raison et de la vertu, provoque la fureur del’empereur qui le chasse… Poppea retrouve Nero qui lui promet le mariage et le trône ( I’ll split the crown ), et Poppea, qui anticipe la résistance probable de Seneca, persuade Nero d’envoyer porter au philosophe l’ordre de mourir. Poppea oppose la fatalité de l’amour aux plaintes et reproches d’Ottone, et ce dernier, se sentant rejeté, décide de rendre visite à Drusilla.

Valérie Gabail - Pop' pea
Valérie Gabail - Pop' pea © Christophe Panepinto

Acte II

Seneca médite sur sa vie quand les gardes de Nero viennent lui transmettre l’ordre de se donner la mort. Ses disciples, à qui Seneca annonce qu’il va se suicider, tentent de l'en empêcher ( Come then death , My friends et Seneca don’t die ). Malgré cela, il s’ouvre les veines dans son bain. Débarrassé du philosophe, Nero et son ami Lucano s’abandonnent à la joie ( Now that Seneca’s well dead ) et encensent ensemble la beauté de Poppea. La jeune Ottavia essaie de persuader Ottone de tuer Poppea en lui conseillant de setravestir en Drusilla afi n de gagner la confi ance de l’impératrice. Ottone accepte. Il se confi e à Drusilla qui a l’heureuse impression de l’avoir reconquis ( My ship sails free ) et qui accepte de lui prêter ses vêtements. Ottone pénètre dans le palais travesti en Drusilla pour tuer Poppea qui s’apprête à dormir ( Sweet oblivion ), mais cette dernière se réveille en hurlant. Ottone parvient à s’enfuir.

Acte III Accusée d’avoir voulu tuer Poppea, Drusilla est arrêtée par les gardes de Nero, et, sous la torture, s’apprête à confesser un crime qu’ elle n’a pas commis quand Ottone surgit pour avouer le forfait. Nero les condamne tous deux à l’exil ainsi qu’Ottavia qui, il le réalise maintenant, était au centre du complot.Interlude : Nero fait incendier Rome pour gagner la place nécessaire à la construction de son nouveau palais.Poppea déclare son amour à Nero ( Today I’m a new born ) et les deux amants se réaffirment leur amour ( You have stolen my heart ). Ottavia fait ses adieux à Rome ( Farewell to Rome ). Nero couronne Poppea. Ils entonnent ensemble le célèbre air de Nero ( Now I hold you ).

Peter Howard - Orchestration - Direction musicale - Batterie

Le batteur de rock britannique qui joua un temps avec The Clash, est le directeur musical de Pop'pea

Peter Howard
Peter Howard © Timothée Chaine - Théâtre du Châtelet

Qu'est-ce qui vous a séduit dans ce projet ? Le fait que L'incoronazione di Poppea est le premier opéra de l'histoire dans lequel on n'évoque plus des idées mais des sentiments humains, concrets et réels. C'est un opéra qui dépeint les aspects peu reluisants de l'âme humaine, le goût du pouvoir, la concupiscence, la corruption, le meurtre… Le fait de le monter comme un opéra pop rock est logique, car les rock stars incarnent un peu la même chose. Nul doute que toutes les femmes d'Angleterre seraient prêtes à se damner pour avoir une aventure avec Carl Barât !Vous êtes l'un des rares participants à cet opéra, avec le compositeur et arrangeur Michael Torke, à avoir une formation classique…. J'ai effectivement appris la clarinette enfant, mais je n'ai pas aimé cela du tout. Mon père me forçait à travailler l'instrument. Lui-même était batteur de jazz dans un trio. J'ai commencé à jouer sur sa batterie àl'âge de neuf ans, puis à douze ans, j'ai eu ma propre batterie. Mon père m'emmenait à des concerts, c'est ainsi que j'ai entendu jouer, entre autres, Buddy Rich. À la fi n de l'adolescence, je suis allé à Londres afi n de trouver un groupe avec qui jouer. Paul Simonon, bassiste des Clash, habitait mon quartier, Ladbroke Grove, et un soir j'ai décidé de le suivre jusque chez lui, j'ai frappé à sa porte et je lui ai proposé mes services. Le groupe avait congédié Topper Headon, trop défoncé, et cherchait un batteur pour quelques dates aux Etats-Unis qui s'avéreront les dernières de leur carrière. Simonon m'a dit : " on a passé une annonce dans le Melody Maker, t'as qu'à répondre. "

Qu'avez-vous fait après cette aventure avec les Clash ? J'ai déménagé à New York, j'ai été coursier à vélo pendant un an, je ne voulais plus rien avoir à faire avec la musique. Puis je suis rentré à Londres et j'ai travaillé avec de nombreux groupes comme The Senseless Things ou Wonderstuff.Comment vous êtes-vous retrouvé engagé comme directeur musical sur Pop'pea ? C'est le librettiste Ian Burton qui asuggéré mon nom. Je suis donc venu à Paris, j'ai rencontré Jean-Luc Choplin et il m'a aussitôt engagé comme batteur de l'ensemble qui sera en fosse ainsi que comme directeur musical.

Anna Madison - Drilla
Anna Madison - Drilla © Xavibes

Comment allez-vous collaborer avec Michael Torke ? Il est très familier de la musique de Monteverdi qu'il a déjà interprétée. Mais on doit faire un truc à la fois plus rock et plus contemporain, donc il faut trouver des rythmes et des textures sonores différentes. On reste dans l'esprit de Monteverdi au sens où notre petit ensemble de claviers, échantillonneurs et guitares fonctionne comme un continuo baroque, s'adapte aux situations et aux chanteurs. Il y a une bonne vingtaine de chansons en tout, toutes dans des styles très différents. Ce qui nécessite deux mois et demi de répétition.

Avez-vous commencé à travailler avec les chanteurs ? Oui, Max La Villa qui programme les échantillonneurs et moi-même avons fait quelques séances de travail avec Carl Barât qui doit interpréter Néron. Il est vraiment génial et charmant, très motivé et investi dans la préparation de son rôle. Marc Almond est également un homme charmant et délicieux. Il a tout vu et tout fait dans la pop music, le meilleur et le pire. C'est un très grand professionnel, d'une courtoisie rare, très motivé. Fredrika Stahl qui doit jouer Ottavia est également renversante. Elle me fait penser à cette chanteuse nordique, Stina Nordenstam, c'est une équipe très éclectique et intéressante. Le résultat fi nal sera une surprise pour tout le monde. Si c'est un succès, je suis sûr que ce spectacle fera école, car l'opéra et le rock ont tout intérêt à se rencontrer.Propos recueillis par Éric Dahan

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