L'idée est belle. Profiter du clocher du Cloître des Carmes pour recréer la vie du Caire et de ses muezzins. Stephan Kaegi, le metteur en scène suisse trentenaire vivant à Berlin, adepte d'un théâtre documentaire, convoque sur le plateau quatre muezzins égyptiens et leur demande de raconter leur vie. Face à nous, ils se livrent . Ils expriment ce qu'ils font, leurs appels répétés et divers à la prières, ils disent aussi leurs rêves inassouvis . L'un est féru d'électricité, un autre a échoué dans l'haltérophilie. Des images sur écrans défilent, c'est le Caire, ses rues, ses échoppes, ses mosquées, ses musulmans en prière. On écoute, prêt à entendre ses récits qui peut-être vont devenir confessions, mais le temps paraît long. Quel est le sujet et en quoi le théâtre l'éclaire-t-il ? Visiblement, le muezzin va disparaître. On n'entendra bientôt au Caire et ailleurs que des voix enregistrées, un formatage, la fin des petits métiers ? Constat qui ne passe pas par le théâtre, hélas. On reste malgré soi à la porte de la mosquée. Curieusement, les muezzins ont commis hier un acte subversif, bien malgré eux. Comme s'ils s'ennuyaient eux aussi, comme s'ils ne croyaient pas à cette position de personnage sur un plateau à Avignon, deux d'entre eux ont été pris d'un fou rire incontrôlable (pourvu qu'ils ne soient pas sanctionnés !). Ils parlent de Dieu, de la foi, de leur condition exigeante de petite main d'Allah, et voilà qu'ils ricanent comme des enfants. Comme s'ils avaient envie de sortir du cadre. Le cadre de la foi imposée dès l'enfance et le cadre de la représentation."Radio Muezzin", Cloître des Carmes, jusqu'au 28 juillet.

C Raynaud de Lage, Festiv. d'Avignon
C Raynaud de Lage, Festiv. d'Avignon © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.