Thomas Ostermeier livre en français, sa version du Retour à Reims, 10 ans après la parution du célèbre essai de Didier Eribon.

Retour à Reims __ Image tirée du film
Retour à Reims __ Image tirée du film © Thomas Ostermeier _ Sébastien Dupouey

Dans un studio d’enregistrement, une actrice enregistre le commentaire d’un documentaire. Le réalisateur lui donne des instructions depuis la cabine de mixage…

En adaptant Retour à Reims au Théâtre de la Ville – Espace Cardin et grâce au dispositif de doublage d’un documentaire, Thomas Ostermeier interroge les rapports entre biographie, art et représentation sociale – dans sa vie personnelle comme celle de ses interprètes – et par ce biais l’histoire récente de la politique européenne, de la disparition de la gauche à la montée des populismes. 

► Extrait du livre Retour à Reims de Didier Eribon

En retournant à Reims, j’étais confronté à cette question insistante et déniée (du moins largement déniée dans ce que j’ai écrit aussi bien que dans ma vie) : en prenant comme point de départ ma démarche théorique – donc en installant comme cadre pour me penser moi-même, penser mon passé et mon présent – l’idée, en apparence évidente, que ma rupture totale avec ma famille pouvait s’expliquer par mon homosexualité, par l’homophobie foncière de mon père et celle du milieu dans lequel j’avais vécu, ne m’étais-je pas donné, en même temps – et aussi profondément vrai que cela ait pu être -, de nobles et incontestables raisons pour éviter de penser qu’il s’agissait tout autant d’une rupture de classe avec mon milieu d’origine ?

Intellectuel proche de Michel Foucault et de Pierre Bourdieu, auteur de nombreux essais et reconnu notamment pour ses ouvrages sur l’homosexualité, le sociologue Didier Eribon n’avait jamais abordé la question de ses origines sociales ouvrières avant de publier Retour à Reims en 2009. Entre confession et réflexion, le livre évoque la confrontation avec sa famille à la suite du décès de son père. il y constate en particulier comment la classe ouvrière où, dans son enfance on votait communiste, s’est désormais tournée vers l’extrême-droite, se sentant abandonnée par la gauche. Ces réflexions troublantes, Thomas Ostermeier leur donne vie sous la forme d’un documentaire filmé en cours de montage où l’on voit l’auteur rechercher les lieux de son enfance et adolescence, tandis que sur scène, Irène Jacob joue le rôle d’une comédienne engagée pour en enregistrer la voix off et apporte aussi ses interrogations réagissant aux questions posées par Didier Eribon

Hugues le Tanneur

► Distribution

  • D’après le livre Retour à Reims de Didier Eribon (Fayard) et d’après la version de la Schaubühne Berlin
  • Sous la direction de Thomas Ostermeier
  • Avec Cédric Eeckhout, Irène Jacob et Blade Mc Alimbaye

Source Théâtre de la Ville

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.