Hamlet, par Ostermeïer, porte costume noir et chemise blanche, comme s'il était l'un des convives d'un mariage bling bling d'aujourd'hui, en l'occurence, celui de sa mère avec son oncle qui vient de tuer le roi son père. Ce meurtre l'a rendu fou, fou de douleur et de haine. Souvent, d'ailleurs, l'acteur fait le fou avec sa bouche, poussant des cris de débile. Il mange même de la terre, car le metteur en scène allemand a fait de la scène un immense carré de terre fraîche. Nous sommes au cimetière, devant la tombe du roi assassinné. Dans ce grand cimetière que va devenir la vie du héros, Ostermeïer la joue rock. Son Hamlet (exceptionnel Lars Eidinger, grand gaillard blond aux yeux bleus, curieux sosie à la fois de Plantu et du chanteur Philippe Katerine!) joue et filme parfois en gros plan les visages des imposteurs, ou celui de sa belle Ophélie. Il y a beaucoup d'outrance, on se vautre dans la terre ou on se verse de l'eau, du lait, du ketchup sur le corps, il y a des guitares saturées et beaucoup d'images vidéos. La traduction du dramaturge allemand Marius von Mayenburg ose les "conasse" et les adresses au public. Thomas Ostermeier a le sens du théâtre et de l'espace scénique, c'est beau cette table en fond de scène qui s'avance devant un rideau de perles puis repart en arrière, laissant Hamlet monologuer à l'avant-scène ou se battre les deux pieds dans la terre. La pièce est déconstruite, et un spectateur qui découvre Hamlet n'y comprendra rien, peut-être. Elle ouvre sur le fameux "Etre ou ne pas être" et s'achève par le brutal "tout le reste est silence". Entre temps, nous aurons vu de merveilleux acteurs (à 6, ils jouent onze personnages), un théâtre efficace et nerveux, mais trop de farce et de grand-guignol pour rêver, peut-être... Un théâtre qui met un peu trop la pièce de Shakespeare et ce Hamlet déjanté d'aujourd'hui à distance du public. Hamlet, du 28 janv au 8 fév 2009 aux Gémeaux, à Sceaux.

Christophe Raynaud de Lage/Fest d'Avignon
Christophe Raynaud de Lage/Fest d'Avignon © Radio France
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