Texte, mise en scène et jeu Wajdi MouawadDramaturgie, écriture de thèse Charlotte FarcetÉtape nouvelle dans le parcours d’un artiste habitué à de vastes fresques où se croisent les destins de nombreux personnages,Seuls est un monologue porté sur scène par l’auteur lui-même . Mémoire, origine, identité, la quête se prolonge mais ici, c’est vers ses propres racines que Wajdi Mouawad nous entraîne.Il s’appelle Harwan. Libanais, il a fui avec sa famille son pays sous les bombes pour vivre en exil au Québec. Aujourd’hui, il travaille à une énorme thèse sur le metteur en scène Robert Lepage, monstre sacré du théâtre québécois. Seul dans son appartement, il rumine son passé et tente de faire le point. Il ne sait plus très bien où il en est. Déjà, il n’arrive pas à terminer sa thèse. Des questions se pressent en foule dans sa tête. Quelle mémoire lui reste-t-il de ses années libanaises, par exemple ? L’exil ne tendrait-il pas à effacer le souvenir de cette époque lointaine ?Impossible de ne pas assimiler le héros de ce spectacle à son auteur, Wajdi Mouawad, avec lequel il partage beaucoup de points communs. Après le succès de la trilogie du Sang des promesses, Wajdi Mouawad a choisi de se mettre lui-même en scène seul sur le plateau dans ce spectacle polyphonique où interviennent des projections vidéo. Une création qui touche àla performance quand ce ne sont plus les mots mais le corps qui prend en charge la représentation.Hugues Le Tanneur

Seuls
Seuls © Thibaut Baron

Dans ce spectacle, Wajdi Mouawad poursuit son chemin en ayant l’intuition qu’il est temps pour lui de se poser la question de ce qui advient à la langue maternelle lorsque tout se met à fonctionner à travers une autre langue, une langue apprise, monstrueusement acquise.Comment faire lorsque pour redevenir celui que l’on a été, il faut redevenir quelqu’un d’autre. Cette étrange question étant intimement liée au corps, à la voix et à l’être, il ne pouvait être question d’un autre acteur qui pourrait témoigner pour l’auteur metteur en scène. L’auteur metteur en scène doit jouer à son tour, pour retrouver, dans le jeu, la ferveur des choses. On appelle cela un solo.

Présentation

« Ce n’est pas le froid de l’hiver ni le manque de lumière. Ce n’est pas même l’ombre de la mort qui rôde, encore moins la conscience d’une catastrophe. Il n’y a, d’ailleurs, pas même une conscience. Il n’y a rien. Une forme léthargique d’indifférence. C’est imperceptible. Il suffit de peu. Une déviation d’un degré et les choses perdent leur saveur. Pourquoi se lever s’il faut bien se recoucher et pourquoi manger si c’est pour avoir encore faim et recommencer à manger et sans cesse chuter d’un geste vers un autre, éternel ressassement. Ce n’est rien. Un frémissement. Quelqu’un. Cela pourrait être n’importe qui et c’est bien là la douleur. Et c’est comme pour tout le monde qui, se réveillant chaque matin et se regardant dans la glace, pense : « cela pourrait être n’importe qui ». Et la vie, comme une énigme, joyeuse ou malheureuse, la vie engluée dans un temps trop linéaire, comme une flèche. Cela pourrait être n’importe qui. Il pourrait s’appeler n’importe comment. C’est ce que, du moins, il pense, lorsqu’on lui demande son prénom : « comment vous appelez-vous ? »- Je m’appelle Harwan, mais ça n’a aucune importance et je pourrais bien m’appeler n’importe comment, comme n’importe qui. C’est comme ça.Ce n’est rien.

Seuls
Seuls © Thibaut Baron

Harwan, un étudiant montréalais d’une trentaine d’année, sur le point de soutenir sa thèse, se retrouve, suite à une série d’événements profondément banals, enfermé une nuit durant dans une des salles du Musée de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg. La nuit sera longue. Elle durera plus de deux mille ans et l’entraînera, sans qu’il ne puisse s’en douter une seconde, au chevet de sa langue maternelle oubliée il y a longtemps sous les couches profondes de tout ce qu’il y a de multiple en lui.Je m’appelle Harwan.»Wajdi Mouawad

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