Stéphane Braunschweig, metteur en scène et scénographe, explore ici les terres torrides de Tennessee pour la première fois.

Soudaint l'été dernier
Soudaint l'été dernier © Benjamin Chelly

Soudain l'été dernier de Tennessee Williams est mis en scène par Stéphane Braunschweig au Théâtre de l'Europe, Odéon.

Soudain, l’été dernier, quelque chose s’est rompu. Un poète est mort à l’étranger, loin de chez lui. Et sur sa fin, une rumeur affreuse circule... Pour préserver sa mémoire, sa mère est prête à tout – y compris à faire interner la jeune cousine qui fut la seule à assister au drame. Comment arbitrer le combat sans merci entre les deux femmes ? Qui croire, et comment dénouer les lianes du réel et du désir ? La pièce a frappé Stéphane Braunschweig par « la manière dont la réalité s’y révèle sous les airs du plus terrifiant des fantasmes. » Il explore ici les terres torrides de Tennessee pour la première fois.

Jusque-là, la vie de Sébastien Venable suivait son cours, aussi régulier qu’un phénomène naturel. Tous les étés se succédaient, se ressemblaient, et il y en eut vingt-cinq. La saison venue, Sébastien partait en voyage à l’étranger avec Violette, sa mère. Leur couple, nous dit-elle, vivait d’une vie quasi divine, comme en un rêve, hors du temps. Et chacun de ces longs séjours donnait à Sébastien l’occasion d’ajouter un poème – un seul par an – au livre de son œuvre unique, le Poème de l’été. Car il était poète avant tout.

Telle est la version de Violette. Telle est sa vérité. Il ne peut pas, il ne doit pas y en avoir d’autre.

Sébastien est mort soudain, à Cabeza de Lobo, l’été dernier. Dans quelles circonstances ? Pour une fois, Violette n’accompagnait pas son fils. Pour quelles raisons ? Quelque chose n’est pas dit. Quelque chose ne doit surtout pas l’être. Aux yeux de sa mère, la mort de Sébastien n’a pas à être interrogée. Elle est un point final, parachevant l’existence du poète sur une note tragiquement abrupte, peut-être, mais sans en modifier profondément le sens. Elle est aussi un point aveugle, car Violette ne peut admettre que le véritable Sébastien ne coïncide pas avec l’icône impeccable à laquelle elle voue un culte fanatique. En voyageant sans elle pour la première fois, son fils lui avait échappé ; davantage, il l’avait trahie en acceptant la compagnie de sa cousine Catherine. Aujourd’hui, la jeune rivale doit en payer le prix. Ce sera d’ailleurs « pour son bien » : n’a-t-elle pas perdu la raison ? Internée, lobotomisée, Catherine retrouvera la paix... et cessera de propager, sur la mort de Sébastien, une rumeur affreuse, forcément fausse, un pur délire.

Telle que la raconte Catherine, la mort de Sébastien est comme un cratère par lequel le réel risque de remonter, dévastant tout sur son passage.

« La vérité vous rendra libres » : cette parole d’Évangile, le théâtre américain du XXe siècle n’a cessé de l’interroger et de la subvertir. Nombre de ses chefs-d’œuvre reposent sur une dramaturgie de la révélation. Mais la révélation peut s’avérer aveuglante, voire traumatique, quand la vérité qu’elle dévoile n’est pas celle des faits, mais celle du psychisme, donnant ainsi accès, note Stéphane Braunschweig, « à des strates plus profondes de réalité ». C’est là le point qui intéresse le metteur en scène, celui où le vrai n’a plus pour terrain l’histoire « objective » mais la vie intime, telle qu’elle s’enracine dans les corps : « ce qui me passionne dans Soudain l’été dernier, c’est la manière dont la réalité se révèle sous les airs du plus terrifiant des fantasmes ». Invérifiable, incomplète, parfois incroyable et jamais officielle, une telle vérité demande moins à être établie qu’à être produite. Elle ne se laisse plus séparer d’un dire-vrai, de ce qui s’appelle une parole : d’un effort pour articuler ce qui exige de l’être, malgré tous les obstacles. Parfois au risque de la folie.

Sources Théâtre de l'Europe, Odéon

►►► Extrait

  • Catherine. – Où en étais-je ? Ah oui, à ce déjeuner de cinq heures de l’après-midi dans un restaurant de fruits de mer devant le port de Cabeza de Lobo, situé entre la ville et la mer, et il y avait des enfants nus tout le long de la plage qui était séparée du restaurant par une clôture en fils de fer barbelés, notre table était à moins d’un mètre de la clôture qui tenait les mendiants en respect... Il y avait des enfants nus tout le long de la plage, une bande d’enfants tout nus, affreusement maigres et noirauds, on aurait dit une volée d’oiseaux déplumés, et ils venaient se coller contre le grillage comme s’ils étaient propulsés par le vent, le vent chauffé à blanc qui venait de la mer.

Tennessee Williams : Soudain l’été dernier, trad. Jean-Michel Déprats et Marie-Claire Pasquier

►►► Distribution

  • avec Jean-Baptiste Anoumon, Océane Cairaty, Virginie Colemyn, Boutaïna El Fekkak, Glenn Marausse, Luce Mouchel, Marie Rémond

Stéphane Braunschweig, qui dirige L'Odéon-Théâtre de l'Europe est à l'origine du projet LES AVANT-PREMIÈRES DE L'ODÉON-THÉÂTRE DE L'EUROPE, 6000 PLACES À MOITIÉ PRIX. Dès le mois de janvier, et pour tous les spectacles bénéficiant de séries longues, L'Odéon propose 2 représentations en avant-première, à moitié prix. Les spectacles concernés : Un amour impossible de Christine Angot, mis en scène par Célie Pauthe, Soudain l'été dernier de Tennessee Williams, mis en scène par Stéphane Braunschweig, Songes et métamorphoses d'après Ovide et William Shakespeare, mis en scène par Guillaume Vincent, Le Testament de Marie de Colm Toibin, mis en scène par Deborah Warner.

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