L'histoire

Salzbourg, juste avant la Seconde Guerre mondiale, au moment de l’ Anschluss. Maria Rainer est entrée au couvent, mais ne semble pas faite pour la vie monastique. Sur les conseils de la Mère supérieure, elle devient gouvernante des sept enfants du capitaine Georg von Trapp, un veuf tyrannique vivant dans une somptueuse villa des environs de Salzbourg. En opposition totale avec les principes d’éducation militaires que prône le capitaine, Maria donne libre cours à l’imagination, à la liberté des enfants et à la musique. De retour de voyage avec sa fiancée, la baronne Elsa Schraeder, et Max Detweiler, un ami, le capitaine découvre que ses enfants ont formé une chorale. D’abord furieux, il redécouvre le bonheur, disparu avec son épouse, d’entendre résonner la musique dans sa maison. Les jours qui suivent voient évoluer les sentiments du capitaine pour Maria. Cette dernière, même si elle refuse de se l’admettre, éprouve les mêmes sentiments. Fuyant la situation et la maison des von Trapp, elle finit par revenir. Le capitaine et Maria s’avouent leur amour et décident de se marier. Profitant de leur lune de miel, Max, qui garde les enfants, leur enseigne les rudiments de la scène pour les faire participer au festival qu’il organise à Karlzberg. Alors que la date du festival approche, Maria et le capitaine rentrent précipitamment de leur voyage car ce dernier vient d’apprendre qu’il est réquisitionné par la marine allemande. Refusant toute collaboration avec les nazis, il a pour seul but de fuir le pays avec sa famille. Il saisit donc l’occasion du festival dans lequel il avait d’abord refusé de voir sa famille se produire pour échapper aux soldats allemands qui le surveillent. D’abord cachés par les soeurs de l’ancien couvent de Maria, ils parviennent à gagner la Suisse, et leur liberté, à travers la montagne.

La Mélodie du Bonheur
La Mélodie du Bonheur © Marie-Noëlle Robert /

La véritable histoire des Van Trapp

Au sortir de la Première Guerre mondiale, le commandant de sous-marins Georg von Trapp reçoit le titre de Ritter (baron) pour l’héroïsme dont il fit preuve pendant le conflit. Il épouse Agathe Whitehead dont il a sept enfants et se retire de la marine lorsque le traité de paix prive l’Autriche de ses débouchés maritimes. A la mort de sa femme en 1922, il fuit la tristesse en quittant Pola (aujourd’hui Pula, Croatie) pour Salzbourg avec ses enfants. Née à Vienne en 1905, Maria Augusta Kutshera, orpheline très jeune, est élevée par un oncle athée et abusif. Un jour qu’elle assite par erreur à un office du dimanche des Rameaux, la jeune femme découvre la réligion, se dit « submergée » par les paroles du prêtre. Une fois diplomée de l’Ecole Normale d’institutrices de Vienne, elle intègre l’abbaye bénédictine de Nonnberg, à Salzbourg en tant que novice.

La Mélodie du Bonheur
La Mélodie du Bonheur © Marie-Noëlle Robert /

Deux années durant, elle mène une vie d’austérité et de discipline. Elle dira plus tard de cette expérience qu’elle l’aura aidée à « tempérer » son « caractère farouche ». Elle souffre cependant du manque d’air et d’exercice. Ainsi, la supérieure du couvent, se souciant de la santé de la jeune femme, décide de l’envoyer pour une dizaine de mois dans la famille du baron von Trapp en tant que préceptrice d’une de ses filles, gravement malade. Maria se prend d’affection pour toute la fratrie et les forme à diverses activités dont le chant choral. Georg von Trapp, qui s’est entretemps épris de la jeune femme, lui demande de l’épouser et de devenir une seconde mère pour ses enfants. Maria confesse volontiers porter moins d’affection au capitaine qu’à sa progéniture, mais elle accepte. Ils se marient en 1927 et auront trois enfants ensemble. La crise de 1929 a de lourdes conséquences sur la situation financière de la famille, qui songe alors pour la première fois à faire de leur passe-temps favori un véritable gagne-pain. Georg, d’abord réticent, se laisse convaincre et la chorale remporte le premier prix du Festival de musique de Salzbourg en 1936. Par la suite, le groupe donnera des récitals dans toute l’Europe. En 1938, la proclamation de l’Anschluss amène les von Trapp à affirmer leur opposition au régime nazi. Malgré les avantages professionnels promis à la famille, elle refuse de transiger avec ses principes et décide de quitter l’Autriche, laissant derrière elle proches et biens.

Accompagnés de leur chef de choeur et de leur secrétaire, les von Trapp partent pour la Pennsylvanie en passant par New-York, l’Italie et l’Angleterre. Quelques démêlés avec les services d’immigration plus tard, ils s’installent à Stowe, dans les montagnes du Vermont, où ils font l’acquisition d’une ferme dans laquelle ils organiseront, entre deux tournées, des stages de musique. La plupart des membres de la famille obtiendront la nationalité américaine, dont certains des fils après avoir combattu dans l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le Trapp Family Lodge, à la fois hôtel et lieu de formation musicale - encore en activité aujourd’hui - ouvre ses portes en 1950. Cinq ans plus tard, alors que la chorale connaît un succès pérenne, les von Trapp se produisent en tournée. En 1956, Maria, sa belle-fille Maria ainsi que ses filles Johannes et Rosmarie s’installent en Nouvelle-Guinée pour faire oeuvre missionaire. Par la suite, Maria dirigera le Trapp Family Lodge pendant quelques années. Elle meurt en 1987 et est enterrée auprès de Georg et de Martina, sa belle-fille morte en couche.

La Mélodie du Bonheur
La Mélodie du Bonheur © Marie-Noëlle Robert /

Les von Trapp et La Mélodie du Bonheur

Maria ayant cédé l’ensemble de ses droits cinématographiques, elle n’eut pour influence sur les nombreuses adaptations de son histoire que celle que les producteurs voulurent bien lui accorder. Lorsque Broadway s’empara du sujet, Maria se montra satisfaite du résultat, tout en déplorant les quelques libertés prises concernant les principaux personnages. Mary Martin (Broadway) et Julie Andrews (Hollywood), les deux plus fameuses interprètes de Maria Rainer, avaient à ses yeux « la convenance un peu guindée de jeunes filles sorties des meilleures institutions » (Washinghton Post, 1978). Elle regrettait également que les exigences scénaristiques aient fait de Georg un homme à l’abord rigoriste et sans fantaisie ni sensibilité artistique. D’après Entre fiction et réalité : la véritable histoire de la famille Von Trapp, texte de Joan Gearin publié dans le programme de salle.

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