Sunday in the Park with George - Maquette
Sunday in the Park with George - Maquette © Lee Blakeley

Musique et lyrics, Stephen SondheimLivret, James LapineOrchestration d’origine et nouvelle orchestration, Michael StarobinInspiré du tableau Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte de Georges SeuratDirection musicale David Charles AbellMise en scène Lee Blakeley

Depuis 2009, j’ai voulu faire découvrir en France l’un des derniers monstres sacrés de Broadway et, sans doute, l’un des meilleurs compositeurs du XXe siècle, Stephen Sondheim. Après A Little Night Music et Sweeney Todd, j’ai donc choisi de présenter Sunday in the Park with George qui, comme les précédentes oeuvres, n’a jamais été montrée dans l’Hexagone et qui, pourtant, a une résonnance particulière puisqu’elle prend la forme d’une méditation inspirée par le tableau Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte. De ce chef d’oeuvre pointilliste de Georges Seurat, conservé à l’Art Institute de Chicago, et emblématique de la fi n du XIXe siècle, Sondheim propose une réfl exion sur le rôle de l’artiste et le processus menant à la création. Reste à rêver maintenant que le tableau, qui est aux Etats-Unis ce que la Joconde est à la France, vienne un jour accoster sur les rives de la Seine et du Musée d’Orsay qui lui serait un magnifi que écrin. Il est de notre mission de présenter sur la scène du Châtelet les oeuvres dans toute leur ampleur et d’y dédier les forces artistiques qu’elles méritent.

300 dpi Sunday in the Park with George - Maquette
300 dpi Sunday in the Park with George - Maquette © Lee Blakeley / William Dudley / (Georges Seurat)

Cette nouvelle production de Sunday in the Park with George sera ainsi l’occasion d’entendre une nouvelle orchestration pour orchestre symphonique, commandée pour l’occasion et réalisée par l’orchestrateur d’origine Michael Starobin. J’ai également voulu un traitement scénique neuf et original. Lee Blakeley, en charge de la mise en scène, comme il l’avait été pour A Little Night Music et Sweeney Todd, travaillera avec l’un des plus grands créateurs d’images de synthèse de notre époque, William Dudley, qui donnera une dimension toute particulière à l’ouvrage. Je n’en dirai pas plus et conclurai sur ces mots de Stephen Sondheim : Des moments d’une importance inattendue, de ceux qui se produisent par le plus grand des hasards, permettent à la vie de rester surprenante [ ... ]. C’est cette surprise que je souhaite offrir au public.Jean-Luc Chopin

Stephen Sondheim - Naissance de Sunday in the park with George

Un soir, il me demanda quel genre de comédie musicale j’avais le plus envie d’écrire et je répondis « Thème et variations ». Pour illustrer mon propos, je lui ai décrit ma vision originelle d’A Little Night Music, puis je lui ai montré une revue d’art française du nom de Bizarre, qui avait consacré tout un numéro à des variations sur la Joconde : moustachue ; découpée et recomposée ; apparaissant dans un dessin humoristique de Charles Addams ; récurée au tampon Jex, etc, accompagnées de dizaines de blagues et d’anecdotes sur elle. Nous nous sommes alors lancés dans une discussion sur la peinture française et James a sorti le Seurat qu’il avait utilisé dans Photograph, une pièce d’après Gertrude Stein qu’il avait adaptée avec ses élèves lorsqu’il enseignait la conception d’affi ches à Yale.

Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte - Sunday in the Park with George - Maquette
Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte - Sunday in the Park with George - Maquette © Lee Blakeley / William Dudley / (Georges Seurat)

Nous avons constaté que la représentation de l’île de Seurat ressemblait beaucoup à un décor de théâtre. Il nous est aussi apparu que sur la cinquantaine de personnages fi gurant sur la toile, aucun n’en regarde un autre, et nous sommes interrogés sur les raisons qui les poussaient à détourner ainsi le regard.

Nous nous sommes aperçus que nous parlions d’une pièce de théâtre, peut-être même d’une comédie musicale.James a dit : « Ce qui manque, c’est le personnage principal. » « Qui ? », ai-je demandé. « Le peintre » , a-t-il répondu, et nous avons su que nous tenions notre spectacle.Extrait de Look, I Made a Hat, de Stephen Sondheim Traduit de l’américain par Odile Demange

La pièce

Acte I Devant une scène vide, Georges (En accord avec Stephen Sondheim et James Lapine, le prénom Georges prendra la forme française à l’acte 1) énonce les principes de son art. L’espace se transforme alors en un parc sur l’île de la Grande Jatte à l’ouest de Paris, en 1884.C’est dimanche. Georges est venu avec sa maîtresse Dot, qui s’efforce de poser pour lui malgré la chaleur. Arrivent les habitués venant se promener au parc tous les dimanches : une vieille femme excentrique avec sa dame de compagnie, des soldats, des bonnes, un batelier au parler cru, des familles bourgeoises et leurs domestiques… Non loin de là, on entend des cris d’enfants qui se baignent. Ces enfants sont le sujet d’un tableau de Georges présenté dans une exposition, mais son confrère Jules, peintre célèbre, et son épouse Yvonne se moquent de cette toile représentant des adolescents d’extraction modeste avec une usine au deuxième plan.

Dans son atelier, Georges travaille avec acharnement à sa grande oeuvre, une gigantesque peinture représentant les habitués de l’île de la Grande Jatte, un dimanche après-midi. Pendant ce temps-là, Dot se pomponne car Georges a promis de l’emmener aux Folies-Bergère. Mais le peintre doit finir le chapeau d’un de ses personnages et ne tient pas sa promesse : furieuse, Dot sort en claquant la porte.

Un autre dimanche, à l’île de la Grande Jatte, Georges prend des croquis d’un batelier. La vieille dame est toujours là, ainsi que deux amies qui s’appellent toutes deux Céleste. Dot est assise sur un banc avec un livre de grammaire. Elle a fi ni par quitter Georges et décidé d’apprendre à lire. Louis, le boulanger, est maintenant son amant. Elle se rend dans l’atelier du peintre, lui annonce qu’elle est enceinte et va épouser Louis avec lequel elle part s’installer aux États-Unis. Leur discussion est interrompue par l’arrivée d’Yvonne et Jules, ce dernier proposant à Georges ( malgré leurs divergences esthétiques ) d’exposer dans son prochain salon. Dot lui réclame « son » tableau, celui pour lequel elle a posé, mais Georges, furieux, refuse. Dans le parc, le peintre parle avec la vieille dame, qui n’est autre que sa mère : elle regrette le temps où l’on voyait des arbres aujourd’hui remplacés par une tour en acier construite pour l’Exposition universelle. George lui réplique qu’il n’y avait pas d’arbres à cet endroit, ajoutant que le joli change, mais que la beauté est au-delà : elle provient de ce que l’oeil arrange. Dot s’approche avec son bébé Marie dans les bras, la fille naturelle de Georges qu’il refuse de regarder. La jeune femme s’apprête à quitter la France. Quant aux autres habitués du parc, ils connaissent aussi quelques déconvenues… Georges met fi n au chaos en clamant ( et appliquant ) ses principes : Ordre, composition, tension, équilibre, lumière, harmonie. Les personnages se mettent alors en place pour former l’immense tableau qui se constitue sous nos yeux, tandis que tous entonnent la chanson Sunday.

Sunday in the Park with George - Maquette
Sunday in the Park with George - Maquette © Lee Blakeley

Interlude Les décennies passent. Les personnages du tableau, immobiles pour l’éternité, commencent à se plaindre de la promiscuité et de la chaleur. Mais il n’y a rien à faire : On ne peut pas / s’enfuir d’ici / on est coincés dans cette gavotte !Acte II États-Unis, 1984. Cent ans ont passé.

Dans un musée d’art contemporain, George, l’arrière-petit-fi ls de Dot, présente sa nouvelle installation : Chromolume n°7. Lors d’un exposé auquel assiste sa grand-mère Marie, il explique que cette oeuvre est un hommage à son arrièregrand-père Georges. Une réception suit le vernissage, au cours de laquelle George doit se plier à toutes sortes de contorsions sociales : répondre aux spectateurs sceptiques, écouter les conseils de l’attaché de presse, courtiser les mécènes, endurer les remarques d’une critique d’art. Restée seule avec lui, Marie lui parle de sa mère, Dot, que Georges a représentée dans plusieurs personnages de son grand tableau, et lui rappelle que ce qui reste lorsqu’on meurt, ce sont les enfants et l’art.

Sunday in the Park with George - Maquette
Sunday in the Park with George - Maquette © Lee Blakeley

Quelques mois plus tard à Paris, sur l’île de la Grande Jatte. La grand-mère de George est morte. Le lieu qui avait inspiré son aïeul a bien changé, ce qui ne fait qu’accentuer la dépression d’un George en panne d’inspiration. Alors qu’il feuillette un livre de grammaire légué par sa grand-mère, Dot lui apparaît soudain. Elle parle à George comme s’il ne faisait qu’un avec son aïeul. Un étrange duo naît entre la jeune femme de jadis et l’artiste d’aujourd’hui. Elle lui avoue avoir beaucoup reçu de lui : l’art de se concentrer, c’est-à-dire d’être toujours dans le présent sans se soucier du passé ou du futur, et elle incite George à aller de l’avant en ne se soumettant qu’à un devoir, celui de voir.Les personnages du tableau, comme ressurgis du passé, arrivent alors et s’inclinent devant le peintre. Le parc retrouve sa splendeur passée. Puis tous disparaissent, laissant une scène immaculée, tandis que George lit les derniers mots inscrits par Dot : Une page blanche ou une toile. Sa couleur préférée. Tant de possibilités.

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