Macha Makeïeff met en scène Trissotin ou les femmes savantes de Molière. Se délectant de retrouver le verbe haut et fort de l’auteur classique, la directrice du Théâtre national de La Criée à Marseille, fait appel à des acteurs virtuoses pour déployer, au cœur de la folie et de ses tourbillons, la ruse, la fiction, la musique et le rire : meilleures armes du théâtre.

Trissotin ou les femmes savantes
Trissotin ou les femmes savantes © Brigitte Enguerand

De tout temps, l’infinité du désir féminin suscite chez les hommes des questions et des peurs. Dans Les Femmes savantes , c’est le désir de science qui conduit les femmes aux excès et les hommes au désarroi. Les lois qu’édicte la mère tyrannique Philaminte au nom du beau langage et du brillant esprit font chanceler la maison de Chrysale. On refuse à Henriette le mariage qu’elle souhaite faire avec un gentilhomme, faisant valoir que l’amour charnel est des plus monstrueux, et on s’extasie devant la beauté des vers escamotés par l’hypocrite et pédant Trissotin, mené dans cette famille par la cupidité. Parasite extérieur, il met en danger les bons soins dont profitent les impuissants mari, frère et amant pourtant bien installés. Quand son influence entraîne le congé de la cuisinière, c’en est trop : détourner la raison par des tours de grammaire ou briguer une dot, passe encore, mais s’attaquer aux assiettes, hors de question !

Trissotin ou les femmes savantes
Trissotin ou les femmes savantes © Brigitte Enguerand

Comédie du ridicule et des manies, Les Femmes savantes oppose l’égoïsme et les frustrations de chacun en duos et duels. Chimères et stratagèmes se disputent l’arrangement des mariages et l’équilibre du confort bourgeois. Plus qu’une confrontation entre hommes et femmes, Macha Makeïeff lit dans la pièce que Molière écrit un an avant sa mort le refus renouvelé de tous les sectarismes et surtout la moquerie face aux esprits étroits.

Note d’intention

Jouer Les Femmes savantes c’est évidemment le plaisir de retrouver la langue et l’humeur de Molière , à qui il reste une année à vivre lorsqu’il interprète cette pièce quasi testamentaire. Un homme fatigué, trahi, admiré et détesté, - vie privée, vie publique - mais qui garde son insolence et son goût de la provocation des ordres établis, qui se rappelle Gassendi et les élans hédonistes de sa jeunesse au Collège de Clermont, refuse le sectarisme et les esprits étroits, et rit des travers d’une famille bourgeoise qui va sens dessus-dessous.

Plus que la misogynie, latente ou explicite que Molière fait entendre, c’est cette terreur que provoque chez les hommes l’illimité du désir féminin qui m’a intriguée - ici désir de savoir, de science, de rêverie et de pouvoir - et plus encore le désarroi masculin qui en découle. Ici, les excès des femmes, chimère érotomane de la tante, folie sectaire de la mère et de la fille aînée, rébellion ardente de la cadette, insolence sauvage de la cuisinière, envahissent dangereusement et délicieusement l’espace domestique. La maison Chrysale vrille. Les femmes de la maison se perdent dans les impasses d’une émancipation impuissante face à un mari dépassé et pleutre, un frère manipulateur, un amant hésitant et un intrus, parasite cynique et séducteur. Un vent de folie et de désastre souffle sur la maison.

Car il y a des complots, spéculations, petits intérêts à défendre du côté masculin. Membres de la famille pique-assiettes et installés dans la maison et séduisants prédateurs venus de l’extérieur, ils rivalisent pour tenir la place. Même l’amour ou ce qui en tient lieu est l’objet de calculs, de manipulations en tous genres.Les hommes ne s’en sortent pas mieux que les femmes. Ils sont presque égaux en douleur, en impuissance, en confusion dans ce combat permanent qui pourrait facilement transformer en tragédie cette comédie au verbe fort et haut. Un verbe qui ne s’arrête jamais et qui demande des interprètes virtuoses et hantés.Dans cette maison hallucinée, seuls la ruse, la fiction, le mensonge, le stratagème, le rire, la musique et quelques artifices, - c’est-à-dire le théâtre et ses armes - viendront à bout de la folie et de ses tourbillons.Macha Makeïeff

Extraits

"Je consens qu’une femme ait des clartés de tout,Mais je ne lui veux point la passion choquanteDe se rendre savante afin d’être savante."Clitandre - Les Femmes savantes, Acte 1, scène 3 "Je me sens un étrange dépitDu tort que l’on nous fait du côté de l’esprit,Et je veux nous venger, toutes tant que nous sommes,De cette indigne classe où nous rangent les hommes. "Philaminte - Les Femmes savantes, Acte 3, scène 2

Distribution

Texte de Molière Mise en scène, décors et costumes Macha Makeïeff avec Marie-Armelle Deguy, Arthur Deschamps, Karyll Elgrichi, Vanessa Fonte, Camille de La Guillonnière, Vincent Winterhalter, Arthur Igual en alternance avec Philippe Fenwick, Atmen Kelif, Ivan Ludlow, Geoffroy Rondeau, Thomas Morris, Maud Wyler lumière Jean Bellorini assisté d’Olivier Tisseyre son Xavier Jacquot coiffures et maquillage Cécile Kretschmar assistanat à la mise en scène Gaëlle Hermant et Camille de la Guillonnière assistanat à la scénographie et accessoires Margot Clavières construction d’accessoires Patrice Ynesta assistante aux costumes Claudine Crauland régisseur général André Neri iconographe Guillaume Cassar diction Valérie Bezançon fabrication du décor Atelier Mékane stagiaires (Pavillon Bosio) Amandine Maillot et Sinem Bostanci

Aller plus loin

Macha Makeïeff dans L'humeur vagabonde de Kathleen Evin (23 décembre 2013)

Trissotin ou les femmes savantes
Trissotin ou les femmes savantes © Brigitte Enguerand
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