Comme c'est triste de savoir que Christine Fersen, doyen de la troupe de la Comédie-Française, ne jouera plus, ne vivra plus. Elle est tombée de sa fenêtre, à 64 ans. Christine Fersen faisait peur et fascinait par sa présence, sa puissance et son talent. Sa vie était une tragédie et elle était une tragédienne de génie. Voix grave, un tonnerre sur la scène du Français. Crinière rousse, carrure imposante, qu'elle soit reine, princesse ou gouvernante chez Thomas Bernhardt, elle avait quelque chose de démesuré. Elle portait en elle le deuil impossible de son fils, chaque jour sans doute et chaque soir, en scène. Sa biographie rappelle ses incarnations les plus fortes : deux personnages de Victor Hugo, la sanglante Marie Tudor et Lucrèce Borgia, mère scandaleuse à laquelle elle conférait une humanité rageuse. Dans le même registre, elle a été la "Médée" infanticide d'Euripide au Festival d'Avignon en 1981 dans la cour d'honneur du Palais des papes ou encore "Marie Stuart" de Schiller. Dans les années 90, sous Jean-Pierre Miquel, sa douleur avait augmenté car elle n'était plus demandée. Mise à l'écart, sans doute pour son goût pour l'alcool, son caractère difficile, ses pertes de mémoire, disait-on alors. Puis depuis quelques années, elle était à nouveau distribuée, dans "Place des héros" de Thomas Bernhard ou "les Fables" de La Fontaine. Il y avait en elle quelque chose d'extrême, de terrifiant, d'unique. Un jeu et une flamme que personne d'autre ne portait encore aujourd'hui sur scène."La vie est un théâtre" déclarait-elle. "Parce que sinon on se flingue tout de suite". On avait peur pour elle. Et l'on avait raison, hélas.C'est une nouvelle très triste, une très triste fin que celle de la grande tragédienne Christine Fersen.

AFP/Archives - Pierre Verdy
AFP/Archives - Pierre Verdy © Radio France
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