L’œuvre de Maguy Marinest de celles qui s’affranchissent des codes et des clôtures formelles pour inventer des formes scéniques où la musique, le texte, le théâtre et la danse se confrontent ou s’interrogent mutuellement.Conçue comme un milieu doté de ses propres règles, Umwelt au Théâtre de la Ville repose sur un dispositif perceptif constitué de portes et de miroirs, d’ouvertures et de fermetures qui organisent le battement de la vision. À l’intérieur de ce cadre mis en vibration par le son amplifié de trois guitares, des corps défilent, apparaissent, disparaissent, amorcent des bribes de situations quotidiennes : brandir un objet, s’étreindre, marcher, manger, disparaître.

Umwelt de Maguy Marin
Umwelt de Maguy Marin © Christian Ganet

Cette suite ininterrompue d’entrées et de sorties dresse une galerie d’attitudes, comme une bobine aléatoire glissée dans un projecteur défectueux. Progressivement, la machine s’emballe, coupe, se répète, recommence ; les corps se dédoublent, restant au bord de leur propre existence. Catalogue d’êtres éphémères, « vie mode d’emploi » cherchant à atteindre « l’épuisement des possibles », Umwelt dresse en creux le devenir de notre propre environnement – de sa vanité et de sa fragilité.

À la façon d’une fugue, Maguy Marin orchestre le défilé entêtant et hypnotique de scènes fulgurantes.Dix ans après sa création, la réception d’Umwelt, immense chef-d’œuvre deMaguy Marin , demeure une expérience percutante – pour certains déroutante. Au fond du plateau, l’action court dans un couloir ménagé entre des plaques miroitantes qu’agite un vacarme d’ouragan et de sons. Par des interstices, on perçoit une fugue de scènes juxtaposées, fulgurantes. Aussitôt disparues qu’apparues, les situations sont vives, les lumières somptueuses, les costumes foisonnants. Tout le banal quotidien mais encore la mirifique richesse des vies et des cultures défilent là, entêtants, hypnotiques, en renonçant à toute hiérarchie des liens et des récits. Magistrale, vertigineuse, on y vit une confrontation à l’épuisement des possibles, quand le spectacle du monde a tant de peine à composer du sens.

Gérard Mayen , journaliste, critique de danse, auteur

Umwelt de Maguy Marin
Umwelt de Maguy Marin © Didier Grappe

Distribution

conception Maguy Marin, chorégrapheassistante Cathy Polo dispositif sonore & musique Denis Mariotte lumières Alexandre Béneteaud costumes Cathy Ray, Nelly Geyres son Antoine Garry avec Ulises Alvarez, Charlie Aubry, Kais Chouibi, Estelle Clément Bealem, Laura Frigato, Cathy Polo/Louise Mariotte, Agnès Potié, Marcelo Sepulveda Rossel, Ennio Sammarco

coproduction 2013 House on Fire ; théâtre Garonne – Scène européenne (Toulouse), BIT – Teatergarasjen (Bergen – Norvège), Kaaitheater (Bruxelles) ; Compagnie Maguy Marincoproduction 2003Théâtre de la Ville-Paris ; Maison de la Danse (Lyon) ; Le Toboggan (Décines) ; Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape / Compagnie Maguy Marin

coréalisation Théâtre de la Ville - Festival d’Automne à Paris (pour les représentations du 4 au 8 décembre)Maison des Arts Créteil ; Festival d’Automne à Paris(pour les représentations des 9 et 10 octobre)Ce spectacle fait partie du projet d’éducation artistique et culturelle Parcours d’auteurs, co-initié par le Festival d’Automne et la SACD.Spectacle créé le 30 novembre 2004 au Toboggan, Centre culturel de Décines

dans le cadre de ArtCOP21 – Agenda culturel Paris Climat 2015

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