Pour sa nouvelle création avec le collectif In Vitro, Julie Deliquet s’empare du scénario du film Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin 

Un conte de Noël
Un conte de Noël © Simon Gosselin

Une histoire de famille, ses non-dits douloureux et ses terribles jalousies. 

La metteure en scène Julie Deliquet mêle à ce drame tragi-comique l’élan shakespearien du Roi Lear et du Songe d’une nuit d’été.   

C’est Noël et le temps des retrouvailles. Junon et Abel, un vieux couple uni et amoureux, réunissent leurs enfants pour les fêtes, même Henri, banni auparavant par sa sœur, l’implacable et mélancolique Élisabeth. Le souvenir d’un frère aîné mort enfant plane dans la maison familiale de Roubaix. De ce deuil est née la haine, mais les liens du sang ne peuvent disparaître. Et peu à peu, les enfants devenus grands s’emparent du rôle de ceux qui leur ont un jour donné la vie.   

Un conte de Noël
Un conte de Noël / Simon Gosselin

Le collectif In Vitro met en scène au Théâtre de l’Odéon une histoire de famille où la parole et les aveux font du plateau un lieu cathartique au croisement du théâtre et de la psychanalyse. Au scénario doux-amer d’Arnaud Desplechin, où la vérité blesse autant qu’elle amuse, de joutes oratoires en règlements de compte cinglants, la pièce mêle monstres et mythes, les souvenirs du Roi Lear et du Songe d’une nuit d’été. Shakespeare se mêle aux dialogues d’Arnaud Desplechin : le scénario résonne de ces fables théâtrales archaïques, fondatrices.   

Dans un dispositif bifrontal, la scène devient un espace polyphonique dans lequel les récits se multiplient, se tissent et se répondent. Au cœur de ce huis clos familial, la vie est en jeu autant que l’amour, celui que l’on reçoit de sa famille et celui que l’on invente quand on grandit.   

►►► Extrait  

Le décor : le bureau d’Abel, livres et accessoires de teinturerie mélangés. Ce soir-là, Abel tient les comptes de la teinturerie. Au fond du bureau, sur un canapé, Élizabeth s’ennuie, humeur sombre. Le silence triste de son enfant empêche Abel de travailler. Elle vient s’asseoir en face de son père. Durant ses années de collège, c’est là qu’elle venait faire ses devoirs. Élizabeth pleure maintenant. Elle demande : 

  • ÉLIZABETH Pourquoi je suis tout le temps triste ? C’est normal ?... Quand j’étais une enfant, j’étais pas tout le temps triste. C’est une vraie question... Qu’est-ce que j’ai perdu ? 
  • ABEL (Un temps)… Ton frère. 

Élizabeth pense que la vie est sale, et dégradante. Le père pense que la vie est une illusion. Abel regarde sa fille qui n’en finit pas de sécher ses larmes. 

  • ÉLIZABETH Papa... 

Lui non plus ne trouve pas les mots. Alors, Abel se lève et prend un livre dans la bibliothèque qui longe son côté de la table. C’est un texte de Nietzsche, Généalogie de la Morale. Le livre est en allemand. Dans la marge, au crayon, la traduction d’Abel en français. Abel connaît si bien le texte que parfois il le récite. Parfois, il retournera au texte. Abel, donc : 

  • ABEL “Nous, chercheurs de la connaissance, nous sommes pour nous-mêmes des inconnus – pour la bonne raison que nous ne nous sommes jamais cherchés... Quelle chance avions-nous de nous trouver quelque jour ? Notre trésor est là où sont les ruches de notre savoir. Abeilles nées, toujours en quête, collecteurs du miel de l’esprit, une seule chose nous tient vraiment à coeur – “ramener quelque chose à la maison”. 

Puis, nous voyons des travellings sur les rues vides de Roubaix fin de jour. Décors ouvriers, neige fondue, briques rouges, béton un peu plus loin. 

Extrait du scénario original d’Un conte de Noël, d’Arnaud Desplechin (séquence 145, intérieur bureau du père à Roubaix, fin de jour.) 

Un conte  de Noël
Un conte de Noël / Simon Gosselin

►►► Distribution 

  • Mise en scène, Julie Deliquet 
  • D’après Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin 
  • Avec Julie André, Stephen Butel, Éric Charon, Solène Cizeron, Olivier Faliez, Jean-Christophe Laurier, Marie-Christine Orry, Agnès Ramy, Thomas Rortais, David Seigneur, Hélène Viviès, Jean-Marie Winling 
  • Collaboration artistique, Pascale Fournier, Anne Barbot 
  • Dramaturgie, Agathe Peyrard 
  • Version scénique, Julie Deliquet, Agathe Peyrard, Julie André 
  • Scénographie, Julie Deliquet, Zoé Pautet 

Dans le cadre du Festival d'Automne à Paris

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