Serge Merlin incarne en 2016 un dépeupleur de cirque dans le texte de Samuel Beckett publié en 1970

Le Dépeupleur
Le Dépeupleur © iFou

Un texte en prose pour trame dramaturgique

Messager en temps de guerre, Samuel Beckett écrivait de façon saccadée, brève, minutieuse. Il n’écrivit pas facilement le texte du Dépeupleur. Cette prose, rédigée en français, fut commencée en 1966 et terminée seulement en 1970.

Sa description précise d’un milieu clos, terriblement hiérarchisé, où les êtres semblent sommés d’attendre une issue en souffrant de leur incarnation, n’est que prétexte à dénoncer les travers d’une existence rabougrie et sans saveur, celle qui se soumet à la Loi.

Habit vert et chaussures de clown

Serge Merlin, habillé ainsi, on pourrait croire à une farce, et l’humour subtil de Samuel Beckett pourrait laisser supposer l’entreprise de dérision. Mais l’ambiguïté s’étoffe avec ce manteau vert, ce col dégrafé, qui ne se résout à apparaître que comme un accoutrement.

Et cette baguette d’instituteur, pour quelle démonstration mathématique ? Celle qui s'ébauche au mur ? Ou bien pour diriger à la baguette ce petit peuple pathétique ?

Est-il fou ? Démiurge ? Assurément angoissant, mais parfois touchant lorsqu’il nous prend à partie, dès le début du monologue, droit dans les yeux, entêté dans cet art sublime du « parler agrandi », afin de nous entrer le dégoût de ce monde-là dans le cœur.

Une mise en scène minimaliste

Un cylindre perpendiculaire au sol, une entrée souterraine où les tunnels ne sont qu’ébauchés dans un décor plutôt sombre : un régal de claustrophobie beckettienne !

Ce n'est pas la première fois que Serge Merlin se frotte à ce texte de Beckett et ce spectacle est une quintessence du théâtre de l’absurde, à travers notre grille de lecture du monde d’aujourd’hui.

De plus, la petite salle du théâtre des Déchargeurs s’ouvre à ce spectacle comme à une scène de cirque, vidé de sa substance magique, où l’avènement d’un tel monde aurait tué jusqu’à l’illusion et le charme d’exister.

Le cylindre du Dépeupleur
Le cylindre du Dépeupleur © iFou

Mais une fin cathartique

Serge Merlin, acteur remarquable, nous tient par le verbe et le geste. Il imprime son art dans la dialectique qu’il nous impose, par ses leitmotive incertains et menaçants. Sa logorrhée nous déborde et, ce sont les yeux écarquillés que l’on attend encore la suite et puis la fin.

Et soudain, un sursaut, à la faveur de ce poids énorme, de ce rythme engrangé dans les termes de l’auteur, dans le jeu de l’acteur qui appuie encore sur la douleur d’être né. Et l’on comprend que tout cela n’est que du théâtre, que tout cela n’est que Le Dépeupleur, incarné par Serge Merlin, et que le tueur aime ce petit peuple, comme l’Homme aime les animaux par exemple, parce qu'il n'a, lui, d'existence que dans cette fonction meurtrière et somme toute, tellement vaine.

Le Dépeupleur, un spectacle conçu par Alain Françon, Jacques Gabel et Joël Hourbeigt, au Théâtre des Déchargeurs, du lundi au samedi 21H30 jusqu’au 1er octobre, puis chaque lundi à 21H30 jusqu’au 19 décembre 2016.

Vous pouvez retrouver le comédien Serge Merlin et le metteur en scène Alain Françon, qui évoquent le théâtre de Samuel Beckett dans l'émission L'Humeur Vagabonde du 12 novembre 2012 sur France Inter.

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