de Henrik Ibsen, mise en scène Thomas OstermeierAvec Stefan Stern Thomas Stockmann, médecin, Ingo Hülsmann Peter Stockmann, maire de la ville et frère du médecin, Eva Meckbach Madame Stockmann, femme du médecin, Christoph Gawenda Hovstad, rédacteur en chef du journal, David Ruland Aslaksen, imprimeur, Moritz Gottwald Billing, collaborateur du journal et Thomas Bading Morten Kill, tanneur

L’histoire

Le docteur Stockmann, médecin dans une station thermale, découvre que les sources des eaux potables et des bains sont contaminées par des microorganismes dangereux pour la santé.La raison : une pollution par des eaux usées qui viennent de l’industrie. Dans l’intérêt de la population, Stockmann voudrait publier l’analyse dans la presse et incite la municipalité de réarranger les conduits d’eaux. Sa proposition récolte un assentiment général des citoyens influents et des journalistes locaux qui lui assurent leur soutien.

Un ennemi du peuple
Un ennemi du peuple © Arno Declair
Son frère Peter, le maire de la ville, lui oppose néanmoins des lourds doutes : l’annonce de cette information menacera la prospérité économique de la station thermale, les réparations auront des couts très élevés pour la communauté. Soudain, le soutien à Stockmann commence à se fissurer parmi les décideurs de la ville. On sème des doutes concernant son intention et essaye de dissimuler l’annonce des eaux contaminées.Stockmann tient à ce que l’affaire soit élucidée et voudrait prendre la parole en public. Dans un discours décisive il compte de forcer la ville à le suivre. Il accepte la rupture définitive avec son frère et le risque de son entière exclusion personnelle. Depuis longtemps les eaux polluées des bains ne sont plus dans sa ligne de mire : son but maintenant est la société comme ensemble.**Le drame de Ibsen se tient sur l’étroite crête entre élucidation et fanatisme. Il tourne autour de la chance de la vérité dans une société régit par l’économie et autour du conflit de deux frères différents.** ### **La question de la démocratie**
Un ennemi du peuple
Un ennemi du peuple © Arno Declair
« _Je suis un peu hésitant sur la question de savoir si je dois l’appeler comédie ou drame_ », écrit Ibsen en novembre 1881, après avoir achevé la rédaction de sa pièce Un ennemi du peuple. Thomas Ostermeier, qui la met en scène aujourd’hui, n’entend pas privilégier l’un ou l’autre de ces qualificatifs. Il tient au contraire à faire entendre cette oeuvre dans la plénitude de ses possibilités, ce texte qui interroge sans complaisance les ressorts du capitalisme et le poids écrasant de l’argent au sein de nos sociétés libérales. À travers le combat du docteur Stockmann, qui lutte contre des intérêts économiques multiples pour faire éclater la vérité sur la pollution dont est victime l’eau de sa station thermale, c’est la question de la démocratie qui habite toute la pièce. Seul contre tous – contre les politiques, les journalistes, les commerçants –, il devient cet « ennemi du peuple », pourchassé et honni. Grand défenseur de la liberté individuelle, Ibsen avait une opinion tranchée sur le pouvoir de la majorité : un pouvoir à combattre puisque «_la majorité n’a jamais_ _raison_ ». Un avis qui pourrait laisser à penser qu’il portait un regard assez négatif sur la démocratie. **Mais pour Thomas Ostermeier, il faut absolument distinguer la vraie démocratie de la fausse** , qui se pratique dans les pays à économie libérale. Il lui paraît aujourd’hui urgent d’attirer l’attention des spectateurs sur un glissement possible et très dangereux de l’un vers l’autre, glissement qui pourrait ouvrir grandes les portes vers un système politique dictatorial à l’instar du système économique qui s’est répandu sur notre planète.**À travers l’histoire du docteur Stockmann, c’est aussi une réflexion sur la radicalité des choix de vie que propose Ibsen** , signalant l’ambiguïté d’un choix qui se veut absolu au risque d’un isolement total, et donc d’un échec du combat mené. L’héroïsme est-il sublime ou devient-il absurde ? Une fois encore, c’est un théâtre de questionnements que proposent Thomas Ostermeier et sa troupe. **Un théâtre de l’engagement, un théâtre de résistance.** _Jean-François Perrier_
Un ennemi du peuple
Un ennemi du peuple © Arno Declair
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.