On attendait beaucoup du Roi Lear, de Shakespeare, par Jean-François Sivadier, dans la Cour. Mais on ressort un peu déçu, hélas. Certes, le metteur en scène invente, multiplie de belles trouvailles. Son Lear (Nicolas Bouchaud) est jeune, une petite quarantaine, Cordélia, la dernière de ses filles joue aussi le "fou" (merveilleuse Nora Krief, drôle, émouvante, investie), certes un homme joue la cadette du roi et le fidèle Kent est incarné par une femme (et oui M. François Koltes, on peut tout se permettre au théâtre, intervertir les sexes, c'est possible!), mais cette liberté n'éclaire rien. Au fond, pourquoi Sivadier choisit-il de monter le roi Lear? Qu'est-ce qu'il privilégie dans cette tragédie? On ne perçoit pas clairement ses intentions. Et pourquoi cette perpétuelle mise à distance? Les acteurs jouent face au public et ne s'adressent qu'à lui. Ils sont, dans la première partie, dans une dérision permanente, voire un second degré. Souvent, une scène amène le rire, alors qu'on aimerait plonger plus vite dans l'enfer, la folie, déplorer cette infortune. Oui, on aime ce théâtre de tréteaux, ce plateau plein de chausses trappes, ce Kent suspendu qui vole au dessus du plateau, témoin de la folie des hommes. Oui on applaudit les chansons du fou, et c'est déja beaucoup! Mais pourtant, on reste circonspect, même à l'écoute de cette traduction de Pascal Colin qui abuse des "racailles" et autres "fils de putes", un peu systématiques. Sivadier n'est pas assez exigeant avec ses acteurs, exception faite de Vincent Dissez (toujours excellent) et de Nora Krief (elle aussi!), la distribution est très, trop inégale. Et Lear ? Nicolas Bouchaud, grand comédien, paraît un peu absent. Difficile de plonger avec lui dans l'effroi de la tragédie shakespearienne. Qui est son Lear? Qui joue-t-il? Et que joue-t-il? A l'évidence, le travail n'est pas encore tout à fait prêt. Il faut encore du temps à Sivadier, du travail et des coupes, pour convaincre, peut-être. Souhaitons le lui, souhaitons le nous! Bon festival à vous, très bon été à tous. Merci de votre lecture, de votre fidélité et rendez-vous début septembre sur France Inter et sur ce blog. Amitiés, Vincent

Chateau
Chateau © Radio France /

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