d'Olivier Cadiot, mise en scène Ludovic Lagarde avec Laurent PoitrenauxCe spectacle est dédié à la chorégraphe Odile Duboc.

Je ferme les yeux pour voir les choses car on ne voit pas de la même façon les yeux ouverts non ?

C’est un rêve traversé de paysages inconnus. Une épopée dans le songe d’un homme rêvant d’une femme, bercée par des sons et des images inouïs. Une expérience unique.

Depuis Le Colonel des Zouaves, créé en 1997, avec Ludovic Lagarde, nous avons travaillé à de nombreux projets, mais cette pièce reste centrale pour nous, comme une source d’inspiration et d’énergie. C’était une expérience minimale, un livre-monologue, un solo d’acteur ; mais sur scène, le monologue était polyphonique, le corps compressé était devenu épique. On y faisait entendre un débit littéraire inhabituel : le mariage de l’écrit et de la performance.

Un mage en été
Un mage en été © Marthe Lemelle.

Un mage en été se propose de reprendre ce format particulier pour produire une oeuvre différente. Tourner le livre de force vers la scène, c’est un travail d’équipe, et nous voulions retravailler dans cette concentration.Dans Un mage en été, notre héros ne bouge plus. Il ferme ses portes et s’enferme dans un basement à la fois ancien et moderne, studio-bureau-cuisine-atelier. Il ne construit plus des cabanes dans les arbres, son île est intérieure, il devient l’archéologue de sa vie quotidienne. Ce mage fait grève. Et si le moteur du Colonel des Zouaves était la folie du travail, ce nouveau Robinson essaye de se défaire de sa maladie du trop bien faire et de sa compulsion digressive.

Cette détente, il va la trouver paradoxalement en se plongeant avec tendresse dans la technologie, sa boule de cristal ressemble à la toile d’aujourd’hui et aux tissus d’avant. Il est une mémoire technique. Bois et cuivre, mais armé de titane, molettes et commandes vocales. Un milliard de pixels. Zéro perte. On a tout. Pas de nostalgie. On progresse sans perdre rien.Dans Un mage en été, espérons que se prendre pour une machine n’empêchera pas d’avoir un corps.Olivier Cadiot (2010)

Entretien avec Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde

Un maga en été
Un maga en été © Marthe Lemelle.

LL : Quand le Festival d’Avignon propose à Olivier d’être artiste associé de l’édition 2010, c’est aussi une sorte de «commande» passée à notre manière de travailler ensemble.OC : C’est pourquoi j’ai souhaité revenir à ce qui nous a réunis au tout début : Le Colonel des Zouaves, notre premier spectacle et donc à la forme du monologue.LL : C’est devenu une blague entre nous. À chaque fois que je prends un livre d’Olivier pour tenter de le mettre sur scène, il me dit : « Il faut un monologue ». Il est fan de la formule «Un acteur, un texte», qui vient de chez Novarina. Moi, j’essaye d’aller contre : je veux du drame, des personnages, des actions, des corps, des décors.OC : J’ai réussi à faire revenir le monologue par la fenêtre ! Pour moi, c’est une manière de repartir sur nos fondamentaux, de reprendre le fétiche. Si le théâtre est un cours de tennis, le monologue c’est le bandeau de Björn Borg : l’emblème auquel je tiens le plus.LL : Un mage en été imaginé pour un seul acteur : Laurent Poitrenaux.OC : Dans Un mage en été, Laurent Poitrenaux doit incarner une sorte de projection de moi, un sujet qui s’occupe de mon autobiographie à ma place. C’est comme s’il y avait un hologramme entre nous. Et Ludovic Lagarde vient aussi passer ses mains pour tripoter le fantôme… qui finit par tenir debout, avec tous ces médecins autour de lui.LL : Laurent nous permet de passer de l’implicite du livre à l’explicite de la scène.OC : Comme une opération de dévoilement, de mise en public. Le plus beau, c’est que vous réussissez, avec les moyens du théâtre, à placer la voix au bon endroit. À faire entendre sur scène une voix « guidée », qui trouve sa prosodie, qui trouve sa poésie finalement.Extrait de l’entretien réalisé par Antoine de Baecque pour le Festival d’Avignon 2010

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