Interprété, création, mise en scène, chorégraphie, scénographie wim vandekeybus sur un texte jan decorte

Œdipe furieux

Son absence du Théâtre de la Ville depuis 2009 a aiguisé une sérieuse envie de le revoir. Sa fougue urgente, ses coups de nerfs, son besoin d’en découdre avec des thèmes périlleux – et ce depuis le milieu des années 80 –, rendent wim vandekeybus décidément in comparable. Revoilà donc le chorégraphe flamand avec un spectacle dont on peut tout attendre : OEdipus/bêt noir d’après le texte écrit en 1999 par jan decorte. Seize danseurs, acteurs et musiciens sur le plateau pour une version annoncée furieuse et terrible du mythe d’OEdipe. Et pour interpréter cette figure mythologique tragique et monstrueuse, rien de moins que Vandekeybus lui-même. Depuis 2002 et son apparition dans Blush, Wim Vandekeybus ne s’est pas produit dans un de ses spectacles. Cet interprète exceptionnel, brûlant, qui a tatoué la mémoire pour toujours, se jette de nouveau en première ligne au milieu de sa troupe. Il sera OEdipe. Une bataille annoncée explosive pour celui qui fouille depuis ses débuts à ses risques et périls la mémoire du corps, l’inconscient et les gestes extrêmes.Jeanne Liger

Wim Vandekeybus - Oedipus/bêt noir
Wim Vandekeybus - Oedipus/bêt noir © Danny Willems 2010

Bête de scène

la danse viscérale de Wim Vandekeybus se confronte au mythe d’OEdipe revu par Jan Decorte. grand format, un déferlement de corps et d’images. On n’échappe pas à son destin, disaient les Grecs qui le confiaient aux dieux, mais eurent l’intuition d’inventer la démocratie et le théâtre pour prendre la main sur le cours des choses. Pour autant, le cas d’OEdipe est complexe et sa figure ne cesse de traverser les époques pour se dresser devant nous dans toute sa violence initiale. De Sophocle à André Gide ou Jean Cocteau, en passant par la célèbre théorie freudienne qu’illustra Pier Paolo Pasolini en faisant d’OEdipe Roi l’« autobiographie d’un petit-bourgeois qui hait la petite-bourgeoisie », l’humanité n’a pas fini de questionner la part inconsciente et déterminante de sa condition et de son expérience. Une tragédie sans cesse actualisée dont l’OEdipus/bêt noir chorégraphié par wim vandekeybus est la dernière incarnation.Cet OEdipe revu dans une langue dense et compacte par Jan Decorte , auteur, comédien et metteur en scène qui reste une gure tutélaire pour toute la nouvelle scène flamande, Wim Vandekeybus s’en est déjà approché à plusieurs reprises. Avec des enfants, dans Bêt noir en 2006. Avec les danseurs du Ballet de Göteborg en Suède dans Black Biist, en 2009. Autant dire que cette pièce constitue l’aboutissement et l’épiphanie d’une plongée dans la part sombre qui sommeille en chacun.

Wim Vandekeybus - Oedipus/bêt noir
Wim Vandekeybus - Oedipus/bêt noir © Danny Willems 2010
Du mythe d’origine où des oracles prédisent qu’OEdipe sera parricide et incestueux, où le Sphinx dévore les voyageurs incapables de répondre à ses énigmes, et où les devins ne sont pas toujours entendus, le chorégraphe a tiré un canevas complexe où les flash-backs abolissent la logique chronologique du récit pour se fixer sur la trajectoire en forme de cercle vicieux où sombre OEdipe. **Sur scène, Wim Vandekeybus joue lui-même à être OEdipe ; en « bête de scène » aux élans sauvages, il danse, parle, hurle sa colère et sa douleur** . Autour de lui, seize musiciens, danseurs et comédiens se partagent les rôles dans un espace délimité en fond de scène par la figure géante du Sphinx, un large quadrillage de cordes de forme circulaire recouvert de tissus multicolores, sur laquelle grimpent, rampent ou se jettent les interprètes. D’abord lente, presque figée, comme « gelant les corps », la danse avance par à-coups avec de brusques accélérations, se lance dans des chevauchées échevelées et des roulades en piqué à l’énergie dévastatrice, ou s’abandonne à des portés mélancoliques, corps enroulés, comme endormis. Des états de corps démultipliés qui s’entremêlent à l’atmosphère musicale, aux rondes des lumières balayant la pénombre et au jeu des comédiens qui entrent dans la danse avec autant d’aisance que le bluesman roland van campenhout lâchant sa guitare pour incarner Laïos.
Wim Vandekeybus - Oedipus/bêt noir
Wim Vandekeybus - Oedipus/bêt noir © Danny Willems 2010
**Chez Wim Vandekeybus, comme toujours l’énergie est soutenue par la force des images puisées au quotidien le plus prosaïque.** Du nouveau-né OEdipe, condamné à mort par ses parents suite à l’oracle annonçant son funeste destin et sauvé de la mort par un serviteur au coeur tendre, il compose deux scènes au contraste saisissant. Dans la première, un morceau de viande crue est découpé à la hache par Triesias avant d’être déposé dans les mains de Jocaste et de Laïos. Dans la seconde, Jocaste s’agenouille et gémit, tout en rassemblant les dizaines de chaussures tombées en pluie des cintres, comme autant de rappels de la blessure d’OEdipe, de son destin brisé par de mul - tiples signes. On ne saurait être ni plus explicite ni plus poétique.Un condensé de l’art de Wim Vandekeybus._Fabienne Arvers_
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