Départ un 29 août, spectateurs priés d'être masqués ou de rester derrière leur télé : samedi s'élance de Nice (Alpes-Maritimes) une 107e édition du Tour de France qui sera sans doute la plus différente jamais courue. Mais la Grande boucle n'a pas toujours été un long fleuve tranquille.

Les coureurs de l'équipe Inéos, en préparation avant le grand départ de Nice (Alpes-Maritimes).
Les coureurs de l'équipe Inéos, en préparation avant le grand départ de Nice (Alpes-Maritimes). © AFP / Kenzo Tribouillard

Certains vont jusqu'à craindre un Tour interrompu, qui ne se finira jamais. C'est une éventualité, si trop de cas de Covid-19 sont détectés dans les équipes de coureurs. Car les protocoles définis par l'organisation de la Grande boucle sont très stricts cette année. En plus du départ décalé (ce samedi 29 août), les spectateurs sont priés d'être masqués ou même de rester devant la télé pour les premières ascension de cols, histoire que les bords des routes ne se transforment pas en foyer. Ainsi, sans aucun doute, cette édition 2020, la 107e du Tour de France, sera l'une des plus étranges de l'histoire de la Grande boucle. Mais la mythique compétition, créée en 1903, a connu, en plus d'un siècle, quelques bizarreries. Plongée dans les archives et tour d'horizon des quelques bizarreries survenues depuis le début du siècle dernier avec la journaliste Béatrice Houchard, autrice de "Le Tour de France et la France du Tour" (Calmann Levy).

FRANCE INTER : Le Tour a connu plein "d'imprévus" dans son histoire ?

"Oui et le Tour le plus imprévu, qui a failli mal finir, voire ne pas finir du tout, est celui de 1998. C'est l'affaire Festina, l'exclusion de Richard Virenque, le dopage, l'EPO. Beaucoup de polémiques, les coureurs qui menacent de ne pas repartir, qui font grève, le 29 juillet, s'assoient par terre entre Albertville et Aix-les-Bains. Plusieurs équipes quittent la course, dont celle de Laurent Jalabert, qui était l'un des coureurs les plus connus à l'époque. "Le Monde", aussi, avait demandé l'arrêt du Tour, le 25 juillet. C'est sans doute l'un de ceux qui a été le plus perturbé de l'Histoire. "

Au-delà, évidemment, des deux guerres mondiales qui là, on carrément arrêté le Tour plusieurs années durant...  

"Évidemment, les deux seuls événements qui ont arrêté le Tour sont les deux guerres mondiales. La Première, en 1914. Ensuite, ça a repris, dès 1919, ce qui est quand même un exploit, dans l'état où était la France et les routes. En plus, avec la volonté d'aller dans le Nord et dans l'Est pour retrouver ce qui était redevenu la France, dans une forme de reconquête patriotique et de reprise de la vie normale. Pour la Deuxième guerre mondiale, le Tour a lieu en 1939 et ne revient qu'en 1947. Avec, là aussi, la volonté de dire que la vie reprend, avec même des déclarations du président du conseil, Paul Ramadier, à la tribune de l'Assemblée qui, dit 'On, va faire des économies, mais pas d'économies sur le Tour de France'. Mises à part ces deux périodes, le Tour a eu lieu tous les ans, depuis 1903."

Finalement, peu de choses peuvent arrêter le Tour de France ? 

"Il y a évidemment les étapes perturbées par les éléments, comme l'an dernier à cause de la grêle ou en 1996 : il y avait tellement de neige dans le Galibier que l'étape avait été réduite à 46 km au lieu de 150 km. Il y a aussi quelques grèves des coureurs... En 1978, ils protestent contre le transfert d'une ville à l'autre. Bernard Hinault était syndicaliste en chef, ils avaient franchi la ligne d'arrivée à pied. En 1982, une étape avait aussi été perturbée par les grèves par la CGT de Usinor à Denain (Nord). Il y avait un plan de licenciements, des manifs sur la route et l'étape avait été purement et simplement annulée. C'est arrivé assez rarement parce que globalement, les syndicats n'ont jamais vraiment voulu perturber cette fête populaire. En 1966, les coureurs avaient fait quelques centaines de mètres à pied, avec Anquetil en tête, pour protester contre les premiers contrôles anti-dopages. 

Un dernier exemple, au tout début du Tour : en 1904, le président de la course pensait que ce serait le deuxième et dernier Tour, à cause de bagarres avec les spectateurs, des coureurs assommés, des clous sur la route, des coureurs qui prenaient la voiture, etc. Les quatre premiers du classement général avaient été déclassés et c'est un autre vainqueur qui avait été déclaré six mois après... mais le Tour est toujours là !"

Finalement, ce Tour de France sera peut être celui qui sera le plus exceptionnel de tous ?

"C'est fort possible vues les conditions, en mettant de côté tous les premiers Tours de France, parce que c'était une autre époque. Je ne sais pas s'il le sera sur le plan sportif, mais dans sa forme et son organisation, oui, il sera exceptionnel." 

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