À compter de ce mardi et pendant douze semaines vont se tenir, à Paris et en région, des réunions de travail associant des représentants des services de l'État, associations, acteurs de terrain et familles de victimes. Comment vont-il travailler ? Qui peut participer ? Que peut-on en attendre ?

Manifestation le 6 juillet à Paris pour demander au gouvernement des mesures immédiates afin d'endiguer le fléau des féminicides.
Manifestation le 6 juillet à Paris pour demander au gouvernement des mesures immédiates afin d'endiguer le fléau des féminicides. © AFP / Samuel Boivin / NurPhoto

C'est la réponse du gouvernement à celles et ceux qui dénoncent l'inaction des pouvoirs publics : le "Grenelles des violences conjugales" annoncé par Marlène Schiappa début juillet s'ouvre ce mardi, jusqu'au 25 novembre. Un rendez-vous très attendu, dont l'objectif est de faire reculer les violences physiques ou sexuelles dont sont victimes chaque année quelque 220 000 femmes, selon les statistiques officielles. D'après le décompte d'un collectif, 100 femmes ont été tuées depuis début 2019 par leur conjoint ou ex-conjoint.

Qui va participer à ce Grenelle ?

Mardi après-midi à Matignon, il y aura du monde sur la photo : le Premier ministre Édouard Philippe réunira autour de lui la secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa, la ministre de la Justice Nicole Belloubet, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, les secrétaires d’État Julien Denormandie (logement) et Adrien Taquet (protection de l’enfance).

Environ 80 personnes ont également été conviées : des agents publics, des responsables associatifs, des acteurs de terrain, des policiers, des gendarmes, des magistrats, avocats, ainsi que des familles de victimes de féminicides.

Pour les proches qui, faute de place, n’ont pas reçu d’invitation, un après-midi portes ouvertes est prévu le 5 septembre au ministère. "Je recevrai toutes les familles qui en auront fait la demande", s'engage Marlène Schiappa. Plus largement, tout citoyen souhaitant apporter sa contribution peut le faire par mail à l'adresse : grenelle@pm.gouv.fr.

Comment vont-ils travailler ?

Plusieurs tables-rondes seront organisées autour de trois grands thèmes : "prévenir", "protéger et prendre en charge" et "punir". Seront ensuite créés une dizaines de groupes de travail qui, au cours des trois prochains mois, se réuniront régulièrement autour de problématiques spécifiques afin de formuler des propositions.

Le Grenelle ne se cantonnera pas au périmètre de la capitale. Une centaine d’événements locaux sont prévus, sous l’égide des préfets [cliquez sur la carte ci-dessous pour en connaître les détails].

Que faut-il en attendre ?

"S'il y a besoin de circulaires ou de lois, nous les mettrons en œuvre", a promis la secrétaire d'État Marlène Schiappa. Pas convaincant pour tout le monde : "Cela fait bien longtemps qu'on sait et qu'on dit ce qu'il faudrait changer", tacle l'avocate Isabelle Steyer.

Plusieurs sujets font consensus, chez les associations féministes : il faut des moyens supplémentaires pour l'hébergement des victimes, une réforme du fonctionnement de la justice, et une meilleure formation des policiers et des gendarmes dans la prise en charge des femmes qui signalent des violences.

Pour Françoise Brié, directrice générale de la Fédération nationale Solidarité femmes (FNSF), l'une des priorités est par exemple de repenser la co-parentalité. "Trop souvent, au nom de l'intérêt de l'enfant, on demande aux femmes de continuer à avoir une relation avec leur agresseur. Les enfants deviennent alors l'instrument de la poursuite des violences", constate-t-elle. Ainsi, d'après une étude menée en Seine-Saint-Denis sur 24 féminicides, la moitié sont survenus lors d'un droit de visite ou d'hébergement. La conclusion à en tirer ne fait aucun doute, selon Françoise Brié :

Il faut que la loi prévoie explicitement de transférer l'autorité parentale au bénéfice exclusif du parent victime de violences et que la résidence alternée soit exclue.

Des associations demandent également la possibilité, dans les situations non-couvertes par des ordonnances des protection, que l'adresse de la mère puisse être dissimulée au conjoint violent.

L'une des questions cruciales reste celle des moyens financiers. Marlène Schiappa a annoncé la semaine dernière la création d'un fonds spécial, baptisé "fonds Catherine", doté d'un million d'euros à destination des associations locales de terrain. Un rapport publié fin 2018 par le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes arrivait à la conclusion que 506 millions d'euros au minimum (1,1 milliard pour l'hypothèse haute) seraient nécessaires chaque année pour prétendre lutter efficacement contre les violences conjugales. Le budget actuel est estimé par le HCE à 79 millions d'euros.

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