ÉLECTIONS RÉGIONALES 2021 - Chaque jour, France Inter examine les enjeux du scrutin dans une région. Pour ce septième épisode, zoom sur la Nouvelle-Aquitaine, le plus grand territoire du pays, première région agricole de France, tenu par le socialiste Alain Rousset. Il brigue un nouveau mandat.

Les candidats Geneviève Darrieussecq, Edwige Diaz, Nicolas Florian et Alain Rousset.
Les candidats Geneviève Darrieussecq, Edwige Diaz, Nicolas Florian et Alain Rousset. © AFP / Maxppp

Chaque jour, France Inter vous propose de faire le point dans l'un des 13 territoires métropolitains concernés par les élections régionales des 20 et 27 juin. Septième volet en Nouvelle-Aquitaine.

Carte d'identité 

  • Population : 5 979 778 habitants
  • Budget : 3,2 milliards d'euros
  • Capitale : Bordeaux
  • Départements : Charente (16), Charente-Maritime (17), Corrèze (19), Creuse (23), Dordogne (24), Gironde (33), Landes (40), Lot-et-Garonne (47), Pyrénées-Atlantiques (64), Deux-Sèvres (79), Vienne (86), Haute-Vienne (87).

Le sortant : Alain Rousset

Il est indétrônable malgré le fusion des régions. Ancien maire de Pessac, une commune près de Bordeaux, ancien député socialiste, Alain Rousset est le président de la région Aquitaine, puis Nouvelle-Aquitaine, depuis 1998. 

Ce qu'il s'était passé en 2015 : une large victoire socialiste

Plus de quatre millions d'électeurs étaient appelés aux urnes. Alain Rousset l'avait emporté avec de la marge, 44,2% des voix, devant la liste d'Union de la droite du du centre (34%) et le FN (21,6%). Lors du premier tour, le Front National avait marqué les esprit, arrivant en tête dans le Lot-et-Garonne, un département rural. Pour s'imposer, Alain Rousset s'était allié avec EELV.

Les forces en présence : la RN compte bousculer le 1er tour, le PS serein

À 70 ans, Alain Rousset a "toujours la passion" dit-il. Il fait de son âge et de sa longévité des arguments : "L'action publique, c'est le temps long. Aujourd'hui, la première usine de batterie pour véhicule électrique s'installera en Nouvelle-Aquitaine. Cela fait 10 ans que l'on y travaille." "Quatre mandats, ça suffit" assène Geneviève Darrieussecq, la ministre déléguée aux anciens combattants. Elle conduit une liste LREM MoDem : "Il ne règle rien en proximité. Moi je suis pour les politiques adaptées aux territoires. Alain Rousset concentre tout à Bordeaux."

Le reproche est similaire chez Clémence Guetté, qui réunit la France insoumise et le NPA. Dans cette immense région, les territoires trinquent dit-elle : "L'ancien Poitou-Charentes et l'ancien Limousin sont des territoires où les gens se sentent abandonnés par les pouvoirs politiques. L'éloignement géographique se traduit par un éloignement démocratique." 

Si en 2015 Europe Écologie les Verts avait rejoint Alain Rousset, les écologistes font bande à part cette fois. Nicolas Thierry, la tête de liste, veut continuer sur la lancée des municipales, remportées notamment à Bordeaux et Poitiers. "Le problème du président, c'est ce qu'il ne fait pas ce qu’il dit. Il parle systématiquement d'agriculture paysanne. Mais à la moindre occasion, il finance des pulvérisateurs pour les pesticides." 

"Le succès leur est monté à la tête" réplique simplement Alain Rousset. Edwige Diaz, la candidate du Rassemblement national, n'oublie pas le scrutin de 2015, où le PS et EELV s'étaient alliés : "C'est drôle ces chamailleries de couple qui va se réconcilier le soir du premier tour." La figure montante du RN s’inscrit comme poisson-pilote de Marine Le Pen à un an de la présidentielle. Mais cela n’est pas un projet régional, rétorque Nicolas Florian, la tête de liste LR. Il tente de reconquérir les électeurs de droite classique : "Je me mets à la place de ceux et celles qui souffrent, on l'a vu avec les 'gilets jaunes'." En Nouvelle-Aquitaine, le scénario d’une triangulaire se dessine pour le second tour. 

Ce que disent les sondages : EELV et LR détachés

La candidat sortant Alain Rousset est le favori du premier tour. Mais il est talonné par Edwige Diaz, la candidate du Rassemblement national, à 25%. Lors du précédent scrutin, Jacques Colombier avait récolté 23% des voix au premier tour. Derrière, la ministre et ancienne maire de Mont-de-Marsan, Geneviève Darrieussecq est créditée de 19%. Les grands perdants semblent être les candidats Les Républicains et Europe Ecologie Les Verts, avec 14% et 10% des intentions de vote.

Le thème de campagne :  routes, TER, LGV, quelles priorités ?

Comment se déplacer dans une région aussi vaste, écartelée entre le littoral, les grandes métropoles et les zones rurales ? Faut-il financer des routes, rénover les petites lignes, construire une ligne à grande vitesse ? C’est l’un des débats acharnés de la campagne. Edwige Diaz, la tête de liste RN, et élue rurale dans le nord de la Gironde, veut principalement construire des routes. Pour argumenter, elle donne du coup dans la caricature : "Travailler en trottinette électrique, c'est une possibilité pour certains bobos bordelais mais pas pour les habitants de la ruralité." Pour désenclaver certains territoires, il faut des TER, et des routes aussi, soutient Nicolas Florian, chef de file Les Républicains : "Je ferai un plan route. Quand on se déplace entre Limoges et Poitiers, on n'est pas en sécurité. Il faut mettre une 2×2 voies." 

Pour la France insoumise et ses soutiens du NPA, l'avenir, c'est aussi les petites lignes ferroviaires, et non la LGV, qu'ils jugent tout simplement inutile explique la candidate Clémence Guetté : "On souhaite financer la réfection des voies, rouvrir des gares et permettre la mobilité et la gratuité car les freins financiers à la mobilité individuelles sont réels." Le ferroviaire est aussi un axe de campagne d'Europe Ecologie les Verts : "Dans cette campagne électorale, il y a l'argent magique qui réapparaît" formule Nicolas Thierry. "Il faut plutôt investir 1,5 milliards pour rénover des voies existantes. La LGV rapprocherait Toulouse et Bordeaux de 15 minutes. Il ne faut pas faire de démagogie et proposer des solutions réalistes." 

La LGV, c’est l’un des points de discorde entre Alain Rousset et ses anciens – et peut-être futurs alliés – écologistes. "Ces infrastructures sont indispensables" clame le président de Nouvelle-Aquitaine, "la partie la plus pollué de la région, c'est l'ancienne Nationale 10. C'est 10 000 camions par jour. Et si je n'ai pas des possibilités de passage des trains de fret, on ne remettra pas des marchandises sur le ferroviaire." 

En bonne centriste, la ministre Geneviève Darrieussecq entend à la fois les arguments économiques et d’aménagements de territoire. La solution pour la ministre déléguée, c'est l'innovation. Elle conduit la liste Modem LREM : "Il y a _des voies qui pourraient être rénovées de façon plus légère et qui supporteraient des trains plus légers._" Cette solution ne sort pas de nulle part. C'est celle déjà avancée par le secrétaire d’État aux transports Jean-Baptiste Djebbari. 

Toutes les listes présentes :

  • "Nos territoires, nos énergies", conduite par Alain Rousset (Parti socialiste, Parti communiste français, Parti radical de gauche et alliés)
  • "Droite et centre autour de Nicolas Florian", conduite par Nicolas Florian (Les Républicains, UDI et alliés)
  • "La Nouvelle-Aquitaine avec Edwige", conduite par Edwige Diaz (Rassemblement national)
  • "Nos terroirs, notre avenir", conduite par Nicolas Thierry (Europe écologie-Les Verts)
  • "L'union fait la région", conduite par Geneviève Darrieussecq (La République en marche, MoDem)
  • "Le Mouvement de la ruralité, Résistons avec Jean Lassalle", conduite par Eddie Puyjalon (Le Mouvement de la ruralité, Mouvement des citoyens)
  • "On est là !", conduite par Clémence Guetté (La France insoumise)