ÉLECTIONS RÉGIONALES 2021 - Chaque jour, France Inter examine les enjeux du scrutin dans une région. Pour ce onzième épisode, zoom sur l’Occitanie, où la président sortante Carole Delga postule pour un deuxième mandat. Le Rassemblement national est en embuscade. La droite et le candidat LREM sont distancés.

Les candidats Aurélien Pradié, Carole Delga, Antoine Maurice, Vincent Terrail-Novès et Jean-Paul Garraud.
Les candidats Aurélien Pradié, Carole Delga, Antoine Maurice, Vincent Terrail-Novès et Jean-Paul Garraud. © Maxppp / *

Chaque jour, France Inter vous propose de faire le point dans l'un des 13 territoires métropolitains concernés par les élections régionales des 20 et 27 juin. Onzième volet en Occitanie.

Carte d'identité

  • Population : 5 885 496 habitants
  • Budget : 3,74 milliards d'​euros
  • Capitale : Toulouse
  • Départements : Ariège (09), Aude (11), Aveyron (12), Gard (30), Haute-Garonne (31), Gers (32), Hérault (34), Lot (46), Lozère (48), Hautes-Pyrénées (65), Pyrénées-Orientales (66), Tarn (81), Tarn-et-Garonne (82)

La sortante : Carole Delga, une ascension fulgurante

Elle a gravi les échelons petit à petit, et tout lui a réussi. Élue maire de Martres-Tolosane en 2008, une petite commune de Haute-­Garonne, Carole Delga entre au conseil régional de Midi-Pyrénées en 2010. En 2012, elle remporte un siège de députée de Haute-Garonne. En 2014, elle monte à Paris pour devenir secrétaire d’État au commerce, avant son élection comme président du Conseil régional l'année suivante.

Ce qu’il s’était passé en 2015 : la gauche devant le FN

Si le candidat du FN a remporté la première manche, c’est Carole Delga qui s’est finalement imposée au second tour, lors d’une triangulaire, avec 44,81% des suffrages devant Louis Alliot (33,87%) et le politologue Dominique Reynié avec l’UMP (21,32%). Carole Delga, 49 ans, permet à la région de rester socialiste.

Les forces en présence :

Au kilomètre zéro, dans le centre-ville de Toulouse, l’écologiste Antoine Maurice s’exprime devant la presse. Il a manqué de peu la mairie l’été dernier, à cause notamment d’une rupture avec les Insoumis. Aujourd’hui, il s'en justifie. "Nous avons des divergences de fond. Notamment sur l'Europe. Nous souhaitons que la région joue un rôle en Europe." Au kilomètres 80, dans le Tarn-et-Garonne, au milieu des vaches et des prunes, le député LR Aurelien Pradié prend le pouls des éleveurs et de paysans ulcérés par "la nouvelle mode écolo" disent-ils. "L'enfant du pays" comme il aime à se définir (il est né dans le Lot voisin), Aurélien Pradié est tout ouïe. Ce qu’il l’ennuie et l'inquiète, c’est l'audience du Rassemblement national. Les intentions de vote placent le parti de Marine le Pen a plus de 30% dans les sondages. 

Au kilomètre 246, nous sommes à Tarbes. La présidente Carole Delga présente la liste départementale dans une pâtisserie avant une déambulation dans les Halles auprès des producteurs locaux. Une dame, panier en osier, l'interpelle : "Vous êtes Carole Delga ? Ma fille m'a dit beaucoup de bien de vous. Merci pour les ordinateurs dans les lycées. Bravo, continuez !" On interroge : "Vous l'avez payée cette figurante ?" La candidate éclate de rire : "Vous voyez, la gauche peut encore faire rêver. Mais ce n'est pas facile, il faut de la niaque !" Carole Delga sait que sa réélection n’est pas un chemin semé de roses. Elle n’a d’ailleurs pas de poing à la rose sur son affiche. 

"Moi je n'ai pas la gauche honteuse" clame Myriam Martin la candidate Insoumise. Elle nous a donné rendez-vous à 300 km à l’est, sur la plage, au sud de Narbonne, à Port-La-Nouvelle, où la région s'apprête à poser des éoliennes et en profite, selon les associations écologistes, pour agrandir le port. 

1h30 d’autoroute vers le sud pays catalan, vers la belle Collioure dont les fortifications sont léchées par la mer. Jean-Paul Garraud, ancien magistrat passé de l’UMP au RN est donné à plus de 30%. Il rêve d'une victoire ici et en PACA qui permettrait de faire un arc méditerranéen bleu marine. Il redoute en revanche les alliances du second tour. "La gauche va se rassembler. La droite ne fait que la figuration et pense à ses circonscriptions des législatives de 2022. Quant au candidat du parti présidentiel, même pas sûr d'être qualifié, il va se vendre à Delga". À 250 km de là, à Balma, dans la banlieue de Toulouse, Vincent Terrail-Novès mène la liste LREM. Il assure qu'il joue pour être à plus de 10% et que, quoiqu'il arrive, il se maintiendra. C’est dit : le parti présidentiel ne fera pour faire réélire la gauche dans un fauteuil au nom du Front Républicain. 

Ce que disent les sondages :

Comme en Paca, dans le Grand-Est, en Nouvelle-Aquitaine ou encore en Centre-Val de Loire, le Rassemblement national prendrait la tête lors du premier tour en Occitanie affirme un sondage Ipsos pour France 3. Jean-Paul Garraud devance de trois points la présidente sortante. La République en marche et Les Républicains sont en mesure de se qualifier pour le second tour. Dans l’hypothèse d’une quadrangulaire, la liste conduite par Carole Delga pourrait recueillir 41% des suffrages. 90 % des électeurs, qui comptent voter EELV au premier tour, assurent qu'ils voteront pour la liste socialiste au second.

Le thème de campagne : LGV, extension du port, éoliennes

Après la sécurité, la délinquance et l'immigration, l'écologie apparaît comme l'une des principales préoccupations des Occitans. Dans cette région où la ruralité côtoie les grandes métropoles fières de leurs industries de pointe, comme l'aérospatiale, la question d'un nouveau modèle de développement plus respectueux de la planète divise profondément. Plusieurs dossiers la LGV entre Bordeaux et Toulouse sont sur la table, les retenues d'eau pour irriguer et les éoliennes font débats. "Ca suffit les bobos écolos, les ayatollahs verts !" clament des paysans du Tarn-et-Garonne devant le candidat LR Aurelien Pradié. En visite dans une ferme à Caussade, près de Montauban, épaulé par le chef LR Christian Jacob, ancien patron de la FNSEA, ils abondent quand on leur décrit la tragédie du gel mais aussi les retenues collinaires que la région leur interdit alors que les sols crèvent de soif. Il est interdit également de retenir l’eau de pluie. 

La présidente socialiste Carole Delga se défend. Les retenues d’eau ne sont pas sa compétence. En revanche, elle est en faveur de la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse. La preuve, selon elle, qu’elle n’est pas dogmatique : "Je suis très contente que le Premier ministre Jean Castex ait accepté de contribuer à son financement alors que cela faisait trois ans qu'Emmanuel Macron avait bloqué le dossier." Cette LGV est un point d’accord avec le candidat de la LREM Vincent Terrail-Noves : "Je ne suis le seul à proposer un plan de financement. Il permettra de financer Toulouse-Bordeaux et la ligne Perpignan-Montpellier." Les écologistes feront de l’abandon du projet un préalable à leur alliance de second tour. "Nous n'avons pas vocation à devenir la banlieue parisienne comme est en train de le devenir Bordeaux" explique la tête de liste Antoine Maurice.

Pour La France insoumise, emmenée par la conseillère régionale Myriam Martin, l’opposition à ce projet de LGV est totale. Ils ne veulent pas non plus de l’extension du port de Port-la-Nouvelle près de Narbonne : "Carole Delga, c'est 'oui' à tous les projets inutiles qui menacent l'environnement. Elle fait du Macron, en même temps le libéralisme, en même temps l'écologie." Pour le Rassemblement national, le créneau écolo se situe dans la lutte contre les éoliennes. Jean-Paul Garraud explique : "La seule énergie décarbonée valable aujourd'hui : c'est le nucléaire. Il faut l'assumer". Une chose est certaine, si les alliances de second tour se font sur l’écologie, certains vont devoir repeindre leur programme.

Toutes les listes présentes :

  • "L'Occitanie en commun", conduite par Carole Delga (PS-PCF-PRG)
  • "Rassembler l'Occitanie", conduite par Jean-Paul Garraud (RN)
  • "Du courage pour l’Occitanie", conduite par Aurélien Pradié (LR-UDI)
  • "L’Occitanie naturellement", conduite par Antoine Maurice (EELV et alliés)
  • "Occitanie populaire", conduite par Myriam Martin (LFI-NPA)
  • "Nouvelle élan occitan", conduite par Vincent Terrail-Novès (LREM-MoDem)
  • "Occitanie, écologiste et citoyenne", conduite par Jean-Luc Davezac (ONP-DEC)
  • "Faire entendre le camp des travailleurs", conduite par Malena Adrada (LO)
  • "Union essentielle", conduite par Anthony Le Boursicaud (DIV)
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