Quatre vingt-dix-huit personnes ont déposé un dossier de candidature pour la présidentielle anticipée en Tunisie. Elles espèrent succéder à Béji Caïd Essebsi, le premier chef d'Etat démocratiquement élu au suffrage universel dans ce pays pionnier du Printemps arabe.

La commission électorale a jusqu'à la fin du mois d'août pour valider les candidatures à la présidentielle tunisienne.
La commission électorale a jusqu'à la fin du mois d'août pour valider les candidatures à la présidentielle tunisienne. © AFP / Yassine Gaidi

Les dossiers de candidature pour le scrutin du 15 septembre ont été enregistrés à la clôture des inscriptions à 17H00 GMT, a indiqué l'Instance chargée des élections (Isie). 

Deux candidats font figure de favoris : le ministre de la défense Abdelkarim Zbidi et le chef du gouvernement Youssef Chahed. 

Abdelkarim Zbidi, 69 ans, technocrate et médecin de formation se revendique de l'héritage de l'ancien président Essebsi. Pour le chercheur Vincent Geisser, spécialiste de la Tunisie, sa candidature est une évidence, alors qu'il occupe le poste de ministre de la défense : "La question sécuritaire sera une thématique centrale de la future campagne présidentielle. Outre qu'il passe pour un homme compétent, Zbidi incarne aussi la politique de défense, l'orientation sécuritaire du gouvernement dans un contexte où la Tunisie est marquée par une menace terroriste permanente".         

Zbidi est le plus sérieux rival du premier ministre Youssef Chahed, 43 ans, qui participera à sa première élection présidentielle. Son tout jeune parti, Tahya Tounes, lancé au début de l'année, représente la deuxième force au Parlement derrière le parti Ennahdha. 

L'actuel premier ministre tunisien Youssef Chahed a déposé sa candidature à la présidentielle du 15 septembre.
L'actuel premier ministre tunisien Youssef Chahed a déposé sa candidature à la présidentielle du 15 septembre. © AFP / Hasna

Issu de la mouvance islamiste, Ennahdha aura son propre candidat pour la première fois de son histoire. "C'est une surprise" explique Vincent Geisser, co-auteur de "La Tunisie : une démocratisation au dessus de tous soupçons ?". "En 2014, alors que le parti était majoritaire dans le pays, on s'attendait à une candidature naturelle du parti Ennahdha. Or, le parti avait renoncé à présenter un candidat et même plus : il avait appelé ses électeurs à ne pas choisir, et à se déterminer en leur âme et conscience. Là ils ont décidé de sortir de cette neutralité et de présenter un candidat : Abdelfattah Mourou, qui est devenu président du Parlement depuis la mort du président Essebsi et qui va porter les couleurs islamistes". 

Parmi les challengers, il y a un richissime homme d'affaires et patron de presse : Nabil Karoui, qui a été inculpé pour blanchiment d'argent.   "Il est étonnement populaire" poursuit Vincent Geisser. "Voilà une toute jeune démocratie qui a peu l'expérience des scrutins libres. Certains disent qu'on a déjà une démocratie à la Berlusconi alors qu'elle est à peine installée ! C'est le symptôme de l'intrusion des milieux d'affaires dans le jeu politique tunisien, où les patrons et les hommes d'affaires jouent un rôle important". Une femme Abir Moussi s'est également lancée dans la course à la présidentielle. Nostalgique de l'ancien dictateur Ben Ali, cette avocate jure d'éradiquer l'islamisme. "C'était une militante convaincue du président Ben Ali. Elle revendique publiquement son héritage en disant que la Révolution n'a apporté que du mal à la Tunisie.  C'est une candidature féminine de poids car elle est créditée de 10% à 15% des voix dans les sondages".    

Enfin un avocat représentera les homosexuels pour la première fois dans le monde arabe. Mounir Baatour, lui même homosexuel a purgé par le passé trois mois de prison pour "sodomie" punie par le Code pénal tunisien...

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