Il est celui qui aurait probablement dû jouer le rôle d’Abdelhamid Abaaoud, comme coordonnateur des attentats du 13 novembre 2015. Également accusé d'exactions en Syrie, Tyler Vilus est jugé jusqu’au 3 juillet par la cour d’assises spécialement composée.

Drapeau de l’organisation État islamique retrouvé à Kobane (Syrie)
Drapeau de l’organisation État islamique retrouvé à Kobane (Syrie) © AFP / Gail Orenstein / NurPhoto

La scène se déroule en juillet 2015. Un homme est contrôlé à l’aéroport d’Istanbul alors qu’il s’apprête à embarquer sur le vol Turkish Airlines 1767 à destination de Prague. Au contrôle, il présente un passeport suédois. Le passeport est authentique, mais la photo peu ressemblante. Alors les policiers hésitent. Puis interrogent le passager : parle-t-il suédois? Non. Mauvaise réponse, la Suède est le seul pays qui impose des cours de langue pour obtenir la nationalité, lui rétorque le policier. Le passager est interpellé. Ce Français, de son vrai nom, est Tyler Vilus. Il vient de passer plus de deux ans en Syrie et fait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Né à Troyes en 1990 et converti à l’islam, il fait partie des premiers Français à avoir rejoint la Syrie et les rangs du groupe État islamique.

Légion étrangère, délinquance, radicalisation

Avant de basculer dans l’islam radical, Tyler Vilus a grandi dans une cité de Troyes, où il vivait avec sa mère et son demi-frère. Atteint de la maladie de Crohn, il a été souvent hospitalisé dans son enfance. Après une scolarité marquée par les échecs, Tyler Vilus ne parvient pas à décrocher le brevet et quitte le collège. À 18 ans, il tente de s’enrôler dans la légion étrangère, mais se voit recalé car trop peu sportif. Piqué au vif, il multiplie les entraînements, pratique les sports de combats. Mais ne repasse jamais les tests de sélection. Totalement désœuvré, il bascule alors dans la délinquance - cannabis, alcool, bagarres - et est condamné en 2010 pour violences aggravées. Un an plus tard, alors qu’il suit une formation de “constructeur professionnel de voirie”, à Bernes-sur-Oise (Val d’Oise), il change brusquement de comportement. Tyler Vilus vient de se convertir à l’islam.

Aux enquêteurs, il raconte comment la rencontre avec un imam l’a incité à se convertir : “Il était correct, posé, réfléchi, tout le contraire de ce que j’étais à l’époque”. Puis, après avoir fait “des recherches sur Internet” et “lu le Coran en français en PDF”, il adopte une pratique extrêmement rigoriste. “J’ai découvert que les hommes devaient porter la barbe et que les femmes devaient être voilées, j’en ai conclu que c’était la religion”, explique-t-il encore aux enquêteurs. À peine trois mois après sa conversion, le jeune homme de 21 ans abandonne à la fois sa formation et la France et part s’installer en Tunisie. C’est l’époque où les djihadistes instaurent police religieuse et tribunaux islamiques, profitant du vide laissé par les autorités défaillantes. Tyler Vilus s’installe dans la ville côtière de La Marsa, dans la banlieue nord de Tunis et fréquente une mosquée “très salafiste”, selon ses propres explications aux enquêteurs.

Là, dans son appartement de La Marsa, Tyler Vilus fait venir ses proches : sa mère, Christine Rivière. Son ami, Jose Remy Campos, qu’il a rencontré via le forum djihadiste Ansar Al Haqq. Une jeune suisse, rencontrée sur internet, et qu’il épouse religieusement. Ensemble, ils ont une fille, qu’ils prénomment Hafsa, “petite lionne”. Mais à peine un mois après la naissance, le couple divorce. Car Tyler Vilus n’a qu’une idée en tête : s’installer en Syrie.

Recruteur de l’État islamique

Le 24 mars 2013, Tyler Vilus embarque sur un vol à destination d’Istanbul. De là, il rejoint la frontière et intègre le groupe djihadiste Jabhat Al Nosra, puis l’État islamique. Très vite, il grimpe les échelons hiérarchiques. Dès l’été 2013, soit quelques mois à peine après son installation, il organise l’arrivée de nouvelles recrues françaises. Via son compte Facebook, il multiplie les messages à destination des jeunes français. Et même au-delà : à l’été 2013, il fait ainsi venir une Canadienne de 21 ans pour l’épouser. En guise de cadeau de mariage, il lui offre un fusil à pompe. 

À cette époque, Tyler Vilus raconte à sa mère qu’il est “flic” pour l’État islamique, participe à des combats et s’affiche, kalachnikov à la main, sur les réseaux sociaux. Puis, il prend du galon, devient “émir d’une katibat de Français”, chef d’un groupe d’une dizaines de combattants. Il rejoint ensuite la “brigade des immigrés” qui compte dans ses rangs un certain Abdelhamid Abaaoud, futur coordonnateur des attentats du 13 novembre 2015, et deux des kamikazes du Bataclan. À sa mère, avec qui il est régulièrement en contact, Tyler Vilus raconte ses combats : “Les apostats ont tombé les masques, ils nous ont attaqués, entourés, nous ne baisserons pas les armes.” Alors que les opérations-suicides se multiplient, il l’envisage pour lui-même : “Peut-être que je ne serai pas encore là longtemps”, raconte-t-il à son frère. “J’ai bien envie de me faire péter. Ah ouais pote le paradis, c’est pas gratuit.”

Attaquer la France

Sur les réseaux sociaux, Tyler Vilus n’hésite pas à menacer directement la France et inciter ses compatriotes à commettre des attaques dans l’Hexagone. “Tu sors avec un couteau, t’égorges le premier flic que tu croises, si c’est un arabe c’est mieux et une femme arabe c’est le top ça va choquer, et puis les apostats sont prioritaires”, écrit-il à l’un de ses contacts. Jusqu’à ce 2 juillet 2015, où le djihadiste est interpellé à l’aéroport d’Istanbul. Placé en centre de rétention administrative, il parvient à garder son portable et communiquer avec Abdelhamid Abaaoud : “Ils vont pas m’enfermer définitivement. Ça ne change rien. Quand je sors, j’agis”. Mais Tyler Vilus sera transféré en France et incarcéré en vue de son procès. C’est donc Abdelhamid Abaaoud qui a ainsi endossé le rôle qui était vraisemblablement prévu pour lui, et coordonné les commandos terroristes dans la nuit du 13 novembre 2015.

Jugé pour des assassinats en Syrie

Devant la cour d’assises spécialement composée, Tyler Vilus, et c’est une première, devra également répondre de ses agissements en Syrie : sa participation aux combats, son rôle de chef d’un groupe de combattants. Mais aussi pour avoir encadré l’exécution publique de deux personnes. Ainsi, le 23 mai 2015, une vidéo diffusée par le bureau médiatique de l’État islamique filme l’assassinat de deux hommes, un soldat du régime syrien et un rebelle de l’Armée syrienne libre. Au milieu d'un carrefour de la ville de Shaddadi, les deux hommes, à genoux et vêtus de combinaisons orange, yeux bandés et mains menottées, sont abattus d'une balle dans la tête. Parmi les djihadistes qui encadrent cette mise à mort : Tyler Vilus, en treillis militaire, se tient juste à côté des bourreaux. Dans le public, de nombreux civils, dont des enfants.

Pour ces faits, Tyler Vilus encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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