INFO FRANCE INTER - Arrêté en juillet 2015 à Istanbul, Tyler Vilus était l'un des premiers Français partis en Syrie. La justice le soupçonne d'avoir voulu rentrer commettre des attentats. Il est aussi accusé d'avoir dirigé un groupe de combattants et d'avoir encadré une exécution publique.

Le Palais de justice de Paris, qui héberge la cour d'appel.
Le Palais de justice de Paris, qui héberge la cour d'appel. © Radio France / Nathanael Charbonnier

Le 2 juillet 2015, l'un des plus gros clients de l'antiterrorisme français présente à l'aéroport d'Istanbul un passeport suédois. Le document est authentique, sans doute pris à un autre djihadiste, mais les policiers turcs tiquent sur la photo. Juste avant le décollage, ils amènent devant le voyageur une personne parlant suédois : incapable de lui répondre, Tyler Vilus est interpellé et placé en centre de rétention administratif.   

Voulait-il fuir en Mauritanie, comme il le prétend ? Ou s'envoler pour Prague pour brouiller les pistes, avant de venir commettre un attentat en France ? Les enquêteurs penchent pour la deuxième version. Après son arrestation en Turquie, Tyler Vilus a réussi à conserver quelques jours son téléphone et à contacter Abdelhamid Abaaoud, qui était alors en pleine préparation de l'attaque du Thalys et des attentats du 13 novembre à Paris. 

Mais c'est aussi pour ce qu'il est soupçonné d'avoir fait en Syrie que Tyler Vilus, 29 ans aujourd'hui, devra sans doute comparaître devant la cour d'assises spéciales de Paris. Ce qui le distingue de la masse des "revenants", c'est qu'il est accusé d'avoir dirigé un groupe de combattants francophones du groupe État islamique, et surtout d'avoir participé à l'exécution publique de deux prisonniers. Tyler Vilus a toutefois fait appel de l'ordonnance de mise en accusation notifiée la semaine dernière.  

Une exécution filmée par le bureau médiatique du groupe État islamique

La scène, passible pour l'accusation de la réclusion à perpétuité, s'est déroulée dans la ville de Shadadi, où s'étaient retrouvé à partir de 2014 tout un groupe de combattants français et belges, issus de la "brigade des émigrés". Tyler Vilus, lui, a intégré la "police" du groupe État islamique, chargée notamment de surveiller le strict respect de la loi religieuse. Les contrevenants peuvent être fouettés, mutilés, décapités ou crucifiés en public. En mai 2015, une vidéo diffusée par le bureau médiatique de l'EI atteste de la participation du Français à la mise à mort de deux prisonniers, un soldat du régime syrien et un rebelle de l'armée syrienne libre. Sur le grand carrefour de la ville, les deux hommes, à genoux et vêtus de combinaisons orange, sont abattus d'une balle dans la tête. Tyler Vilus n'est pas leur bourreau, mais se tient à côté, en treillis militaire, avec les djihadistes qui encadrent l'exécution, devant une petite foule de spectateurs, parmi lesquels ont distingue des enfants.  

Si la cour d'appel de Paris confirme son renvoi devant la cour d'assises spéciale, Tyler Vilus sera le premier djihadiste français jugé pour assassinat en zone irako-syrienne. Sa mère, Christine Rivière, surnommée "Mamie djihad", a déjà été condamnée à dix ans de prison pour l'avoir rejoint trois fois en Syrie, et lui avoir apporté encouragements et soutien financier.  

Originaire de Troyes, Tyler Vilus bascule dans l'islam radical à 21 ans, après un parcours marqué par l'échec scolaire, un goût pour le cannabis et les bagarres, et après avoir été refusé par la Légion étrangère (faute d'être assez sportif, ce qu'il s'attachera à corriger par de vigoureux entraînements physiques). Il rejoint un groupe djihadiste d'abord en Tunisie, puis se rend une première fois en Syrie dès l'automne 2012, avant de s'y installer en mars 2013. Il devient l'un des combattants francophones les plus actifs sur les réseaux sociaux, où il appelle à commettre des attaques en France. Tyler Vilus aurait bien connu sur place plusieurs des auteurs des attentats du 13 novembre à Paris, ainsi que Mehdi Nemmouche, qu'il félicite pour l'attaque du Musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014. Il avait deux femmes, pour lesquelles il avait fabriqué lui-même des ceintures d'explosifs. Ces quatre dernières années, l'administration pénitentiaire s'est alertée à plusieurs reprises de l'ascendant et de l'emprise idéologique que Tyler Vilus pouvait exercer sur ces co-détenus. Il a manifesté récemment l'envie de s'investir dans les études.

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