A mi-mandat, un collectif de 37 fédérations et associations luttant contre l'exclusion dresse le bilan de l'impact des politiques publiques sur le quotidien des plus pauvres. Il réclame un sursaut en faveur des plus démunis et pointe les incohérences de certaines décisions gouvernementales.

Margueritte, une femme sans abri qui vit dans sa voiture, porte un bouquet de fleurs dans une rue de Strasbourg.
Margueritte, une femme sans abri qui vit dans sa voiture, porte un bouquet de fleurs dans une rue de Strasbourg. © AFP / Patrick Herzog

C'était il y a un an. Le gouvernement lançait son "plan pauvreté" pour combattre "les inégalités de destins qui se perpétuent de génération en génération" avait alors dit Emmanuel Macron. Un plan articulé notamment autour d'une réforme de l'accompagnement des bénéficiaires du RSA et la création d'un Revenu Universel d'Activité, fusion de plusieurs minima sociaux. Douze mois plus tard, ces chantiers sont lancés mais encore très loin de se concrétiser. Le président reprendra la parole sur ce sujet ce mardi après-midi dans le Val-de-Marne, avec un accent mis sur l'insertion par l'activité économique.  

L'heure des comptes pour les 10% les plus pauvres

L'heure des comptes a sonné et la calculatrice est formelle. Ceux qui sont tout en bas de l'échelle et qui sont les plus éloignés de l'emploi n'ont pas vu pour le moment leur situation s'améliorer en France, au fil des récentes réformes fiscales, constate la trentaine d'acteurs associatifs réunie au sein du collectif Alerte, présidé par Christophe Devys :

"En terme de pouvoir d'achat, ils sont perdants. Le Revenu Universel d'Activité lui n'arrivera pas avant 2023. Les plus pauvres ne peuvent pas attendre 2023 !" 

En cause : la baisse des APL, et la désindexation des prestations familiales, alors que les plus pauvres n'ont pas bénéficié de la hausse de la prime d'activité. 

Selon le collectif, le nombre de personnes vivant à la rue, en campements et en bidonvilles a dramatiquement augmenté, en raison notamment de la baisse de la construction de logements sociaux et de coupes budgétaires sur les centres d'hébergement.

Incohérences et vents contraires 

Si le plan pauvreté a redonné un peu d'espoir il y a un an, avec par exemple l'accent mis sur la petite enfance, il se déploie lentement et se heurte à des vents contraires, s'inquiète Claire Hédon d'ATD Quart Monde. 

"C'est incohérent. On a en parallèle des lois qui ne luttent pas contre la pauvreté et même qui aggravent la pauvreté ! Je pense notamment à la réforme de l'assurance chômage"

Et depuis deux ans, ajoute Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre : "La hausse des expulsions ou la chute des contrats aidés par exemple viennent amoindrir l'impact d'autres mesures, comme les postes promis dans l'insertion par l'activité économique et le plan Le logement d'abord, qui est très intéressant. C'est contradictoire avec les grandes ambitions du gouvernement : plus aucun SDF dans la rue, plus de bidonvilles, l'éradication de la pauvreté. Si on continue comme ça, on n'y est pas !"

Les promesses du plan pauvreté

Si l'énergie déployée dans la mise en oeuvre de ce plan est saluée par le collectif Alerte, certaines promesses doivent être suivies d'actes. L'élargissement de l'expérimentation Territoire Zéro Chômeurs de Longue Durée à une cinquantaine de nouveaux territoires doit faire l'objet d'une loi. Or le gouvernement tarde à confirmer cette montée en puissance et à l'inscrire à l'agenda parlementaire.

Une déception de taille également : la fin de toutes les "sorties sèches" de l'Aide Sociale à l'Enfance à 18 ans, qui devait être entérinée, n'aura pas lieu. "Le dispositif n'a pas été rendu obligatoire", déplore Véronique Fayet la présidente du Secours Catholique, "alors que le gouvernement avait porté cet objectif".

Un an après le rendez-vous du Musée de l'Homme, il n'est pas trop tard pour envoyer des signaux forts, conclut le collectif associatif qui écoutera avec attention cet après-midi l'intervention du président. Parmi ses demandes, celle d'une mesure systématique de l'impact sur les 10% les plus pauvres de toutes les politiques publiques. 

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