En Argentine, les anti-avortement fêtent ce jeudi le premier anniversaire du rejet de la légalisation de l'IVG. Mais les militants en faveur de l'avortement ne s'avouent pas vaincus, et poursuivent le combat pour ce qu'ils considèrent être un droit fondamental.

Les "foulards verts" continuent de se mobiliser pour la légalisation de l'avortement.
Les "foulards verts" continuent de se mobiliser pour la légalisation de l'avortement. © AFP / Eitan Abramovich

Des foulards bleus pour célébrer la victoire des anti-IVG. Un an après que le Sénat argentin s'est prononcé contre la légalisation de l'avortement, des activistes fêtent ce jeudi l'anniversaire du vote. Mais les Argentins en faveur de l'IVG sont loin d'avoir dit leur dernier mot, alors que les élections présidentielles et parlementaires approchent à grand pas. 

La rue, théâtre de l'opposition entre pro et anti-avortement

Malgré le rejet du Parlement, les pro-avortement continuent de se mobiliser régulièrement et de faire entendre leur voix dans la rue. Début juin, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont battu le pavé de Buenos Aires. Leur slogan : "Nous nous aimons vivantes et libres". Une marche fleuve contre les crimes à caractères machistes et pour la légalisation de l’IVG. Dans la foule, de nombreuses femmes brandissaient des foulards verts, devenus étendards du ralliement au féminisme et du combat pour le droit à l’avortement. 

Des dizaines de milliers de femmes défilent pour le droit à l'avortement.
Des dizaines de milliers de femmes défilent pour le droit à l'avortement. © AFP / Emiliano Lasalvia

Mais en Argentine, pays profondément catholique, avorter continue d’être considéré comme un meurtre par une partie de la population, qui n’hésite pas à descendre dans la rue. Au mois de mars, une marche, qui bénéficiait du soutien de l’Eglise, a ainsi réuni des milliers d’anti-IVG à Buenos Aires. Les participants, en opposition aux foulards verts, agitaient des foulards bleus ciel. Une poupée géante à l’effigie d’un fœtus émergeait de la foule. 

Les foulards bleu ciel des anti-avortement jurent avec les foulards verts des pro-IVG.
Les foulards bleu ciel des anti-avortement jurent avec les foulards verts des pro-IVG. © AFP / Florencia Downes
Une poupée en forme de fœtus dans une foule de manifestants anti-avortement.
Une poupée en forme de fœtus dans une foule de manifestants anti-avortement. © AFP / Mariano Sanchez

Puis, en juin, des centaines de militants opposés à l’avortement ont défilé dans la capitale argentine en soutien à Leandro Rodriguez Lastra : un gynécologue condamné par la justice pour avoir empêché une jeune fille violée d’avorter. En Argentine, l’IVG n'est autorisée qu'en cas de danger pour la vie de la mère ou de viol, en vertu d'une loi qui date de 1921.

Leandro Rodriguez Lastra, un gynécologue condamné pour avoir empêché une jeune fille violée d'avorter.
Leandro Rodriguez Lastra, un gynécologue condamné pour avoir empêché une jeune fille violée d'avorter. © AFP / Mariano Sanchez

La bataille juridique se poursuit

Fin mai, une nouvelle proposition de loi de légalisation de l’IVG a été déposée au Parlement. Lors du dépôt de la proposition, Victoria Donda, députée de gauche, a confié tabler sur un vote de la chambre des députés "cette année". Mais l'agenda parlementaire ne permettra probablement pas au Sénat de se prononcer en 2019.

De son côté, Amnesty International a lancé le 30 juillet une nouvelle campagne pour soutenir la légalisation de l’avortement en Argentine, mais aussi pousser les candidats aux élections présidentielles et parlementaires d’octobre à se prononcer clairement sur le sujet. 

Beaucoup de jeunes décideront de leur vote en fonction de ce sujet" - Mariela Belski, directrice d'Amnesty International Argentine

"En cette période électorale, une grande partie de la société demande à connaître la position des divers candidats", indique au média argentin El Universo Mariela Belski, la directrice exécutive d’Amnesty International Argentine."Beaucoup de jeunes décideront de leur vote en fonction de ce sujet." 

Mariela Breard, jeune militante féministe argentine interrogée par France Inter, est d'accord : "Les jeunes jouent un rôle très important. Ils ont espoir dans le futur : ce sont les jeunes qui transforment la société."

Les politiques doivent commencer à penser comme des citoyens de leur temps, pas comme des citoyens d'il y a 50 ans" - Mariela Breard, militante féministe argentine

Celle qui défile régulièrement pour les droits des femmes à Buenos Aires épingle une classe politique selon elle dépassée. _"_Les politiques ne représentent pas le peuple. Dans la rue on a vu des familles entières défiler pour leurs droits, qui ne se sentent pas représentées. Il y a un fossé aujourd’hui entre le peuple et les instances politiques argentines"

"Une grande partie de la classe politique est rétrograde et ne comprend pas l’enjeu historique de la légalisation de l’avortement en Argentine", estime-t-elle. "Les politiques doivent commencer à penser comme des citoyens de leur temps, et pas comme des citoyens d’il y a 50 ans."

Les politiques entretiennent le flou

Car à l’approche des élections, l’avortement est un sujet politique éminemment sensible. Peu de candidats se prononcent ou prennent des postures fermes sur la question de l’IVG, rapporte le quotidien national argentin Clarin. À commencer par le président Mauricio Macri. Certains de ses proches affirment que le chef de l’État considère aujourd'hui que c’est à la femme de prendre la décision d’avorter. Mais jusqu’ici, Macri a affiché des postures conservatrices. Il a notamment reçu une députée du parti "Unité pour la Famille et la Vie". Selon elle, le président lui aurait certifié être "celeste" ("bleu ciel" en espagnol, soit la couleur des anti-IVG). 

Mauricio Macri, le président argentin.
Mauricio Macri, le président argentin. © AFP / Juan Mabromata

Les Argentines avortent dans la clandestinité

Malgré l’interdiction inscrite dans la loi, de nombreuses Argentines mettent clandestinement un terme à leur grossesse. Près de 1 000 femmes avortent chaque jour dans le pays, malgré des peines de prison pouvant aller de 1 à 4 ans. Une opération risquée : chaque année, selon le quotidien El Pais, 50 000 femmes sont hospitalisées à cause de complications liées à un avortement. Et en 2016, la dernière année où nous disposons de données, 43 sont mortes à la suite d’un IVG.

En Argentine, l'avortement est uniquement autorisé en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère.
En Argentine, l'avortement est uniquement autorisé en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. © AFP / AFP
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