Parce qu'aucun autre événement de cette ampleur n'avait été enregistré dans le passé (y compris lointain), le séisme du Teil avait surpris les scientifiques. Après un an de recherche, ils estiment qu'il faut revoir le risque sismique. Les installations nucléaires vont peut-être devoir être renforcées.

La solidité de la centrale nucléaire de Cruas va être vérifiée au vu de la puissance des secousses sismiques constatées au Teil
La solidité de la centrale nucléaire de Cruas va être vérifiée au vu de la puissance des secousses sismiques constatées au Teil © AFP / Jeff PACHOUD

Méfiez vous de l'eau qui dort, dit l'adage... Il pourrait en être de même pour les failles sismiques. Un an après le tremblement de terre du Teil en Ardèche, les sismologues et géologues n'ont pas fini d'étudier ce qu'il s'est passé. S'ils ont compris quelle faille avait craqué, notamment grâce aux images satellites, ils se sont aussi rendus compte que son inactivité, pendant des centaines de milliers, voire des millions d'années, avait été trompeuse. Autrement dit, ils ne s'attendaient pas à ce que la terre tremble à cet endroit-là. Mais c'était peut-être faute de connaissances. 

Une faille qui se révèle capable de produire un gros séisme en surface

Certes, en vallée du Rhône, le risque sismique est connu. Il a été d'ailleurs été pris en compte lors de la construction des centrales nucléaires du Tricastin et de Cruas. "Il y a un catalogue de sismicité historique", explique Stéphane Baize, géologue à l'IRSN. "Il recense les séismes de taille modérée et aussi très superficiels dans la région proche du Teil avec des magnitudes équivalent 4 à 4.5 mais on ne savait pas quelle était la source géologique de ces séismes". Après un an de recherches, et une étude publiée dans Nature, la responsable est connue : il s'agit de la faille de la Rouvière, près du Teil. Elle n'est donc pas inactive et a été capable de produire un séisme d'une magnitude de 5 et de fracturer la surface, résume le scientifique. 

Repérée grâce aux images radar des satellites Sentinel du programme européen Copernicus, cette faille a, depuis, été plus profondément étudiée. Des tranchées de 3 mètres par 15 mètres sur 3 mètres de profondeur ont été réalisées, en 8 points, le long des 15 km de la rupture, par les géologues, afin de procéder à des datations et d'examiner les mouvements de terrain sur des centaines de milliers d'années en arrière voire plus. Véritable fenêtre sur le passé, il s'agit de voir si des événements similaires, mais passés inaperçus, ne se sont pas produits. Le Teil ne serait pas une événement isolé mais attesterait d'une activité, résiduelle quoique bien présente. 

Élargir les études

La faille de la Rouvière appartient à un ensemble plus grand : la faille des Cévennes, qu'il va falloir maintenant étudier. Car au fond, c'est tout le risque sismique en France qu'il faut peut-être réévaluer, disent les géologues. "On peut se poser la question de savoir si ce qu'on a eu dans la faille des Cévennes ne peut pas se reproduire ailleurs". La question se pose pour toute la façade orientale de la France. Déjà étudiée, "on est peut-être en dessous de la réalité" ajoute Stéphane Baize. "Il y a peut-être des failles [recensées comme] inactives et qui le sont". 

Le programme de tranchées paléosismologiques mériterait d'être répété ailleurs, sur des zones à risques. Reste à trouver le financement. D'ici là, les équipes se sont regroupées, des géologues (dont Jean-François RITZ du CNRS et Stéphane Baize de l'IRSN), des sismologues académiques ou travaillant pour l'industrie se sont rassemblés pour avancer d'un seul pas et appréhender les impacts sociétaux le plus efficacement possible. 

Les centrales nucléaires devront prouver qu'elles peuvent résister à ce risque plus grand

En tant qu'exploitant de centrale nucléaire, EDF est particulièrement concerné. La force du séisme du Teil ayant atteint le seuil maximal qui avait servi pour les calculs de résistance lors de la construction du Tricastin et de Cruas, le gendarme du nucléaire a donc demandé à l’électricien de vérifier la solidité des ouvrages. Puisque le tremblement de terre a montré que la marge de sécurité était désormais insuffisante, comment y remédier ? Il a en conséquence demandé "un séisme d'attente", une sorte d'action intermédiaire le temps qu'arrive la visite décennale des deux centrales. C'est cette visite régulière qui permet de revoir justement les niveaux de sûreté et de prendre en compte le retour d'expérience. "L'autorité de Sûreté nucléaire a demandé à EDF de définir un séisme d'attente qui intègre un certain niveau de prudence qui intègre les connaissances d'aujourd'hui sur le séisme du Teil. L'IRSN va rendre sous peu un avis sur ce séisme d'attente" précise Karine Herviou, directrice générale adjointe de l'IRSN en charge de la sûreté des centrales.