Le ministère du Travail révèle une vaste enquête sur l'impact du décrochage scolaire sur l’embauche. Et si les décrocheurs sont moins contactés par les recruteurs que les non-décrocheurs, des dispositifs leur permettent de compenser.

Les décrocheurs sur le CV ont moins de chance d'être rappelés, mais pourront compenser, notamment par des formations.
Les décrocheurs sur le CV ont moins de chance d'être rappelés, mais pourront compenser, notamment par des formations. © Radio France / Nicolas Blanzat

Un décrocheur a 3 fois moins de chance d'être rappelé par un employeur qu'un non-décrocheur. C'est ce que révèle la Dares, le service statistique du ministère du Travail, qui a mené une enquête inédite de grande ampleur et a utilisé - ce qui est rarement le cas dans le domaine de l'emploi - la méthode de testing. Entre janvier et juillet 2018, la Dares a ainsi répondu à des offres d’emploi, en proposant des candidatures fictives de jeunes non-décrocheurs et de jeunes décrocheurs ayant acquis une expérience professionnelle et/ou un diplôme. 11 000 fausses candidatures ont été envoyées à de vraies offres d'emploi.

Les décrocheurs sont donc bien moins contactés par les entreprises que les non-décrocheurs. Difficile en effet de se faire embaucher quand on a un trou de plusieurs années dans son parcours, comme Lucas, 22 ans, qui a lâché l'école après la classe de 3e et son brevet : "j'ai décroché d'abord un an et demi. Et la deuxième fois, pendant la seconde, j'ai décroché pendant un an. Donc ça fait au total deux ans et demi de déscolarisation", compte le jeune homme. 

Un contrat aidé et une formation qualifiante, la combinaison gagnante.

Mais rien n'est perdu si les décrocheurs bénéficient de certains dispositifs. La Dares a ainsi observé que le décrochage scolaire peut être compensé, comme l'explique la statisticienne Cécile Ballini : "Ceux qui ont acquis une expérience professionnelle en rapport avec le métier, grâce à un contrat aidé, et qui ont aussi suivi une formation professionnelle certifiante, rattrapent quasiment leurs camarades non-décrocheurs". Résultat : "Ils ont presque autant de chance d'être appelés par un recruteur suite à une candidature que les jeunes non-décrocheurs."

Autre constat de la Dares : les entreprises de plus de 10 salariés tendent à moins rappeler les candidats sans diplôme et accordent moins d’importance à l’expérience professionnelle que les autres. Plus grande est la distance au lieu de travail, aussi, et plus les profils de décrocheurs sont rappelés. En parallèle, plus le taux de chômage de la zone d’emploi est élevé, moins le signal négatif associé au décrochage scolaire est important. Et ce quel que soit le profil des décrocheurs.

Pour ces derniers, c'est donc une bonne idée d'essayer de combiner une formation et un contrat aidé. C'est ce qui s'est passé pour Lucas qui a obtenu un CAP, puis un bac Pro grâce à la Fondation Apprentis d'Auteuil, pour travailler dans la restauration : "Je savais qu'il allait bien falloir un jour que je fasse quelque chose de ma vie", témoigne-t-il. "En général, quand on est passé par la déscolarisation, les entreprises se méfient un peu. Maintenant moi je n'ai plus ce souci car j'ai pu me réinsérer dans des formations. J'ai eu la chance de faire pas mal d'entreprises, donc cette période là est un peu passée aux oubliettes." Lucas a été recruté d'abord dans une brasserie, puis l'an dernier dans un restaurant parisien 2 étoiles. Son passé de décrocheur est bien derrière lui. 

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