Elles sont précaires parmi les précaires. Les hôpitaux parisiens de l'AP-HP accueillent pendant un mois maximum les mères sans-abri et leurs nouveau-nés le temps de trouver une solution d'hébergement. Mais quand il n'y a plus de lits disponibles, elles dorment à même le sol comme à l'hôpital Lariboisière.

Façade de l'hôpital Lariboisière à Paris
Façade de l'hôpital Lariboisière à Paris © Maxppp / ETIENNE LAURENT/EFE/Newscom

En face de l'ascenseur, dans la salle d'attente, trois femmes surveillent d'un œil les berceaux où dorment leurs bébés. Elles ont accouché à la maternité parisienne de l'hôpital Lariboisière (AP-HP), il y a une ou trois semaines et n'ont plus nulle part où aller. Kadi raconte avoir été chassée de chez sa sœur à quelques mois de grossesse, Awa, elle, vivait  jusqu'à présent dans un squat mais elle ne peut plus y retourner avec un nouveau-né.

Depuis leur accouchement, elles dorment donc avec quatre autres femmes dans une petite salle attenante qui conduit au planning familial. Elles s'allongent sur un drap par terre et font leur toilette dans un petit lavabo à côté. Elles doivent sortir chercher auprès d'une association, loin de l'hôpital, du lait, des couches pour bébé ou de la nourriture.

Kadi assure appeler le 115 tous les jours dès 7h le matin. "À chaque fois, soupire-t-elle, on nous dit que notre dossier est relancé mais qu'ils n'ont rien." Kadi comme les autres relèvent de l'hébergement d'urgence mais les structures sont saturées. Si aucune solution n'est trouvée, elles partiront de l'hôpital au bout d'un mois et retourneront à la rue.

Une situation que dénonce depuis 2018 la déléguée CGT de Lariboisière Elisabeth Genest : " Il est écrit dans le règlement intérieur de l'hôpital que l'on ne peut refuser une demande d'admission un mois avant et après l'accouchement au titre de la protection de la mère et de l'enfant, et que faute de lits en nombre suffisant, la direction doit rechercher des lits ailleurs. Là, la direction estime qu'elle respecte le règlement intérieur de l'AP-HP en mettant ces femmes à l'abri, nous on considère que ça n'est pas tout à fait le cas puisqu'elles n'ont comme lieu d'hébergement que quelques chaises et une petite pièce mise à disposition."

Pour la direction, un hôpital n'est pas un lieu d'hébergement

La direction relève elle que l'AP-HP est avant tout un hôpital et non un lieu d'hébergement, qu'elle cherche des solutions et renvoie vers la préfecture d’Île-de-France. "On les garde le temps que l'Etat trouve une solution, explique Anne Rubinstein, directrice de cabinet du directeur général de l'AP-HP Martin Hirsch. "Dans un hôpital, on ne dispose pas de lieu pour que les gens puissent y vivre." Quand cela est possible, ajoute-t-elle, ces femmes peuvent dormir dans des lits. 

En juillet dernier, un bâtiment de l'ancien hôpital La Rochefoucauld a été mis à disposition temporairement pour que l'association Aurore, missionnée par la préfecture de région, ouvre une structure permettant notamment d'accueillir de jeunes mères sans-abri. Une structure déjà saturée, qui devra fermer ses portes fin mars.    

D'après l'AP-HP, une centaine de femmes en moyenne se retrouvent chaque mois sans solution d'hébergements après leur accouchement.

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