Un enseignant sur quatre dit être confronté de façon répétée à des revendications liées à des croyances religieuses. C'est le résultat d'une enquête IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès, publiée ce mercredi. Et si on a connaissance de ces contestations de la laïcité, elles ne se produisent pas forcément où on les attend.

Au lendemain de la décapitation du professeur d'Histoire-Géographie, Samuel Paty, un hommage lui est rendu dans cette classe de première du lycée d'enseignement catholique de l'Institution Notre-Dame. Auteur :
Au lendemain de la décapitation du professeur d'Histoire-Géographie, Samuel Paty, un hommage lui est rendu dans cette classe de première du lycée d'enseignement catholique de l'Institution Notre-Dame. Auteur : © AFP / Nicolas GUYONNET

Les contestations et revendications liées à la religion font partie du quotidien des enseignants Français. C'est le constat majeur qui ressort de la première partie de l'enquête menée par l’IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès et Charlie Hebdo. 

Pour cette étude, publiée ce mercredi 6 janvier, à la veille de l'anniversaire des attentats de Charlie Hebdo et plus de deux mois après la décapitation d'un professeur d'histoire-géographie à Conflans-Sainte-Honorine, 801 enseignants des premier et second degrés en France métropolitaine ont répondu à un questionnaire en ligne entre le 10 au 17 décembre 2020 sur trois thématiques. La première d'entre elles s'intéresse aux contestations de la laïcité et aux revendications religieuses que connaissent les enseignants. 

La majorité des enseignants Français confrontés aux questions religieuses 

Un enseignant sur quatre affirme être confronté de façon répétée, dans son quotidien, à des revendications liées à des croyances ou des pratiques religieuses. Et ils sont 53 % dans le secondaire, soit sept points de plus à faire face à des contestations, par rapport à une enquête de 2018 menée par l'IFOP sur le même sujet. 

Nombreux sont donc les professeurs à connaître ces problématiques, selon Iannis Roder, professeur agrégé d'Histoire-Géographie et directeur de l’Observatoire de l’Éducation de la Fondation Jean-Jaurès en charge de l'enquête : "On voit bien une augmentation des problèmes, des difficultés rencontrées par les enseignants sur les questions religieuses, sur les questions de contestations de la laïcité." Mais, si l'on compare ces chiffres à ceux de l'enquête de l'IFOP-CNAL publiée en 2018, on s'aperçoit que les contestations ne sont pas forcément là où on les attend le plus. 

Des contestations concentrées dans certains cours 

En effet, parmi les enseignants du second degré qui ont fait l'expérience de contestations au sein de leur établissement, 49 % d'entre eux (soit 14 point de plus par rapport à 2018) indiquent que ces contestations ont eu lieu en cours d'Éducation Physique et Sportive ; 29 % lors d’un cours d’enseignement moral et civique (contre 19 % en 2018), cours durant lequel sont expliquées les valeurs de la République et le fonctionnement de notre démocratie parlementaire ; 29% en cours de sciences (contre 23% en 2018). Les incidents sont également plus nombreux dans les cantines scolaires. 

"L'institution laisse beaucoup moins passer qu'avant"

À l'inverse les contestations semblent avoir baissé dans les classes d'Histoire-géographie notamment, mais aussi en Lettres-philosophie, en Arts ou encore en technologie. Pour Iannis Roder plusieurs pistes peuvent expliquer ces différences selon les cours : "La première c'est que ce sont des contestations que nous connaissons depuis une vingtaine d'années maintenant, que beaucoup a été fait en matière de formation, notamment en histoire, sur ces questions permettant aux enseignants d'être mieux outillés intellectuellement. La deuxième hypothèse aussi c'est que, quand en histoire-géographie on enseigne l'histoire de la Shoah, et qu'un élève tient un propos grave de type antisémite, il est sanctionné. L'institution laisse beaucoup moins passer qu'avant. Il y a donc peut-être une intériorisation chez les élèves des types de sanctions auxquels ils pourraient se heurter."

Mécanisme d'auto-censure chez les enseignants 

Autre constat à la lecture de cette enquête : 49% des enseignants du secondaire interrogés affirment s'être déjà auto-censurés, soit 13 points de plus qu'il y a deux ans. Et parmi eux 27% s'auto-censurent régulièrement voire très régulièrement, soit 12 points de plus qu'en 2018. Une situation qui ne laisse pas Iannis Roder indifférent : "Ça représente plus d'un enseignant sur quatre. Je trouve que ce chiffre est considérable et qu'il en dit long sur l'ambiance et sur ce que peuvent vivre un certain nombre d'enseignants en cours."

Et même si 75% des professeurs du secondaire interrogés disent approuver le choix de Samuel Paty de s'appuyer sur des caricatures de presse pour faire cours, 9% pensent, à l'inverse, qu'il a eu tort et 16% n'ont pas souhaité se prononcer. 

Malgré tout, il est important de garder à l'esprit que seulement 800 enseignants du primaire et du secondaire ont été interrogés dans le cadre de l'enquête. Par ailleurs, la libération de la parole qui a suivi la mort de Samuel Paty peut, peut-être, expliquer une légère hausse des résultats.