Comme à chaque édition du salon de l'Aéronautique et de l'Espace, l'opération "Féminisons les métiers" vise à attirer les jeunes filles dans les filières réputées masculines. Pilote, mécanicienne, ingénieure ou technicienne d'atelier, le choix des métiers est large. Le secteur a prévu 15 000 embauches cette année.

Le milieu de l'aéronautique et de l'espace est dominé par le genre masculin (Le Bourget, 18 juin 2019)
Le milieu de l'aéronautique et de l'espace est dominé par le genre masculin (Le Bourget, 18 juin 2019) © AFP / SERGEY MAMONTOV / SPUTNIK

Il suffit de déambuler dans les allées du salon du Bourget pour réaliser à quel point le milieu de l'aéronautique et de l'espace est dominé par le genre masculin. Sur les stands, dans les chalets des entreprises, une majorité de costumes sombres. La présence féminine se résume aux hôtesses et quelques rares professionnelles du secteur. Les statistiques le confirment : seulement 20% de femmes travaillent dans le secteur.  

Consciente qu'il faut sensibiliser les jeunes filles aux possibilités de s'épanouir dans ces filières, l'association Airemploi organise l'opération "Féminisons les métiers de l'aéronautique". Tous les deux ans, cent "marraines", des professionnelles du secteur, participent à une sensibilisation auprès de collégiennes et lycéennes. En six éditions, 1 000 jeunes filles ont bénéficié du programme, à l'image de Félicia, Zina, Rania et Anissa qui sont en troisième au collège Épine Guyon à Franconville la Garenne. Grâce au BIA, le brevet d'initiation à l'aéronautique qu'elles ont passé cette année dans le cadre de leur scolarité, elles ont vécu une expérience unique : co piloter pendant une heure un petit avion d'aéroclub. Cette initiation aux bases de l'aéronautique leur a permis de découvrir un univers auquel aucune ne pensait un jour se frotter et déjà Anissa rêve de devenir pilote de chasse dans l'Armée de l'air quand Zina se verrait bien ingénieure.

Deux femmes qui travaillent dans l’aéronautique nous racontent leur intégration dans un monde où les stéréotypes ont la vie dure.

Une cheffe d'équipe en maintenance : "Je me demandais comme j'allais être accueillie, s'il n'y aurait pas trop de blagues potaches"

Laurencia Grondin, marraine de cette année, n'a pas eu ce coup de foudre. Partie pour faire des études supérieures de sport, elle a dû, suite à une importante blessure, songer à une reconversion. "Je suis tombée sur un CAP mécanique en formation pour adultes. J'ai fait la demi-année scolaire qui restait et ça m'a vachement plu". Son stage en milieu professionnel la séduit tout autant au point que Dassault Falcon service lui propose de poursuivre son cursus par un apprentissage. À 33 ans, elle est sur le point de devenir la première "pistarde" de l'entreprise, autrement dit chef d'équipe en maintenance terrain. C'est elle qui, partout dans le monde, donnera le feu vert au décollage des jets privés après leur passage en maintenance.

Son entrée dans un milieu masculin était assorti d'a priori: "je me demandais comme j'allais être accueillie, s'il n'y aurait pas trop de blagues potaches". Elle pense que son caractère "fort" l'a aidé à s'intégrer et surtout à encaisser les remarques sexistes qui n'ont pas manqué d'arriver. À sa grande surprise, ce sont les anciens qui l'ont le mieux accueillie. "Ils étaient intrigués de voir arriver un petit bout de femme et semblaient curieux de voir si j'allais y arriver". 

Une technicienne en logistique : "C'est un milieu d'hommes et vous ne pouvez pas les empêcher d'avoir les yeux partout"

Audrey Dussart, pour se protéger d'un univers inconnu mais dont elle anticipait les réactions machistes, reconnaît avoir au début, choisi de porter des survêtements pour cacher sa féminité. "C'est un milieu d'hommes et vous ne pouvez pas les empêcher d'avoir les yeux partout" dit-elle "alors au début je m'habillais en jogging". Technicienne en logistique, elle affirme que Safran, son entreprise actuelle, a changé sa vie. Confrontée au monde du travail après le baccalauréat, elle a longtemps travaillé en intérim. Jusqu'à dénicher un secteur qui embauchait. Gérer la chaîne d'approvisionnement des pièces de moteur de machines volantes qui la font rêver la rend pleinement épanouie. "Par rapport à d'autres secteurs d'activité comme l'alimentaire ou l'habillement, la logistique aéronautique a un sens parce que vous voyez un avion dans le ciel et vous savez que vous y êtes un peu pour quelque chose" estime la jeune femme de 34 ans. 

Comme Laurencia Grondin, Audrey Dussart estime avoir découvert quelles compétences elle pouvait apporter à un univers au départ éloigné de leur centre d’intérêt. Le souci du détail, la méticulosité des gestes sont des atouts. "C'est ce que j'explique aux jeunes filles" détaille Laurencia Grondin.  "Je leur dis qu'elles ne seront jugées que sur leurs compétences et qu'elles peuvent comme moi, se découvrir comme un poisson dans l'eau dans un milieu inconnu". 

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