Le think tank International Crisis Group appelle à la mise en place d’une ligne directe entre Iraniens et Américains, à l'instar de celle qui reliait la Maison-Blanche et le Kremlin pendant la Guerre froide, pour éviter un embrasement dans le Golfe persique, où le moindre incident pourrait mettre le feu aux poudres.

L'US Navy a accusé Téhéran d'avoir harcelé ses navires, affirmant que des vedettes rapides des Gardiens de la Révolution avaient croisé ce jour-là "à plusieurs reprises la proue et la poupe" de navires américains.
L'US Navy a accusé Téhéran d'avoir harcelé ses navires, affirmant que des vedettes rapides des Gardiens de la Révolution avaient croisé ce jour-là "à plusieurs reprises la proue et la poupe" de navires américains. © AFP / Navy Office of Information

La tension monte dangereusement entre Américains et Iraniens, à tel point que le think tank International Crisis Group (ICG) appelle Washington et Téhéran à établir en urgence un "téléphone rouge" militaire, afin d’éviter une déflagration dans le Golfe persique.

En effet, alors que les pays du monde entier concentrent toute leur énergie à la lutte contre la pandémie de Covid-19, États-Unis et Iran poursuivent leur bras de fer, et pas seulement verbal. 

Ces derniers temps, les incidents maritimes se sont multipliés dangereusement dans la zone du détroit d’Ormuz, principale voie de transit du pétrole et de gaz au monde. 

© Radio France / Chadi Romanos

L'US Navy a accusé Téhéran le 15 avril dernier d'avoir harcelé ses navires, affirmant que 11 vedettes rapides des Gardiens de la Révolution avaient croisé ce jour-là "à plusieurs reprises la proue et la poupe" de navires américains en opération dans les eaux internationales du nord du Golfe, "à distance extrêmement rapprochée et à grande vitesse".

Un tweet menaçant de Trump

Une semaine plus tard, le 22 avril, alors que les Gardiens annonçaient le lancement avec succès d'un premier satellite militaire, Donald Trump adressait un avertissement sans frais aux Iraniens sur Twitter :

"J'ai donné l'ordre à l'US Navy d'abattre et de détruire toute embarcation iranienne qui harcèlerait nos navires en mer."

"Nous déclarons aux Américains que nous sommes absolument déterminés et sérieux (...), et que toute action sera accueillie avec une réponse décisive, efficace et rapide", a rétorqué de son côté le général de division Hossein Salami à la télévision iranienne d'État.

Au quotidien, navires iraniens et américains évoluent dans un périmètre maritime très restreint et s’observent en chien de faïence, le doigt sur la gâchette. Le scénario redouté est celui d’une provocation ou d’un malentendu qui pourrait dégénérer.

Or, International Crisis Group constate que "les deux camps ont peu de capacité pour communiquer entre eux. Ils devraient accélérer la mise en place d’un canal de communication militaire pour diminuer les possibilités d’une conflagration par inadvertance".

Une sorte de "téléphone rouge", qui comme au temps de la Guerre froide, reliait directement le Kremlin à la Maison-Blanche pour éviter un conflit nucléaire. 

Oman pourrait jouer les intermédiaires

L’ICG suggère que le sultanat d’Oman, qui a l’oreille de Washington et de Téhéran, puisse jouer le rôle de "standard téléphonique". Les responsables omanais ont déjà fait savoir qu’ils pourraient endosser ce rôle d’intermédiaire mais à condition qu’Américains et Iraniens le demandent.

Le sultanat d’Oman, gardien du détroit d’Ormuz avec l’Iran, jouit d’une grande crédibilité diplomatique. Mascate avait ainsi accueilli les discussions préliminaires secrètes entre Américains et Iraniens qui avaient abouti à l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien en juillet 2015.

Actuellement, le seul canal de communication entre Téhéran et Washington passe par l’ambassade suisse dans la capitale iranienne. La représentation helvétique gère les intérêts américains depuis la rupture des relations diplomatiques entre les États-Unis et la République islamique. 

Mais il s’agit d’un canal diplomatique et non pas militaire. Il permet de transmettre des messages, des notes, des protestations, mais en aucun cas, il n’a vocation à jouer le rôle d’une structure opérationnelle de "déconfliction".

Le canal irakien a déjà fonctionné

Le seul canal militaire entre Américains et Iraniens en fonction concerne l’Irak. Il a d’ailleurs été utilisé avec succès au début de l’année. Lorsque l’Iran a mené sa riposte contre des bases américaines en tirant des missiles pour venger l’assassinat du général Qassem Soleimani, chef de la Force Al-Qods, les responsables iraniens ont informé leurs homologues irakiens de l’imminence de l’attaque.

Les Irakiens ont alors immédiatement transmis l’information aux Américains pour qu’ils se mettent à l’abri dans leur base avant les tirs de missiles iraniens. Il n’y a d’ailleurs pas eu de morts de soldats américains mais seulement des blessés.

Le "téléphone rouge" entre Téhéran et Washington via Bagdad a donc parfaitement fonctionné. Il n’y a pas eu d’embrasement militaire.

Si Oman n’était pas retenu pour jouer les intermédiaires neutres, l’ICG évoque le rôle possible de l’ONU. Comme dans d’autres zones de guerre ou de tension de la région (Liban sud, Golan syrien), un ou plusieurs observateurs onusiens pourraient être déployés dans le Golfe persique. 

Hypothèse bien peu crédible tant les Nations unies n’ont pas bonne presse à la Maison-Blanche. Pas sûr non plus que les Iraniens souhaitent une internationalisation du détroit d’Ormuz. 

Autant dire que le face-à-face entre Américains et Iraniens va continuer. Avec à la clé, tous les risques de dérapages incontrôlés possibles.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.