C'est l'histoire d'un torréfacteur-chocolatier de Morlaix qui rêvait de bateau vertueux et de zéro carbone. Pour parvenir à importer ses matières premières en émettant le moins de CO2 possible, cette entreprise bretonne a décidé de construire un voilier cargo pour aller chercher elle-même ces pépites outre-Atlantique.

Long de 24 mètres, ce voilier cargo va effectuer sa première traversée de l'Atlantique. Il peut transporter 50 tonnes de marchandises.
Long de 24 mètres, ce voilier cargo va effectuer sa première traversée de l'Atlantique. Il peut transporter 50 tonnes de marchandises.

Le voilier-cargo de 24 mètres doit partir à 9h56 précises, ce mercredi, de l'écluse de Saint-Malo en Ille-et-Vilaine. Dans la cale, qui peut contenir 50 tonnes de marchandises, les patrons de l'entreprise "Grain de Sail" ont soigneusement rangé des caisses de vin bio destinées à l'export. Direction New York City. Le bateau à voile devrait être arrivé sur la côte est des États-Unis dans moins d'un mois, et le moteur léger du navire, de 115 chevaux, ne sera utile que pour les manœuvres dans les ports. Le vent qui souffle sur l'océan Atlantique suffira en effet à exporter les marchandises. 

Ensuite, le bateau rejoindra la République dominicaine et le Pérou, pour aller charger une trentaine de tonnes de cacao bio. "Cette quantité devrait nous suffire pour un an ou deux de production de chocolat", assure Jacques Barreau, président de l'entreprise "Grain de sail" qui travaille sur ce projet avec son frère depuis une dizaine d'années.

Un bilan carbone beaucoup plus intéressant

L'idée a été de produire du chocolat bio pour pouvoir ensuite financer la construction de ce voilier géant capable de transporter des marchandises. "J'ai l'habitude de dire que ce bateau a été fait en chocolat", ironise Jacques Barreau, "car si nous n'avions pas réussi à vendre nos tablettes de chocolat, ce bateau n'existerait pas". Désormais, après plusieurs années d'études, le projet est abouti et le bateau est à l'eau, prêt à remplacer un navire de la marine marchande beaucoup plus polluant. C'est aujourd'hui le grand départ de sa première traversée de l'Atlantique.

L'entreprise a en effet une petite idée des économies de CO2 réalisées. "On a une estimation qui demande d'ailleurs à être affinée, explique le président de l'entreprise. Si on tient compte du fait que le bateau est à voile et que son moteur ne sera utilisé qu'à l'entrée des ports, le bilan carbone est divisé par 17", ajoute-t-il. Entendez, les émissions de CO2 seront 17 fois inférieures, sur un segment transatlantique. Et il sait de quoi il parle puisque son cacao et son café étaient jusque-là importés de façon classique. 

"C'est une démarche minimum, ajoute le président de l'entreprise, car la propulsion à la voile s'est développée, notamment grâce aux courses au large, et nous avons accès à des technologies très robustes et très fiables". Il leur paraissait donc "logique" de développer ce navire économe en carbone. 

Après le cacao, pourquoi pas des épices et du rhum transportés sans CO2 ?

Après son passage dans la mer des Caraïbes, le bateau "Grain de Sail" sera donc de retour à Saint-Nazaire d'ici trois mois. Cette boucle est assez rapide et les patrons de l'entreprise sont convaincus de la rentabilité de leur projet, tant les techniques de voile se sont modernisées. 

D'ailleurs, les deux frères n'attendent pas ce retour d'expérience pour voir plus loin. Ils ont déjà en tête la construction de deux ou trois autres voiliers cargo, plus grands cette fois, et avec une plus grande capacité : 250 tonnes dans chaque cale. Le premier bateau de cette taille sera opérationnel en 2023. Cela permettra de transporter davantage de café vert, de cacao, et pourquoi pas des épices et du rhum. "À part le lait qui est fabriqué en Bretagne pour nos tablettes de chocolat, le but est d'avoir 100% de nos matières premières transportées sans gaz à effet de serre", ajoute Jacques Barreau. 

Un pari audacieux qui aiguisera peut-être des appétits. Le secteur du transport maritime mondial représente 2 à 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il projette d'ailleurs de développer un fonds mondial de recherche et développement de 5 milliards de dollars pour accélérer la réduction de son empreinte carbone. 

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